CHAPITRE XVII. B
Je l'existence entière de cette société , on ne doit donc pas s'étonner si les fidèles voyaient dans les hérétiques des ennemis de ce qui était pour eux le souverain bien , la vie , plus que la vie : les hérétiques étaient des ennemis personnels. Si l'Église ne pouvait leur opposer que des armes spirituelles , elle avait , d'un autre côté , le plus grand intérêt à les éloigner de son sein , afin d'empêcher la contagion de l'erreur : c'est ce qu'elle faisait , d'abord par la réfutation de l'hérésie et par la proclamation de la vérité , et , lorsque ce moyen restait sans succès, par l'excommunication. L'État, qui avait lié son existence à celle de l'Église et qui était obligé d'exercer les moyens extérieurs , toutes les fois que celle-ci employait les moyens spirituels , l'État voyait aussi nécessairement dans les hérétiques et les schismatiques des ennemis , ennemis qui pouvaient devenir d'autant plus dangereux qu'il leur arrivait d'attaquer, comme, par exemple , les donatistes , les fondements mêmes de tout pouvoir, l'ordre public , le respect pour la propriété , toutes les institutions politiques et judiciaires j tandis que , par leurs doctrines , ils ébranlaient la base morale de la vie sociale , la croyance catholique. Or, la manière dont on punissait les hérétiques s'accordait avec l'organisation de l'État , à cette époque , où , d'un côté, les individus, en face du souverain, ne jouissaient d'aucuns droits politiques ; et où , de l'autre, les limites respectives du spirituel et du temporel se trouvaient souvent confondues j ajoutez que le code pénal était entaché de la plus cruelle inhumanité. H y a injustice et profonde ignorance de l'histoire à représenter saint Léon comme ayant exigé le premier de la puissance temporelle , au nom de l'Église , l'emploi des mesures les plus sévères et même de la peine de mort contre
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les hérétiques. Celte assertion est contraire à la vérité des faits, car long-temps avant lui, et depuis Théodose, les lois les plus rigoureuses avaient été rendues contre les hérétiques par cet empereur et par tous ses successeurs. De même , également , la peine de mort fut prononcée et exécutée contre eux longtemps avant le Pontificat de saint Léon , puisque l'usurpateur Maxime fit mourir Priscillien à Trêves en 385. J'ai eu déjà occasion de constater avec quel zèle les évêques les plus pieux et les plus illustres, saint Martin, saint Ambroise , s'opposaient à ces exécutions. Quand l'Église, toute-puissante à Chalcédoine , a été appelée à punir, dans la personne de Dioscore et d'Eutychès , les cruautés les plus impitoyables contre de saints évêques , les outrages les plus odieux contre la discipline , les attaques les plus criminelles contre la croyance universelle , l'exil a été le seul châtiment infligé à tant de forfaits. Quant à saint Léon, le reproche est d'autant plus injuste qu'il n'a pas même de prétexte , et, dans la lettre sur laquelle on a établi l'accusation que je combats , il déclare, au contraire, que l'Église se contente de la sentence spirituelle et repousse toute vengeance sanglante (1). Ces injustices et ces méprises sont familières à nos historiens modernes, qui appliquent à une organisation sociale, toute différente les idées de leur époque. A ce sujet, le célèbre Mœhler, défendant sa Symbolique contre le docteur Baur, fait les réflexions suivantes :
« Un siècle, où les mœurs sont relâchées et les habi- « tudes brutales , exige l'emploi de moyens plus rigou- « reux que ceux dont on se sert dans une époque civili-
(1) Ep. ad Turib. Voyez tome 1, page 153-154.