‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 279 sur 378 · CHAPITRE XVII. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. Î

ce sée pour arriver au même but. On se forme une idée « bien imparfaite de l'Église chrétienne primitive, si on m la regarde à tous égards comme le plus beau temps de « la vie chrétienne; dès le deuxième et le troisième siècle « elle renfermait déjà beaucoup d'éléments barbares, et «c c'est par là seulement, en y joignant les autres causes a connues, que Ton peut expliquer la sévère discipline ce qui régnait à cette époque. L'esprit grave et moral de « r Église s'empara instinctivement de ce moyen , dont « une longue expérience a prouvé l'efficacité. Dans le « quatrième et le cinquième siècle, la masse de ces cléce ments étrangers à la vie chrétienne était considérable, « puisque la plupart des païens de l'Empire romain en* « traient extérieurement dans l'Église en conservant trop «c souvent le paganisme dans leur cœur. »

Cette étude des actions de saint Léon nous le montre partout et toujours suivant la même conduite, comprenant e dirigeant les affaires avec la même hauteur de vues, la même grandeur d'âme. Chef de l'Église, il n'a jamais cherché que l'intérêt général de la chrétienté, et les résultats ont répondu à la pensée qui l'inspirait. Au commencement de son Pontificat , une partie considérable de l'Eglise se trouvait livrée à des divisions et à des désordres qui Ja menaçaient d'une ruine inévitable; à sa mprt il la laissa dans un état de repos, de paix et d'unité aussi complet que les circonstances le permettaient ; et si l'on se demande comment saint Léon a pu exécuter de si grandes choses au milieu d'un siècle bouleversé par tant de calamités et de révolutions, il faut répondre qu'à l'intelligence de ses devoirs , puisée dans les profondeurs les plus intimes de son vaste génie , il sut unir cette volonté inébranlable qui proportionne l'activité et t. h. 16

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le dévouement aux difficultés de la mission à remplir. Voilà ce qui fait les hommes héroïques. En constituant avec plus de force la primauté du Saint-Siège , en faisant universellement reconnaître son action et sentir soit influence, saint Léon a rendu à l'établissement du christianisme un des services les plus signalés qu'il ait jamais reçus. Considérez ce milieu du cinquième siècle» troublé, divisé par tant de luttes , en proie à tant d'éléments de dissolution, et dites comment le Christianisme eût été sauvé sans l'unité de direction, sans une concentration plus puissante de la hiérarchie ? Si la constitution du patriarcat eût triomphé, l'Église universelle était partagée en une foule d'églises provinciales-, et comment ces églises isolées, privées d'un centre d'union, auraientelles pu résister aux attaques du dedans et du dehors, k toutes les hérésies , à la corruption , à l'ambition , à l'indiscipline et au relâchement, à la tyrannie des princes, aux invasions des Barbares, enfin, à toutes les calamités qui viennent fondre sur ces malheureux siècles de transition où l'humanité gémit dans l'enfantement d'une nouvelle organisation sociale ? Le triomphe et la glorification de la primauté par saint Léon a donc été le salut de l'Église catholique , le salut de la civilisation chrétienne^).

L'un des chefs du jansénisme, dans la seconde moitié du dix-septième siècle, Quesnel, en terminant sa dissertation sur la vie de saint Léon, écrit cet éloge bien remarquable sous la plume d'un adversaire de la primauté du Saint-Siège :

<c II est facile de savoir ou de comprendre , par les détails que nous avons rapportés , avec quelle prudence

(1) Arcndt, ffo d$ saint Léon , p. 406 à 412.

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saint Léon tint le gouvernail de l'Église , avec quelle constance il lui servit de pilote sans céder à aucunes tempêtes, avec quelle vigilance il pourvut à tout, au milieu des circonstances les plus pénibles. Après avoir heureusement accompli tant de travaux, il quitta sa demeure terrestre pour s'unir à Jésus-Christ , afin d'entrer en partage de l' héritage éternel de Celui dont il avait tenu la place sur la terre. Heureux Pontife, sans contredit, puisque, dans le cours de sa vie , il demeura toujours inébranlable parmi les agitations des Églises dissidentes , les sentiments opposés des évêques et les entreprises des hérétiques, sans se laisser intimider par la difficulté des temps et des affaires. 11 ne plia point sous la majesté des rois, il ne fut point abattu par l'au«* torité mensongère d'un faux concile, il ne fut point surpris par les artifices d'Anatole , évèque de Constantin nople ; au-dessus de tous les périls , il employa ses triomphes à l'avancement de la foi ; il calma les diffé~ rends des Églises, il étouffa les tentatives téméraires ; il corrigea ou punit les crimes des méchants ; portant de tous côtés des regards infatigables , il n'omit rien de ce qui pouvait être avantageux aux intérêts de l'Église et de l'Empire chrétien. Il eut cela de glorieux et de remarquable qu'il parvint au pontificat dans un temps où presque tout l'Orient était infesté d'affreuses hérésies, les colonnes de l'Église renversées ou chancelantes : tan* dis qu'à sa mort il laissa la paix partout affermie, et les principaux sièges occupés par des évêques qui mettaient autant de soin à maintenir la tranquillité que d'autres avaient eu d'ardeur pour allumer la guerre, ou de pusillanimité pour l'éteindre. Gennade avait succédé à Anatole, dont la légèreté et l'inconstance étaient poussées jusqu'à l'extrême \ Timothée Solophaciole avait été sub-

stitué à Timothée Elure , dont l'impiété ne connaissait pas de bornes •, enfin , Anastase avait remplacé Juvénal de Jérusalem, qui avait montré de la faiblesse en matière de foi. Ajoutez que, comme à l'époque de son élévation sur le siège de Rome , il accommodait les querelles privées qui tenaient alors les généraux dans l'inaction ; ainsi, dans tout le cours de son Pontificat, il s'attacha à calmer les troubles de l'Eglise, et vint à bout de les apaiser, en sorte qu'il parut être né à la fois pour le bonheur de l'Église et de l'Empire (1). »

Au milieu de tant de travaux et de soucis pour le gouvernement spirituel de l'Orient et de l'Occident, notre grand Pape était encore le modèle des évêquespar la vigilance avec laquelle il s'occupait de réformer son clergé et de l'instruire, de prêcher la parole de Dieu aux fidèles de Rome , de perfectionner la liturgie , de solenniser le culte , de construire et de réparer les églises. Le nom de saint Léon est attaché aux plus antiques et aux plus célèbres monuments de l'art chrétien à Rome.

Derrière l'abside de la basilique de Saint-Jean-de- Latran régnait un portique semi-circulaire qui subsiste encore et qui est l'ouvrage de saint Léon (2). Une basilique fut élevée par ses soins, aux frais de la vierge Démétriade , en l'honneur de saint Etienne. Nous lisons dans le Livre des Pontifes romains : « Il répara la basilique de Saint-Pierre , et y fit faire une voûte avec divers ornements : il rétablit aussi la basilique de Saint- Paul, qui avait été détruite ou endommagée par le feu du ciel ; il y][fit faire pareillement une voûte , ainsi que

(1) OBuirjs de saint Lion, t. Il, Dissert. n# 1.

(2) Gerbet, Esquisse de Rome chrétienne, p. 410.

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