‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 282 sur 378 · chapitre xvii · texte numérisé non relu

chapitre xvii

Or, les murs sur lesquels on avait tracé toutes ces peintures portaient chacun sur une suite de vingt colonnes d'un seul fût, d'une hauteur et d'une beauté merveilleuse.

Tout cet ensemble pourtant si remarquable , et sur lequel nous ne nous étendons pas davantage, parce que l'étude des monuments de la Papauté doit plus tard nous occuper d'une manière spéciale ; cet ensemble, disons-nous, a peu fixé jusqu'ici l'attention, nous ne croyons même pas qu'il ait été jamais gravé , du moins dans un certain détail. Mais ce qui semble avoir encore moins été l'objet de remarques sérieuses, c'est la suite des Pontifes romains, qui complète l'œuvre si grandiose, mais aujourd'hui si mutilée , de la nef de Saint-Paul. Aucun auteur n'en avait parlé , ni Serrano, ni Pauvini, ni Ciampini (1), lorsqu'au dix-huitième siècle, le docte François Bianchini porta son attention sur ce monument de l'histoire et de la chronologie pontificales (2). Les recherches de cet illustre savant sur ce grave sujet , tout oubliées qu'elles paraissent, nous ont paru si heureuses et si intéressantes, que nous nous faisons un devoir et un plaisir de les remettre en lumière , toutefois en nous permettant d'y ajouter nos faibles observations. Quelques détails topographiques sur l'ordonnance des peintures de la nef de Saint-Paul faciliteront au lecteur l'intelligence de ce que nous avons à dire.

On se rappelle que les deux grands murs de cette nef portaient chacun sur vingt colonnes. Au-dessus des chapiteaux et de l'architrave de ces colonnes, régnait une frise ou zoophore, en peinture, surmontée elle-même d'une sorte de stylobate , également peint à fresque. Ces divers compartiments d'architecture peinte , placés immédiatement au-dessous des sujets de l'Ancien et du Nouveau

r<d£- Testament, se continuaient dans toute la longueur de la nef. On

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en peut prendre une idée sur un dessin de l'ancienne basilique Vaticane, publié par Ciampini dans son livre (de Saeris œdi-

$& ficiis à Constantino Magno construetis) , planche X, se rappor-

:it£ tant à la page 34 de l'ouvrage.

; {$ C'était sur le stylobate, dont nous venons de parler, qu'on avait

rf^ représenté la succession des Pontifes romains. Les figures étaient

$* ' (1) Vetera monuments, in quibus musira opéra, sacriirum profanarumque

jYÏ*£ «dium structura iUustrantur. Rooue, 1690.

(2) Anaita»., dêvHi6}>onlijiçwnt\.\\>

dans des encadrements de forme orbkulaire , comme est imagos que les Romains nommaient Clypeatœ. Chaque Pape était revêtu d'une tunique blanche distinguée par un liseré rouge appliqué sut les coutures , avec un manteau de la même couleur blanche, jeté •ur l'épaule gauche. Les orbes qui renfermaient les figures étaient distribués deux à deux, mais non tellement rapprochés qu'il n'y eût entre eux un espace suffisant pour deux courtes inscription* tracées côte à côte en lettres longues d'une palme , avec des chiffra romains de même hauteur, pour indiquer les années, les mois et les jours de pontificat.

Cette suite des Papes commençait sur le mur méridional, et Ton comptait quarante orbes dans la première ligne, depuis saint Pierre, placé immédiatement en deçà de l'Aro-de-Placidie, an côté droit , jusqu'à saint Innocent , dans l'orbe qui est le dernier et voisin de l'angle formé par la jonction du mur méridional avec celui de la façade. Toutes les figures étaient visibles lorsque Bianchini les explora; quant aux inscriptions, elles étaient dans no certain état de dégradation. Une seule cependant, celle de saint Glet , était entièrement effacée ; mais les vingt premières, de saint Pierre à saint Fabien , avaient éprouvé , par les ravages du temps, de nombreuses mutilations , tandis qu'au contraire , les autres, de saint Fabien à saint Innocent , s'étaient conservées dans un état presque complet d'intégrité.

Ces figures des Papes et ces inscriptions, n'étant visihles qu'à là distance de deux cents palmes qu'il y avait du pavé de la basilique aux médaillons dont nous parlons, et de plus, une autre série de portraits des Papes , ayant été placée au-dessous de celle-ci par Nicolas III , on peut expliquer par là pourquoi les antiquaires qui ont travaillé d'une manière si intelligente à Rome pour reconnaître les monuments des divers âges chrétiens, ont négligé celuici qui, de sa nature, ne devait pas échapper à ceux qui nous ont donné jusqu'aux détails les plus minutieux des fresques des Catacombes. En outre, quelle que fût la dimension des lettres, te légendes à une telle hauteur s'évanouissaient faute de jour, si ce n'est dans les heures de l'après-midi, que le soleil, par les fenêtres de la façade, pénétrant dans la grande nef, éclairait d'une lumière assez vive les premières des inscriptions qu'il rencontrait, mai* ne projetait déjà plus qu'un jour mourant sur celles qui rentrait plus profondément vers l'Arc-de-Placidi«. Et encore faut-il obser-

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ver que sur un certain nombre de ces inscriptions, notamment sur les premières de la série du mur méridional , la pluie pénétrant autrefois par le toit et les fissures des fenêtres, avait enlevé les couleurs de la fresque , tandis que d'autre part la poussière adhérant à l'humidité] obscurcissait les teintes qui n'avaient pas entièrement disparu.

Cet état de choses, qui rendait si difficile l'étude d'un monument auquel, suivant l'usage, on se sentait d'autant moins porté à faire attention qu'il était exposé à tous les regards depuis plus de mille ans, nécessita les mesures que prit Bianchini pour être en droit de porter un jugement sur son importance. Les 12 mars , 29 avril et 10 mai 1720 , après avoir pris la permission et l'agré* t ment du pape Clément XI et de l'abbé des Bénédictins de Saint* i Paul , accompagné de plusieurs antiquaires et muni d'instruments i d'optique , par un très-clair soleil , il 6e transporta à la basilique. * Après avoir observé et constaté l'état des figures, voulant s'éclairc cir sur la teneur des inscriptions qui s'y rapportaient , il fit mon* i ter des hommes intelligents sur d'immenses échelles qu'on avait j préparées exprès. Ces hommes, après avoir ôté la poussière qui & recouvrait les inscriptions , et les avoir essuyées avec des linges, \&\ portant le doigt tour à tour sur chacune des lettres qui avaient survécu , les nommaient à haute voix à ceux d'en bas, qui suivaient avec attention tous leurs mouvements , et s'attachaient à j*. 6aisir scrupuleusement jusqu'aux moindres linéaments des lettres, ^i à l'aide des instruments d'optique qu'ils avaient apportés. Ce fut ainsi que Bianchini se trouva en état de publier les quarantee ^ deux inscriptions du mur méridional, dans l'état où elles se trou- ^ vaient en 4720. Il prit même le soin de faire graver comme spé- .- cimen de cette intéressante galerie , dont il avait été le premier . ^ explorateur, deux des portraits les mieux conservés , avec leurs 0 inscriptions , saint Damase et saint Sirice* ^ Cet usage de placer dans les basiliques les images des person* 7^ nages célèbres dans l'ordre ecclésiastique ou même dans le gouvernement des nations, existait dès les premiers siècles du christianisme , et l'on peut même dire qu'il n'a pas cessé ; seulement il a pris une autre forme. Au lieu de fresques qu'on employait primitivement, on a élevé des suites de tombeaux ornés de statues. Bien plus , à Rome , l'usage primitif n'était pas seulement d'ex-

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ait»

*\ poser aux fidèles les effigies des Papes, on inaugurait souvent

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aussi dans le lieu saint les portraits des évéques des grands sièges. On les y plaçait , môme de leur vivant , comme des diptyques populaires accessibles à tous les yeux , et si les prélats qu'ils représentaient venaient à tomber dans l'hérésie , on les enlevait du lieu éminent où ils avaient été exposés , en même temps qu'on les effaçait des diptyques de l'autel. Ainsi , par exemple , sous saint Agathon, furent ôtées des églises où on les voyait en peinture jusque sur les portes , les effigies des patriarches qui avaient fomenté le monothélisme.

Mais pour en venir aux quarante-deux inscriptions du mur méridional de la basilique de Saint-Paul, on sent que leur autorité sera bien autrement assurée , si , à part cette promulgation officielle , qui déjà leur donne le plus grand poids , il nous est possible de prouver qu'elles remontent jusqu'à saint Léon. Or, c'est ce que nous espérons faire d'une manière incontestable.

Bianchini s'appuie d'abord, pour prouver cette assertion, sur l'unité de caractère que présentaient les peintures de la grande nef avec la mosaïque de l'Arc-de-Placidie. Nous n'attachons pas une si grande valeur à cet argument , aujourd'hui surtout que les fresques chrétiennes des huit ou dix premiers siècles ont été l'objet d'études spéciales , les observateurs ayant reconnu souvent une véritable unité de caractère dans un grand nombre de ces peintures, quoique exécutées à plusieurs siècles de distance.

Pour arriver donc à une conclusion plus certaine , nous disons d'abord , avec l'illustre auteur, que la série tout entière du mur septentrional , si confuse et si incohérente, ne saurait être delà même époque que celle du mur opposé , qui se présente dans un ordre si régulier. Ainsi Ton doit considérer, comme premier jet, les quarante-deux images du mur méridional ; les dix suivantes qui ornaient le mur septentrional étant entièrement effacées, avant môme les investigations de Bianchini, il est difficile d'en rien dire. Le cinquième orbe devait renfermer saint Léon , que nous présumons être Fauteur de la série ; et en supposant qu'on veuiller aller jusqu'à saint Symmaque , qui devait être le premier sur le mur septentrional, et le considérer comme ayant commandé ces travaux à l'honneur de ses cinquante-deux prédécesseurs, toujours faudra-t-il convenir que le monument ne dépasse pas le cinquième siècle ; car] après saint Symmaque , il est impossible de chercher dans les médaillons suivants ? avec la plus léfto

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