‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 283 sur 378 · chapitre xtir · texte numérisé non relu

chapitre xtir

vraisemblance, l'auteur de cet ensemble précieux. On se rappelle ce que nous avons dit plus haut sur l'étrange confusion qui règne dans toute la série septentrionale.

Maintenant, pour décider auquel des deux, de saint Léon ou de saint Symmaque , nous devons attribuer ces peintures , nous allons prendre en main le Liber Pontificalis , et constater, à l'aide de cet irrécusable témoin, les réparations, travaux et embellissements exécutés par les anciens Papes dans la basilique de Saint-Paul. Trois Souverains-Pontifes y sont nommés comme s'étant occupés de l'ornement de cette église , savoir : saint Léon , mort en 461 ; saint Symmaque , en MA ; enfin saint Léon III , en 816.

Voici d'abord ce qui est dit de saint Léon : « Il renouvela la basilique du bienheureux Paul apôtre. » Basilicam beati Pauli apostoli renovavit. Cette église avait été incendiée par la foudre, mais elle n'était pas tombée. Saint Léon la renouvela en la décorant , en lui rendant sa splendeur. Il est vrai que le Liber Pontificalis ne spécifie pas les peintures ; mais il ne parle pas non plus de l'Arc-de-Placidie , à la construction duquel personne ne doute que saint Léon n'ait pris une grande part, ainsi que l'attestait l'inscription que nous avons rapportée.

A l'article de saint Symmaque , le Liber Pontificçlis s'exprime ainsi : Dans la basilique de Saint-Paul, il renouvela l'abside qui menaçait ruine , et orna de peintures la confession dans sa partie postérieure. Item apud beatwn Paulum , in basilica renovavit absidem quœ in ruinam imminebat et post confemonem pictura ornavit. Or, des peintures dans l'abside et la con- ' Session ne peuvent en aucune manière signifier des peintures dans - la nef.il est remarquable, même par l'article de saint Léon, que \ ce grand pontife ne fit exécuter aucuns travaux dans l'abside de ; Saint-Paul , puisqu'il est parlé expressément de ceux qu'il fit faire : aux absides de Saint-Jean-de-I-atran et de Saint-Pierre au Vatik can, tandis qu'il n'est rien dit de semblable sur Saint-Paul. Saint * Symmaque dut naturellement porter ses soins sur une partie que ses prédécesseurs semblaient avoir négligée , et il fut d'autant plus ; y porté à décorer l'abside de peintures , qu'il la reconstruisit pour £ en empêcher la ruine. Il est inutile d'observer que quand bien même , ce qui ne saurait être, comme on le voit et comme on le verra encore plus clairement tout à l'heure, il faudrait donner à

saint Symmaque leô peintures de la nef, un demi««ècte d'antiquité de plus ou de moins n'infirmerait pas l'assertion par laquelle nous fixons à F époque de saint Léon l'âge des inscriptions pontificales qui nous occupent.

Plusieurs des successeurs de saint Symmaque s'occupèrent de la réparation et de l'ornement de la basilique de Saint-Paul, mais il n'est pas fait mention qu'aucun d'eux y ait fait exécuter des peintures avant saint Léon III» Ce Pape , ainsi qu'il est rapports dans le Liber Pontifîcalis , fit faire diverses peintures d'une grandeur merveilleuse au-dessus des colonnes qui environnaient l'autel Ces peintures étaient donc encore dans l'abside et au delà de PArc-de-Placidie , et ne pouvaient avoir rien de commun avec «elles delà nef. En outre , si saint Léon III, au neuvième siècle, eût fait peindre la suite des Papes dont nous parlons, il eût nécessairement veillé à la manière dont les peintres exécutaient la série septentrionale, qui devait porter son effigie et celle des Pontifes de son temps. Il n'eût pas souffert qu'on la traitât avec si peu d'intelligence > que de placer, par exemple, Adrien, son prédécesseur immédiat , avant des Papes qui l'avaient précédé de plusieurs siècles. On ne peut donc, avec la plus légère vrai* semblance , attribuer à saint Léon III les peintures de la grande nef.

Maia ce qui achève de démontrer que ces peintures ne peuvent avoir eu d'auto auteur que saint Lôon~le-Grand, c'est le passage suivant d'Adrien Ier, dans une lettre qu'il écrit à Ghariemagne, Pour montrer l'antiquité du culte des saintes images , ce Pape cite les travaux des Pontifes romains dans la décoration des basiliques , et partage en trois classes les ouvrages de peinture qu'ils y firent exécuter, savoir : Les Mosaïques, les Histoires et les Images. % après avoir énuméré les travaux des saints papes Sylvestre, Mare et Jules, il en vient à saint Léon. « De même, dit-il , l'excellent et admirable docteur du quatrième concile, le pape saint Léon, construisit aussi des églises qu'il décora d'ouvrages en Mosaïque, d1 Histoires diverses et Images ou peintures; mais surtout il s'oc« cupa de la basilique de Saint-Paul, dans laquelle il érigea une arcade immense , sur laquelle ayant fait peindre en mosaïque le Sauveur, Notre-Seigneur Jésus-Christ et les vingt-quatre vieillards, il orna de son propre nom, dans des vers, ce monument qui , aujourd'hui encore, fait l'objet de notre vénération. » Il ne se peut rien

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dire de plus clair pouf exprimer que saint Léon se conforma à l'usage de ses prédécesseurs, en ornant les basiliques de Mosaïques, $ Histoire* et $ Images.

Ainsi donc , nous devons faire remonter à saint Léon , c'est-àdire à la première moitié du cinquième siècle , la suite des qua* rante-deux Papes, de saint Pierre à saint Innocent , avec les inscriptions qui accompagnaient les portraits.

En faisant connaître les monuments commémoratifs de l'entrevue de saint Léon et d'Attila , j'ai signalé l'antique statue de saint Pierre , en bronze , depuis tant de siècles objet de la vénération de tous les pèlerins de Rome et du monde entier. M. l'abbé Gerbet a publié sur cette célèbre statue des renseignements pleins d'intérêt et qui trouvent ici naturellement leur place :

Le troisième monument de l'ancienne basilique vaticane que je veux signaler en oe moment à l'attention du lecteur, est cette statue de saint Pierre en bronie , dont tous les fidèles , en visitant l'église, vont baiser le pied, visiblement usé par les embrassements de tant de siècles. Il existe une autre statue du même apôtre, en marbre , qui est conservée dans l'église souterraine ; elle porte cette inscription : Très-antigue statue de saint Pierre, prince des apôtres, laquelle était portée entre les colonnes du portique de l'ancienne basilique au-dessus des portes d'airain. Elle est d'une plus haute antiquité que celle de bronze. Celle-ci était pourtant déjà fort vieille. Quelques auteurs ont pensé qu'elle avait été donnée par Constantin ou par quelqu'un de ses successeurs. Mais presque tous les antiquaires romains croient qu'elle a été érigée au cinquième siècle, par ordre de saint Léon, en action de grâces de la délivrance de Rome menacée par Attila, et qu'on a fait fondre la statue de Jupiter Capitolin pour la transformer en statue de saint Pierre. Ce dernier point est admis par les deux ou trois écrivains qui lui assignaient une origine beaucoup moins ancienne. U monument qui a été fixé à l'endroit où nous le voyons aujour*

d'hui, et qui avait occupé précédemment d'autres places, était un des principaux monuments de l'ancienne basilique, où il était déjà entouré de la vénération universelle. Maphœus Vegius , quia vécu sous le pontificat de Martin Y, fournit à cet égard un passage remarquable. « Ce lieu, dit-il, en parlant de l'ancien ora- « toire de Saint-Martin, était l'objet d'une très-grande dévotion, sur- « tout parce qu'il renfermait l'image de saint Pierre en airain, a qui a été transportée postérieurement dans un autre oratoire, « celui des saints Processus et Martinien. A l'exception du maîtrea autel, il n'y avait pas, dans toute la basilique, un endroit qui « attirât un plus grand concours de peuple. » Un autre écrivain l'appelle.» La très-antique statue de saint Pierre , en airain, qu « a été autrefois celle de Jupiter Capitolin. » Un vieux manuscrit, qui renferme une instruction pour les pèlerins , rend aussi témoignage de son antiquité, en désignant divers oratoires où elle avait été située anciennement. L'Empereur Iconoclaste, Léon l'Isaurien, écrit au pape Grégoire II , dans le huitième siècle : « J'enverrai à « Rome , et je briserai l'image de saint Pierre, » Le Pape lui rérépondit : « Si vous faites partir des émissaires pour abattre l'image a de saint Pierre , écoutez bien : Nous vous protestons que nous « sommes innocents du sang qu'ils verseront, il retombera de tout a son poids sur votre tête.» Le Pape et l'Empereur parlent d'un monument qui devait être universellement connu, puisqu'ils le désignent sous le nom d' image de saint Pierre par excellence, sans spécification, sans addition, de même qu'aujourd'hui, en disant simplement l'église de Saint-Pierre, nous sommes surs d'être compris sans avoir besoin d'indiquer quel est l'endroit de la ville où elle est située. Ce monument ne pouvait donc être que cette même statue qui , d'après le passage cité tout à l'heure, était nonseulement très-ancienne , mais encore l'objet spécial de la dévotion des peuples , et dont les pèlerins avaient porté le nom dans tous les pays de la chrétienté. D'un autre côté , la célébrité dont nous voyons, par les paroles de l'Empereur et du Pape, qu'elle jouissait dans lçs commencements du huitième siècle, les menaces de l'Empereur qui s'attaquait particulièrement à elle , parce qu'en la brisant il eût frappé le culte des images des saints dans son objet le plus révéré ; l'attachement du peuple Romain disposé à répandre son sang pour la défendre ; tout cela indique évidemment quelle était déjà en possession d'une vénération traditionnelle que le temps

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