‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 284 sur 378 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

avait enracinée. Dans l'âge précédent, Ennodius rappelant la refonte des statues en bronze de l'ancienne Rome qui avaient servi au culte des idolâtres , parle de la transformation de celle de l'ancien maître du tonnerre , comme d'un fait contemporain. Il écrivit environ quarante ans après le règne de saint Léon , qui est l'époque à laquelle remonte , suivant l'opinion commune , la statue de saint Pierre, formée avec la matière du monument de Jupiter. Des raisons spéciales provoquaient, à cette époque, l'érection d'un monument en faveur du prince des apôtres, fondateur de l'Église romaine ; saint Léon attribuait particulièrement à son intercession l'appui que Rome avait reçu du ciel contre la fureur des Rois barbares. Nous voyons par un sermon de ce Pape , qu'une fête avait été établie à cette occasion , et qu'elle se célébrait à un jour très-rapproché de la fête même de saint Pierre. Les chroniques nous apprennent qu'on croyait généralement qu'Attila avait vu, pendant que saint Léon lui parlait , une apparition de l'apôtre sous la forme d'un vieillard , dont la physionomie auguste et le geste menaçant l'avaient intimidé. La statue érigée à saint Pierre n'était donc pas un monument ordinaire , mais un mémorial de la reconnaissance de la délivrance de Rome. Ceci nous explique pourquoi elle n'a pas tardé à effacer en quelque sorte l'autre statue. Quoique celle-ci eût l'avantage d'être plus ancienne, ce genre de mérite, qui ajoute, comme cela est naturel, à la vénération populaire , a pâli devant l'origine éclatante du plus jeune de ces monuments.

Il est aisé de reconnaître , d'après ce qui précède , la source d'une erreur qui semblerait avoir été adoptée par quelques auteurs , s'il fallait prendre à la lettre une locution très-susceptible d'un autre sens. Quoi qu'il en soit , les souvenirs du Jupiter Capitolin , se trouvant liés dans la tradition avec les souvenirs originaires du monument chrétien, ces écrivains ont pu croire que celui-ci était identiquement la statue païenne , non-seulement quant à sa matière, mais aussi quant à sa forme. Ils n'avaient pas remarqué le passage d'Ennodius , cité plus haut , et ils ne possédaient pas , d'ailleurs, en fait de critique monumentale, les données qui ont été recueillies postérieurement. Le caractère , la pose , l'attitude de la statue de saint Pierre , sont positivement en contradiction avec ce qu'on sait de celle de Jupiter Capitolin. D'un autre côté , là tête de l'apôtre ressemble à la description que Nicéphore en a don-

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née, d'après des portraits traditionnels qui existaient de son temps. Torrigi, qui fait cette remarque , aurait pu y joindre un rapprochement plus décisif : c'est que la tète de saint Pierre dans sa statue d'airain de la basilique vaticane , reproduit le même type qu'on observe dans son portrait faisant partie de la mosaïque de Sainte- Marie-Majeure , qui a été exécutée par ordre de Sixte III, prédécesseur immédiat de saint Léon. Du reste , si une statue du paganisme était devenue tout simplement une statue chrétienne , cela serait peu convenable, sans doute , sous le point de vue de l'art, mais non sous le point de vue moral. Quel mal y aurait-il eu, théologiquement parlant, à christianiser des sculptures païennes, en leur donnant des attributs évangéliques , comme on a christianisé des monuments d'architecture païenne, en y arborant les signes de la vraie religion. En quoi la statue du maître de l'Olympe, élevée à l'honneur d'être celle du prince des apôtres, serait-elle plus blâmable que le panthéon de tous les Dieux, devenu, par une idée sublime, l'Église de tous les saints? Mais le fait est qu'il ne reste de Jupiter que son antique bronze, qui a passé par la flamme pour être jeté dans un moule chrétien : image assez juste des opérations de la grâce , qui s'empare des matériaux que lui fournit le vieil homme, y détruit par le feu de l'amour divin l'empreinte du péché , et les fait renaître sous une forme presque divine.

Ce monument est une œuvre tout à fût à part, singulièrement significative par les idées et les souvenirs dont ce bronze est , potf ainsi dire, tout pénétré. La statue de Jupiter, qui tonnait au Capitule, était évidemment l'emblème de la puissance guerrière & Rome, qui n'avait soumis le monde qu'en le foudroyant : la statue du pêcheur qui a été élevé à la suprématie religieuse après une parole de foi et d'amour, représente bien le pouvoir de cette Rome spirituelle, dont l'empire repose sur les croyances et l'adhésion du cœur. A la toge triomphante de l'ancienne statue a étf substituée la robe apostolique : les clefs ont remplacé le javelot, et au lieu de la main qui lançait la foudre, il y a une main qui s'étend pour bénir. D'un autre côté , la civilisation des peuples qui ont détruit la puissance de Rome guerrière, se rattache aussi, d'une manière très-directe, aux circonstances qui ont fait ériger fl monument. La majesté du pape saint Léon triomphant d'Attila à été le présage et le commencement de l'ascendant que la Papairff

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