CHAPITRE XVII
devait exercer sur ces populations farouches pour les faire tomber aux pieds de la Croix. Ainsi donc, ridée du monde romain , dans lequel la société antique s'était résumée, l'idée du monde Barbare, qui est devenu la société moderne , l'idée enfin de la régénération chrétienne de l'un et de l'autre, sont incorporées dans cette statue : elle tient à l'un de ces souvenirs par sa matière , à l'autre par son originel au troisième par sa forme. On se rappelle aussi en la regardant, qu'elle a été respectée par Totiia, vénérée par Bélisaire , que le front de Charlemagne s'est incliné sous cette main qui vous bénit, que ce pied a été baisé par des pèlerins , rois ou pauvres, venus de toutes les régions, dans tous les costumes de la terre. La piété elle-même se laisserait aisément distraire devant ce monument par mille et mille pensées , si elle ne sentait qu'un petit mouvement du cœur, en union à cette parole de saint Pierre ! Seigneur, vous savez que je vous aime! est plus grand que tous ces souvenirs, et plus immortel que l'histoire. Rappelons-nous cette belle inscription grecque qui se trouvait sur l'ancien piédestal doré de cette statue , dans l'oratoire où elle avait été placée primitivement : Regariez en moi le Verbe Dieu, la pierre divinement sculptée en or, sur laquelle je me tiens maintenant sans vaciller (i).
Passons à d'autres monuments de la sollicitude pastorale de saint Léon. La liturgie, les rites sacrés, les cérémonies du culte lui doivent des prières et des formules nouvelles , un ordre et une pompe qui contribuèrent à attacher plus puissamment le cœur des fidèles à la religion.
Le Bréviaire romain nous apprend que saint Léon a introduit dans le Canon de la Messe ces paroles : Sanctum sacrificium, immaculatam hostiam (2). D'après d'anciennes chroniques , ce serait notre saint Pontife qui
(1) Esquisse de Rome chrétienne, t. 1 , p. 316, (%) Brév. rom., II avril, leçon sixième.
aurait établi l'usage de placer l'encens sur l'hostie, à là fin de l'offertoire , en mémoire de la mort de Jésus- Christ; le prêtre, debout, exhorte le peuple à prier, en disant : Priez pour moi, ce qui est attribué à saint Léon; le commencement de l'oraison : Hanc igitur oblatio* nem, etc., aurait été rédigé par lui; l'usage de dire, à la fin de la Messe , le Benedicamus Domino ou Vite missa est, auquel tous les assistants répondent: Deogratias, aurait encore été établi par saint Léon (1). D'après le Livre des Pontifes romains, il institua aux sépulcres des saints apôtres des gardiens choisis'dans le clergé et qui furent nommés camériers; on leur donne maintenant, dit Baronius, le titre de chapelains ; car, ajoutet-il , nous avons remarqué dans le martyrologe romain qu'on appelait autrefois chambre, chez les anciens, ce que nous appelons aujourd'hui chapelle.
En 1 735 , Joseph Bianchini , prêtre de l'Oratoire , neveu de l'illustre prélat François Bianchini , a publie', d'après un manuscrit tiré de la bibliothèque du chapitre de Vérone, un Sacramentaire, sous ce titre: Codex sacramentorum vêtus romance Ecclesiœ, à sancto Leone Papa confectus ; Muratori a reproduit cet ouvrage dans le tome Ier de sa Liturgie romaine. Je dois dire cependant que l'authenticité de ce Sacramentaire a été contestée par plusieurs érudits , et récemment par le R. P. Dom Guéranger, dans ses Institutions liturgiques (2). Le savant Bénédictin a promis de donner les raisons de son doute. Nous les attendons.
Le Livre des Pontifes romains nous apprend que saint Léon célébra quatre ordinations au mois de décembre,
(1, Raoul, doyen de Tongres, dans son livre de l'Observance des canon.- Quesn., t. H,di«. n»2.