CHAPITRE XVIH
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Le Seigneur lui a ouvert la bouche au milieu de l'assemblée des Édèlet, «il l*a rempli de l'iiprit de saga*** et d'intelligence : il lui a donné un vêtement de gloire.
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ftormoa* et lettre» de saint Léon. — Jugements portés sur son éloquence. — Tableau de l'intérieur d'une basilique du cinquième siècle au moment où Févéque prêche. — Choix des homélies de saint Léon. — Ses lettres. — Éditions de ses œuvres.
De tous les monuments élevés par saint Léon-le-Grand et conservés à l'admiration de la postérité , ceux qui aous font le mieux connaître son génie, son caractère, la préoccupation constante et intime de son esprit, la nature de ses sentiments, sont ses sermons et ses lettres. Quelques érudits ont cherché à contester l'authenticité dm homélies de saint Léon ; mais un examen réfléchi fait justice de cette opinion. On a voulu surtout s'ap-
puyer sur un passage de Sozomène (1), d'après lequel, dans le siècle de saint Léon , il n'aurait été prononcé de sermon public à Rome ni par l'évêque , ni par aucun ecclésiastique \ et comme il ne nous est parvenu aucun discours de ce genre qui soit attribué aux prédécesseurs de saint Léon , à l'exception de l'homélie du pape Libère , de V étendis virginibus, qui nous a été conservée par saint Ambroise et qui avait été prononcée pour une circonstance toute particulière , on a cru pouvoir conclure que les sermons connus sous le nom de saint Léon sont d'une époque plus récente. Ces raisons paraissent peu satisfaisantes. En admettant même, ce qui n'est nullement prouvé ni vraisemblable, qu'avant saint Léon la prédication ne fut pas d'usage dans les églises de Rome , rien n'empêcherait que notre grand Pape n'eût été le premier à établir cette coutume. Le savant Joseph Ànthelmi a consacré plusieurs dissertations à démontrer que les sermons attribués à saint Léon sont de son ami, saint Prosper d'Aquitaine (2). Le style de ces sermons, dit-il, possède une grande ressemblance avec celui des écrits de Prosper. Gennadius , Anastase et d'autres, en parlant des ouvrages de Léon, n'ont rien dit de ses sermons \ et d'ailleurs , ce Pape avait tant d'occupations que l'on ne peut concevoir comment il aurait trouvé le temps de composer des homélies. Ces objections n'ont aucune valeur. Il ne faut pas s'étonner si l'on rencontre dans les écrits de saint Prosper des phrases et des tournures qui se retrouvent dans les sermons $ quand on connaît l'intimité qui unissait si étroitement les deux Saints, il est facile de comprendre que l'affinité depen-
(1) Hist. eccL, vu , 9.
(S) Anihelmi , de verts operibus SS. Patrum Leonls et Prosperi JquiUtni dUsertofen* crttf«M. Parii, 1689.
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sées et de sentiments devait produire une ressemblance cfons le style. Le silence, de Gennadius et d'Anastase ne serait pas encore une preuve convaincante , car les sermons furent, sans aucun doute, rédigés plus tard, et l'on remarquera que ces deux écrivains suppriment, dans leur nomenclature , une foule d'ouvrages dont l'authenticité n'a jamais été contestée. Enfin , comment est-il possible de supposer que le temps aurait manqué au Pape pour prononcer ses sermons, quand on se rappelle qu'il ne parlait au peuple que dans les jours de fêtes solennelles ou dans des circonstances extraordinaires ? En comparant avec les années de son pontificat le nombre de ses sermons , il en a prononcé cinq par an ! Un génie de cette puissance et de cette facilité de conception n'avait pas besoin de longs préparatifs pour composer des discours de la nature de ceux qui nous sont restés , simples , familiers et courts , dont le débit ne pouvait exiger plus d'un quart d'heure. Ne nous arrêtons donc pas plus longtemps à cette question oiseuse d'une authenticité consacrée par la science et l'autorité de Dupin, de Quesnel, des frères Ballerini , du P. Cacciari.
Les homélies de saint Léon nous le montrent aussi zélé, comme évêque, pour l'édification , l'instruction et la direction spirituelle des citoyens de la ville de Rome, que nous l'avons vu, comme Pape , dévoué aux grands intérêts de l'Église universelle. Les circonstances dans lesquelles ces homélies ont été prononcées prouvent qu'il ne laissait passer aucune des circonstances où il croyait utile de s'adresser à son peuple. C'est ainsi qu'il ne manqua jamais de lui parler chaque jour anniversaire de son élévation au Saint-Siège (4)> c'est ainsi encore qu'il
(I) Voyt* t. I, chap. m, les homélies prononcées k ce tic occasion.
saisit certains événements extraordinaires pour exhorter les fidèles à redoubler l'abondance de leurs aumônes, m pour leur annoncer une quête générale en faveur des pauvres hors des époques d'usage ; l'aumône et la charité sont le texte inépuisable et préféré de ses discourt; l'humilité , la douceur, la paix du cœur, le pardon dei offenses sont les vertus dont il aime aussi à recommander la pratique. Au commencement du carême et des autres jeûnes de l'année, il enseigne l'origine, le sens et l'importance de cette institution $ les jours de grande fête, et ceux particulièrement où l'on célèbre la mémoire des apôtres , il choisit toujours un sujet parfaite* ment en rapport avec la solennité. C'est là le caractère qui distingue toutes les homélies de saint Léon et qui, pins encore que l'égalité soutenue du style, proure qu'elles appartiennent au même orateur. Ses définitions sont toujours claires et précises. Par la fécondité de son génie , il développe les questions dogmatiques les plus difficiles , de manière à les mettre à la portée de tous ses auditeurs et de leur donner le moyen de distinguer la vérité de l'erreur; il ne se maintient pas uniquement dans la sphère d'un enseignement général , convenable pour tous les siècles et tous les pays ; mais inspiré par l'amour du salut des âmes au milieu desquelles il vit, ses discours abordent les questions contemporaines qui agitent l'Église de son époque, font connaître aux fidèles les événements qui surviennent et qui sont de nature à intéresser des cœurs chrétiens. Il sait tout dire libre* ment, avec simplicité, naturel , convenance et dignité. Cet art de faire sortir de l'enseignement dogmatique une application particulière à une époque, à un événement, à un auditoire, donne une puissance et une vie singulière à l'éloquence. Quelle impression ne devait pas pro-