‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 288 sur 378 · CHAPITRE XVIII. VjfJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. VjfJ

duire la parole de notre grand Pape quand , en face de la confession de saint Pierre , il prononçait la oondam» nation d'Eutychès ; quand, après la délivrance miracup» leuse de Rome , il reprochait aux citoyens leur ingratitude et leurs débauches ! Quelle sollicitude pour garantir la foi des fidèles contre les pièges et les envahissements de l'hérésie ! Nous avons vu avec quel soin il donne le signalement des doctrines, des intrigues et des habitudes de l'hérésie manichéenne , qui cherchait à s'introduire au centre même de la catholicité. 11 ne laisse échapper aucune occasion de combattre les hérésies qui , de son temps, dénaturaient le dogme de l'Incarnation. Placé si haut par le génie et par l'autorité, rien n'égale son hur milité, l'abaissement volontaire qui ne l'exclut jamais de la communion des pécheurs $ sa charité est celle d'un père pour ses enfants , d'un frère pour ses frères. Lui * qui est si fort pour punir, il ne menace jamais, et, quand le repentir est sincère, il pardonne toujours (1).

L'Église, en honorant saint Léon-le-Grand comme l'un de ses plus éminents Docteurs , a consacré la solidité et la profondeur de cette doctrine qui a excité si vivement l'admiration du concile de Ghalcédoine. Les homélies de saint Léon sur l'Incarnation, et sur la Rédemption , toutes celles qui traitent des principaux mystères, sont devenues l'arsenal où depuis plus de treize siècles les orateurs sacrés et les oontroversistes puisent leur enseignement le plus inattaquable , leurs preuves les plus convaincantes; c'est à cette riche source que l'Église elle-même emprunte presque toutes les leçons qui ornent le Bréviaire.

Dès le sixième siècle , la légende avait déjà repro-

(1) ArMHlt, r 416*414.

duit , sous sa forme poétique , le respect des peuples pour les œuvres de saint Léon , regardées comme une émanation sacrée de l'Esprit divin. On racontait que le grand Pape était apparu quelquefois , après sa mort, pour récompenser ceux qui avaient défendu sa lettre à Flavien. La légende savante fait partie d'un recueil de vie de saints écrit au sixième siècle :

c Voici ce qui nous fut raconté par Éliodore , trèssaint évêque en Libye : Étant camérier du saint pontife Euloge , je vis en songe un homme d'un port majestueux , et d'une taille élevée , qui me dit : Annoncez mon arrivée au pontife Euloge. — Je lui répondis : Qui ètes-vous, Seigneur, qui m'ordonnez de vous annoncer?— Je suis, me repli qua-t-il , le pape Léon. — J'entrai donc dans l'appartement du Pontife $ j'annonçai le personnage qui m'était apparu , en disant : Le très-saint et bienheureux pape Léon , évêque de l'Église de Rome, veut s'aboucher avec vous. — A ces mots, Euloge se leva promptement pour aller à la rencontre du visiteur; après s'être salués réciproquement, ils s'assirent pour converser. Alors saint Léon dit à Euloge: Savez-vous pourquoi je suis venu vous trouver ici? Euloge répondit qu'il l'ignorait. Je suis venu, poursuivit saint Léon , pour vous remercier d'avoir soutenu , comme il faut et d'une manière admirable, la lettre que j'ai écrite à Flavien , patriarche de Constantinople; vous avez éclairci parfaitement ma pensée , vous avez fermé la bouche aux hérétiques. Sachez, mon frère, qu'en agissant ainsi , ce n'est pas seulement moi que vous avez obligé par votre travail et par votre zèle ; vous avez obligé aussi le prince des apôtres, saint Pierre, et, par-dessus tout, la Vérité même que nous

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prêchons , qui est Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu. — Je vis la même chose , non pas une seule fois , mais deux et trois fois consécutives. Touché de cette triple apparition , je m'en ouvris au saint pontife Euloge , qui , à mon récit , fondit en larmes ; élevant ses mains vers le ciel , il rendit grâces à Dieu , en disant : Je vous rends grâces, souverain Maître de l'univers, Jésus- Christ, notre Dieu, qui avez bien voulu, malgré mon indignité , me rendre le trompette de votre Vérité , et qui, moyennant les prières de vos serviteurs saint Pierre et saint Léon, n'avez pas dédaigné, dans votre suprême et ineffable bonté, d'agréer notre faible et chétif travail , comme vous avez jadis agréé les deux deniers de la veuve (1). »

Au quinzième siècle , la vénération pour saint Léon et ses écrits s'exprimait, dans le langage le plus ent thousiaste, par les éloges d'un pieux et savent chro- ; niqueur :

1 « Léo papa primus natione Tuscus ,post Sixtum III,

sedit in Cathedra Pétri annos XXI, vir in divinis scrip-

\ turis eruditissimus , et in declamandis homiliis adpo-

■ pulum adeo celebris etfacundus, ut superiorem in eccle-

* sia Romana habuerit neminem, quod sermones ejus

t clarisssimi testabuntur. Fuit enim ecclesiasticœ dictionis

« Tullius, sacrœ Theologiœ Homerus , rationum fidei

Aristoteles, autoritatis apostolicœ Petrus, et in Christiano

pulpito Paulus. Ejus sermones cor pénétrant, afficiunt

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