CHAPITRE
Une opinion fausse diamétralement contraire à celle Je l'Eglise sur l'Incarnation , sur le rapport du Christ avec Dieu le Père , était la cause principale, le véritable fondement du système des pélagiens et de leur première hérésie. En face du sentiment catholique, d'après lequel Jésus-Christ est à la fois vrai Dieu et vrai Homme, réunissant deux natures en une seule personne, venait se placer une opinion hérétique, répandue dans l'Orient par Théodore de Mopsueste et son école. Quoique chez le premier, l'hérésie n'eût pas encore été reconnue, il est facile cependant de prouver qu'elle fut la source commune d'où découlèrent le pélagianisme et le nestonanisme. Les sectateurs de Théodore niaient la perfection de la nature divine dans le Sauveur, qui n'était, suivant eux, qu'un homme inspiré par le Verbe, vivant et plus rempli du Yerbe qu'aucun autre homme. La conséquence naturelle de ce système fut que la Rédemption accomplie par le Christ n'était point véritable, c'est-à-dire qu'elle n'avait pas eu lieu réellement, par son Sacrifice, par sa Passion, mais seulement d'une manière abstraite, par son enseignement et son exemple. Sur la Croix, il n'est donc mort qu'un homme dont nous devons admirer la haute vertu , la sublime abnégation -, mais , après tout , ce ne sont là que des actes d'une vertu simplement humaine , qui peut , à bon droit , nous émouvoir , nous enseigner, nous porter à l'imiter, sans être une Rédemption réelle et effective. Pour justifier ce système , il fallait aller plus loin et soutenir que l'homme n'avait pas besoin d'une autre Rédemption que celle qui lui est procurée par renseignement et l'exemple (1). Ce n'est p,is assez encore
(1) On reconnaît facilement dans ces systèmes foules les idées qui alimentent
Pour établir cette assertion , on se vit force d'en produire une autre, savoir : que la nature humaine n'avait rien perdu de sa primitive intégrité , en sorte qu'elle possédait en elle et hors d'elle le pouvoir d'accomplir la loi de Dieu, dès qu'elle lui était manifestée par une révélation. Or, cette opinion est précisément la base du système pélagien, qui se trouve être la déduction logique de la première conception fausse sur le rapport des deux natures dans la personne du Sauveur.
En 'résume, voici de quelle manière Pelage développa l'idée fondamentale de sa doctrine. L'homme est aujourd'hui tel qu'il a été créé, c'est-à-dire que son état naturel ne diffère actuellement en rien de ce qu'il était dans l'origine. Le signe caractéristique de son essence spirituelle est le libre arbitre, la volonté placée dans une position parfaitement égale entre le bien et le mal , n'ayant ni préférence ni répugnance pour l'un ou pour l'autre, attirée vers l'un ou l'autre par une décision spontanée. Le bien et le mal n'arrivent donc à la connaissance de l'homme que par des principes et des exemples purement extérieurs , et sa détermination en faveur de l'un ou de l'autre est dictée par ce qu'il voit, entend et apprend. Adam ne doit être regardé comme l'auteur du péché qu'en ce sens que c'est lui qui a péché le premier, et son péché ne s'est perpétué en nous que pour avoir tous agi comme lui. Et par la même raison que le péché ne nous a été communiqué que par l'exemple et l'anté-» riorité, nous n'avons aussi besoin que d'une rédemption extérieure, qui se communique à nous par l'enseigne-^
la philosophie moderne. Elle n'a donc pas le mérite de l'invention. L'erreur ne s'est produite que pour nier la vcrîié , et comme celle-ci n'a jamais cessé d'être la même , l'erreur u'a jamais cesse de renouveler la même négation j et il en sera ainsi juvqrt'à la fm des siècles.