CHAPITRE XVIII
Car il ne faut pas attribuer aux sujets de piété les défauts que les humanistes modernes reprochent aux Pères , comme de ne parler pas latin assez purement , d'employer quelques preuves faibles et quelques ornements trop légers , des jeux de paroles , des rimes : c'était le défaut de leur siècle. S'ils fussent venus du temps de Cicéron ou de Térence, ils eussent parlé comme eux(1). »
Le pape saint Léon , écrit le cardinal Maury, est l'un des plus célèbres écrivains latins qui aient illustré cette langue classique depuis le règne d'Auguste. Son style rappelle l'élocution de Cicéron , et ses tableaux oratoires ont une onction et un éclat qui en reproduisent quelquefois l'éloquence (2) . »
M. l'abbé Guillon porte sur l'éloquence de saint Léon le jugement suivant : a L'éloquence de ce grand Pape a un caractère spécial et qui semble appartenir à lui seul. Ce n'est point la vigueur mâle, impétueuse de saint Grégoire de Nazianze , ni la pompe et la magnificence de saint Jean Chrysostome , ni l'abondante subtilité d'esprit de saint Ambroise, de saint Augustin : c'est une éloquence grave , sans passion , pleine de dignité et qui respire son Souverain, celle, en un mot, qui convient éminemment au Vicaire de Jésus-Christ, toujours maître de lui-même comme de toute la nature. C'est vraiment la religion du Roi des rois , qui , assise sur le trône de saint Léon , dicte ses oracles par la bouche de son Pontife (3). »
Puisque nous venons d'entendre la voix des siècles, depuis Jes Pères de Chalcédoine jusqu'aux écrivains de
jjr (l) Mœurs des chrétiens, , 3e part., n° 40.
(2j Essai sur t 'éloquence de la chaire, n* 70.
(3) Riblioth. choisie des Pères de VRglise, t. XXIIf, p. 422.
nos jours, célébrer, avec une admiration unanime, le génie et l'éloquente de saint Léon , allons entendre le grand Pape lui-même exposer les vérités de la religion, nous enseigner les moyens d'en pratiquer les devoirs. Déjà, toutes les fois que l'occasion s'en est présentée, j'ai laissé la parole à l'illustre Pontife (1); mais ayant de me séparer de cette vie si glorieusement remplie, je veux que les accents de cette éloquence persuasive re» tentissent dans les dernières pages de ce livre , comme un écho harmonieux de la voix de? anges et des saints dans le ciel, qui descend dans nos cœurs pour les char» mer et les sanctifier.
Chaque jour de grande fête , saint Léon adresse aux Romains quelques paroles d'édification, comme il le leur rappelle lui-même (2). Suivons les fidèles dans les basiliques où ils doivent s'assembler avec le Pape > en nous représenlant l'ordre et les usages du culte à celte époque (3).
A l'heure fixée, le peuple se réunit dans la principale église , pour se rendre avec le Pape remplissant les fonctions d'évêque , et tout le clergé, à la basilique où la station du jour est indiquée; car l'évêque visitait ainsi tour à tour les églises , et telle est l'origine des processions.
Tandis que l'on entre , le chœur chante un psaume avec son antienne qui a conservé le nom d'intnHi. Les diacres et ceux qui sont institués pour les aider, c'est-àdire les sous-diacres et les portiers , marquent à chacun sa place, à mesure qu'il entre, pour éviter la confusion. Quand tous sont rangés, ils prient pendant quelque
(1) Voyez, pour les sermons , t. I , ctiap. m , iv, v; t. II , chap. zw.
(2) 2« homélie sur la Résurrection.
(3) Je suis les indication! dosnées par Fleur y au n« 39 des Mmtrs des ckré*e*>.