‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 292 sur 378 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

était perdu, afin que, comme tous meurent en Adam, tous ressuscitassent par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Quoique , selon les conseils impénétrables de la sagesse divine , le Verbe divin ne se soit fait chair que dans les derniers temps, les premières générations n'ont point été privées du bienfait de son Incarnation : il a été également utile aux âges qui nous ont précédés. Toute l'antiquité, qui a reconnu et adoré le vrai Dieu, tous les siècles précédents ont vécu dans la foi , et c'est par elle qu'ils ont été agréables à Dieu. Les patriarches, les prophètes et tous les prédestinés n'ont pu être justifiés et sauvés qu'en vertu de la Rédemption de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ils l'attendaient alors , fondés sur les oracles des prophètes et sur les signes qui l'annonçaient. Ces promesses ont été remplies , et nous en avons vu l'accomplissement.

Il ne faut donc point , mes chers Frères , en considérant les circonstances de la Passion de Notre-Seigneur Jésus -Christ, nous arrêter tellement aux marques que le Sauveur y donne de l'infirmité humaine , que nous pensions qu'il était dépouillé de la puissance divine qui était en Lui ; et parce que dans la forme et la nature du Fils unique de Dieu , nous y reconnaissons son égalité avec son Père , ne révoquons point en doute la réalité des faits, quoiqu'ils nous paraissent indignes de la majesté de Dieu ; car les deux natures qui sont réunies en Jésus-Christ ne. forment qu'une seule personne. Le Verbe n'y est point séparé de F homme, et l'homme n'existe point sans être uni au Yerbe. Il n'a point dé-

278 SAINT LÉÔ*f-t£»GRA*lD.

daigné les humiliations , parce que sa Majesté divine n'en a reçu aucune altération. La nature impassible n'a rien souffert des coups qui devaient être portés à la nature passible et mortelle. Reconnaissons, dans la consommation du mystère opéré par l'Homme»-Dieu,les effets de sa miséricorde et les preuves de son amour pour nous. Le poids de nos chaînes était si pesant que nous ne pouvions en être délivrés qu'avec un pareil secours. Ainsi , l'abaissement de la Divinité nous élève; il est le prix qui nous rachète et le remède qui guérit nos blessures. Quel homme pourrait passer de l'impiété à la justice, du comble de la misère au vrai bonheur, si le Juste par excellence ne s'était courbé pour relever les impies , et le Souverain-Bien vers les malheureux pour les attirer à lui.

Ne rougissons donc point , mes Frères , de la Croix de Jésus-Christ, puisqu'elle est l'ouvrage d'une sagesse toute divine et non pas la peine du péché. Quoique le Seigneur Jésus, revêtu de notre infirmité, ait réellement souffert et qu'il soit véritablement mort, il n'a point tellement caché l'éclat de sa gloire, qu'il n'ait laissé échapper quelques traits de sa puissance au milieu même des opprobres de sa Passion» En effet; lorsque l'impie Judas, ne se cachant plus sous la peau de brebis, mais avec la fureur d'un loup ravissant, couvrant son crime des apparences de paix , eut donne un baiser plus meurtrier que les traits les ^plus envenimés, cette troupe furieuse, qui était venue avec <te armes pour prendre le Sauveur, ayant des lanternes et

Page 1