‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 301 sur 378 · CHAPITRÉ XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ XVIII

périence des consolations divines, dont il n'est point à craindre qu'on ne vienne jamais à se dégoûter, méprisera bientôt les biens corruptibles et temporels , en les comparant à ces vrais biens qui durent toujours , et il se trouvera enflammé de ce feu divin que l'amour même de Dieu allume. Animant notre ferveur, et nous faisant passer de la nuit au plus beau jour, l'Esprit-Saint dissipe en même temps toutes les ténèbres de nos esprits, et consume les restes du péché dans les âmes qui lui sont vraiment fidèles.

Ainsi, mes chers Frères , puisque la continence , cette mère de toutes les vertus, produit de si grands biens, et procure des plaisirs ineffables à ceux qui renoncent k tous les vices, appliquons-nous plus que jamais à observer exactement les commandements de Dieu. La rémission des péchés devant être le fruit du mystère de notre Rédemption , prenons-en l'esprit , et imitons nousmêmes ce que nous voulons observer. Le Seigneur, toujours juste et miséricordieux , promet de pardonner à ceux à qui il veut bien faire grâce , en nous imposant l'obligation d'en agir de même à son exemple ; car après nous avoir enseigné la manière dont nous devons prier le Père céleste , il nous dit : Si vous pardonnez aux hommes les fautes qu'ils commettent contre vous, votre Père qui est dans le ciel vous pardonnera aussi les vôtres; mais si vous ne pardonnez point aux hommes, votre Père ne vous pardonnera point non plus vos péchés. Condition juste, sans doute, et très-favorable, qui fait parciper l'homme à la puissance divine \ sa volonté devient

la règle de la semence de Dieu même ; et le jugement qu'il aura prononcé envers son semblable détermine celui que le Seigneur portera à son égard. La nature nous rend tous égaux. Ainsi , mes chers Frères , aimons cette égalité dans nos inférieurs , comme dans ceux qui sont du même rang que nous ; il n'y a personne qui ne pèche , personne n'est donc exempt de pardonner. Ne nous rendons pas difficiles à donner ce que nous avons reçu gratuitement ; alors, soit par la libéralité de nos aumônes, soit par la facilité du pardon que nous accordons aux autres , la bienfaisance que nous exerçons envers nos semblables ajoutera à la perfection de notre innocence (1).

Dans une autre homélie , il prononce ces paroles sur les biens et les joies spirituels :

Fuyez les voluptés criminelles, les joies trompeuses du siècle. Ne désirez point la jouissance des objets qui doivent bientôt périr. Quelle utilité, quel fruit peut-on retirer de la recherche des biens qu'il faudra abandonner, s'ils ne nous échappent point les premiers ? Aimez plutôt ceux qui sont incorruptibles , dont la possession durera toujours. Qu'une âme, destinée à jouir de biens tout spirituels, ne trouve de plaisir que dans les choses du ciel! Liez-vous d'amitié avec les saints anges. Entrez dans la maison de Dieu où nous avons espérance d'être associés avec les patriarches , les prophètes , les apôtres

(1) 12* Homélie pour le Carême.

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et les martyrs. Puisez vos joies, mes Frères, dans la même source où les saints trouvent la leur. Désirez d'avoir part à leurs richesses , et qu'une sainte émulation vous fasse réclamer leurs suffrages : car il faut imiter leur piété, pour partager un jour la gloire dont ils sont couronnés. Ainsi , pendant le temps qui vous est accordé pour mettre en pratique les commandements de Dieu, glorifiez Dieu dans votre corps mortel, et brillez comme des astres dans le monde. Que les lampes de vos esprits soient toujours ardentes ! et ne souffrez rien de ténébreux dans vos cœurs , parce que, comme vous l'apprenez de l'apôtre : Fous n'étiez autrefois que ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur; marche* comme des enfants de lumière. Les Mages vous ont pré* cédés dans le chemin où vous marchez* Imitez leurs exemples ; et que votre lumière brille tellement devant les hommes , que , voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans le ciel. De même que les mauvais chrétiens se rendent coupables d'un grand péché, lorsqu'ils sont cause que le nom de Dieu est blasphémé par ceux qui n'ont point de foi, la vie exemplaire et les bons discours des fidèles disciples de Jésus- Christ , qui font bénir son saint nom , leur assurent une grande récompense. Que tout honneur, toute gloire et toute louange Lui soient rendus dans les siècles des siècles (1).

^ Aux pécheurs qui doutent de la miséricorde divine ,

(1) 5« Homélie pour la fête de l'Epiphanie.

saint Léon répond par cette peinture énergique du crime et du désespoir de Judas :

Ce qui te rend , ô perfide Judas ! le plus scélérat et le plus malheureux des hommes , c'est que ton repentir , au lieu de te rappeler au Seigneur, t'a conduit au désespoir et à te pendre toi-même. S'il eût été sincère , tu aurais différé la consommation du crime, jusqu'à ce que le sang de Jésus-Christ eût été répandu pour tous les pécheurs. Les troubles de ta conscience, que tourmentaient tant de bienfaits reçus de ton divin maître , et les miracles dont tu avais été témoin , ne suffisant point encore pour te convertir, au moins les sacrements ineffables que tu avais reçus dans la Cène pascale , où le Seigneur te découvrit ta perfidie avec tant de bonté , t'auraient empêché de tomber dans le précipice. Pourquoi désespéras-tu de la clémence de Celui qui ne t'a point privé de la participation de son Corps et de son Sang? qui n'a point refusé de te donner le baiser de paix, lorsque tu vins avec une troupe de gens armés pour le prendre ? Mais , ô ingrat! rien n'a pu te toucher; esprit incapable de faire un retour sincère sur toimême , tu as suivi les mouvements de ta rage , et, ayant pour compagnie le démon qui se tenait à ta droite , tu as fait retomber sur ta tête l'iniquité qui t'avait armé contre le Saint des Saints ! Et comme il n'y avait point de châtiment proportionné à ton crime , ton impiété' a été ton juge , et tu as été ton propre bourreau pour t'en faire subir la peine (1).

(1) 3e Homélie sur la Passion.

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