CHAPITRE XVIII. SOI
Sur l'humilité :
La sagesse mondaine a donc aveuglé ceux qui se croyaient prudents selon le monde. Ils n'ont pu , par elle, s'élever jusqu'à la connaissance de Dieu, parce qu'on ne peut y arriver qu'avec le secours de la sagesse divine. Et comme le monde se glorifiait dans la vanité de ses dogmes , Dieu a choisi une voie qui paraissait indigne de lui , et une folie pour conduire ses élus à la foi, etpour confondre la vaine présomption de ceux qui se croient sages , afin de faire éclater la force de sa grâce, cjui seule pouvait nous découvrir ce que toute l'intelligence humaine ne pouvait comprendre.
Que la foi catholique reconnaisse donc sa gloire, dans l'humilité du Sauveur ! Que l'Église, qui est le Corps de Jésus-Christ, se réjouisse de ce mystère ineffable, qui est le fondement du salut des fidèles ? Si le Verbe ne s'était fait chair et s'il n'eût'habité parmi nous; s'il ne s'était abaissé jusqu'à prendre sur lui les faiblesses de la créature, et s'il ne l'eut ramenée à son principe, en lui communiquant une nouvelle naissance par la sienne , la mort aurait exercé son règne, depuis Adam jusqu'à la fin des siècles. L'arrêt prononcé contre tous les hommes aurait subsisté , puisque par la seule condition de leur naissance, ils étaient tous condamnés à périr! Jésus- Christ est le seul entre les enfants des hommes qui soit né innocent , parce qu'il est le seul qui ait été conçu exempt du péché de la concupiscence charnelle. Il
s'est fait homme semblable à nous , afin que nous puissions participer à la nature divine. Il a communiqué à l'efficace des eaux du baptême, le privilège de sa naissance dans le sein d'une vierge. 11 a imprimé à cette eau mystérieuse le même avantage qu'il avait donné a sa mère ; en sorte que la vertu du Très-Haut et Topération du Saint-Esprit , qui a élevé Marie à la dignité de mère du Seigneur , produit le même effet dans ceux qui sont régénérés par le baptême.
Ce Dieu de bonté pouvait-il employer rien de plus propre à la guérison des malades, pour éclairer des aveugles , rendre la vie à des morts , que d'appliquer les remèdes de l'humilité aux blessures que l'orgueil avait faites. Adam , en violant les commandements de Dieu, avait encouru la condamnation qu'entraîne le péché; Jésus-Christ se soumet à la loi, et remet la justice en liberté. L'un se rendit prévaricateur, ou obéissantau démon, et fut cause que toute la postérité fut condamnée à la mort avec lui. L'autre, par son obéisanceà son Père, jusqu'à la mort sur la Croix , rend la vie à tous, en les faisant ressusciter Javec Lui. Le premier homme, en voulant usurper les honneurs de l'ange , perdît sa dignité naturelle. Le Sauveur , s'étant revêtu de nos infirmités naturelles , a ouvert les portes du ciel à ceui qu'il a rétirés des enfers. Enfin, celui que son orgueil avait fait tomber avait entendu sa condamnation, lorsqu'il lui fut dit : Vous êtes poussière et vous retournerez en poussière. Mais il a été dit à Celui qui s'est élevé par son humilité : Asseyez-vous à ma droite jus-