CHAPITRE II
mouvements de l'Église. Toutes les fois que l'hérésie se lève pour attaquer la doctrine de vérité, Dieu suscite un défenseur et un vengeur qui dévoile les mensonges de l'impiété; saint Athanase avait vaincu l'arianisme, saint Augustin le manichéisme , le pélagianisme et le scraipélagianisnie , saint Cyrille , évêque d'Alexandrie , démasqua et vainquit , en 430 , le nestorianisme. Apres avoir examiné à fond cette nouvelle doctrine , il reconnut qu'elle contredisait l'enseignement de l'Église. Ayant appris que les discours de Nestorius avaient été envoyés aux moines d'Egypte , il leur écrivit pour les prémunir contre l'invasion des erreurs de ce sectaire ; cette lettre, aussitôt qu'elle fut connue à Constantinoplc , excita au plus haut degré la colère de Nestorius et l'entraîna jusqu'à adresser des injures personnelles à saint Cyrille qui, de son coté , s'en était soigneusement abstenu. Une correspondance s'établit entre eux , et les lettres écrites , à cette occasion, par saint Cyrille, sont d'une haute importance dogmatique , car il y développa , avec beaucoup (1 exactitude et de clarté, la doctrine proclamée plus tard par l'Église sur les questions débattues. Il pose souvent pour base de ses raisonnements le symbole des apôtres et fait ressortir, comme condamnant particulièrement les erreurs de Nestorius, le commencement du second article dans lequel nous ne disons pas , comme lui , que le Verbe a été, quant à sa substance, changé en chair, ni que le Verbe a été transformé en un homme composé d'un corps et d'une âme $ mais nous croyons que le Verbe a pris, quant à sa personnalité, une chair humaine, animée par une âme raisonnable , et est devenu homme par un mystère inaccessible à l'intelligence finie. C'est ainsi qu'il a vécu sur la terre comme le fils de l'homme , non pas seulement par l'union de la volonté ou du bon
plaisir , ni par simple adoption, mais par la réunion des deux natures pour former Notre-Seigneur Jésus-Christ. La différence des deux natures n'a pas été détruite par cette réunion , mais la nature divine et la nature hu-^ inaine se sont combinées ensemble d'une manière incompréhensible, sans se confondre, dans la personne de Jésus-Christ (4).
Telle est la substance de la doctrine de l'Incarnation, adoptée par le concile d'Éphèse , en 43i , développée et complétée par saint Léon-le-Grand en coiphattynt Vbérésie d'Eutychès. Les réponses de Nestorius aux réfutations de saint Cyrille , peu dignes de la réputation d'éloquence dont il jouissait , sont courtes , sans être sei>rées et péremptoires , sans profondeur , et dépourvues de cette précision et de cette clarté qui distinguent les raisonnements de saint Cyrille. Mais déjà le système de Nestorius avait gagné beaucoup de disciples ; un parti considérable s'était formé, car ses homélies produisaient du retentissement et obtenaient de l'approbation, surtout chez tous ceux dont les opinions se rapprochaient plus ou moins de l'école d'Antioche. La doctrine orthodoxe et la nouvelle hérésie ne tardèrent pas à entrer en lutte avec toute la vivacité naturelle aux Orientaux , et , deux ans après l'élévation de Nestorius au siège de Constanti— nople , les querelles et les discussions remplirent toutes les églises de l'Orient. La première nouvelle en arriva à Rome , sous le pontificat de saint Célestin , en même temps que les homélies de Nestorius, traduites en latin par Cassien, à la demande de l'archidiacre Léon, celui qui sera notre grand pape. Il suffisait de les lire pour se convaincre que la doctrine de leur auteur n'était pas
(l) Voyez le P. Hardouin, Cancil., I,p/1386.
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conforme à celte de l'Église . Leur sens n'était pas cepen» dant assez positif pour autoriser une intervention du Souverain Pontife. Pour instruire plus à fond l'affaire % le pape s'adressa à saint Cyrille , qui ne fit pas secret à Nestorius lui-même de la commission dont il avait été chargé. Celui-ci , pour prévenir toute impression défavorable que ses adversaires pourraient produire contre lui sur .le pape, écrivit, à de courts intervalles, deux lettres au Pontife où feignant , suivant l'hypocrisie habituelle aux sectaires, un grand zèle pour la défense de l'orthodoxie , il demandait conseil sur la conduite qu'il devait tenir à l'égard des pélagiens , et se plaignait de la rude guerre qu'il était obligé de faire aux ariens , aux apollinaristea et aux autres hérétiques qui soutenaient le meJange des deu* natures dans Jésus-Christ. De son côté, saiut Cyrille adressa un peu plus tard au pape Célesûu un rapport sur tout ce qui s'était passé jusqu'à ce jour , et lui demanda des instructions formelles afin de savoir s'il pouvait rester en communion avec Nestorius , et des règles précises sur la conduite que les évéques de h Thrace et du patriarchat d'Antioche devaient tenir.
On remarquera que tout le monde , dans cette lutte , orthodoxes el hérétiques , reconnaissent la primauté du. Saint-Siège , ne paraissant nullement songer à la mettre en doute , s'adressant à elle pour en obtenir une direction et un jugement. Nous sommes en 430.
La réponse du pape à, saint Cyrille fut décisive : « Si « Nestorius persévérait dans ses opinions et son eusei-* « gnement , la communion de V Église ne pouvait pa* « être plus longtemps conservée avec lui. » Saint Cyrille fut chargé de l'exécution de la sentence poutificajle : Si Nestorius ne renonçait pas à ses erreurs, dans les dix jours qui suivraient la notification de ce jugement, saint Cyrille
devait s'occuper de le remplacer sur le siège de Constantinople. Tels sont les termes d'une décision prise dans un concile de Rome et qui fut communiquée , par le pape Célestin , dans une lettre synodale aux patriarches de l'Eglise d'Orient. Une lettre écrite par Jean, patriarche d'Antioche , à Nestorius dont il était l'ami , nous apprend l'accueil qui fut fait en Orient à cette décision , et rend un témoignage bien satisfaisant et bien honorable des sentiments chrétiens dont ce prélat était animé (1). Saint Cyrille , chargé d'obtenir une déclaration de Nestorius , assemble à Alexandrie , dans le mois de novembre 430 , un concile dont la lettre synodale fait connaître à Nestorius le jugement de l'évêque de Rome, et au bas de laquelle lettre on lisait la confession de foi de l'Église catholique sur l'Incarnation , résumée en douze propositions, rédigées sous une forme négative et célèbres sous le nom des douze anathèmes de saint Cyrille. Nestorius loin de se soumettre à ce qu'on exigeait de lui, répondit aux propositions de saint Cyrille et du concile d'Alexandrie par douze contre-anathèmes ; dès ce jour , d'évêque catholique , il devint chef d'un parti nombreux d'hérétiques , intraitable , et menaçant de désoler de nouveau l'Eglise par les troubles et la discorde.
La lutte semblait devoir d'autant plus s'envenimer qu'après le refus de Nestorius, l'évêque Jean d'Antioclie qui, peu de temps auparavant, avait donné des preuves de dispositions si différentes, se déclara pour l'hérétique et fut suivi d'une grande partie du clergé d'Orient. Les causes de ce changement inopiné , qui contribua à donner une si grande force au parti de l'hérésie, lurent de
(1) Voyez le P. Hardouin, Conci'., I, p. 1327.