CHAPITRE II
diverse nature. Parmi ces causes, on peut signaler les rivalités qui éclataient quelquefois entre les grands sièges d'Orient. Il arrivait que par suite même de leurs rapports mutuels , les divers patriarches se montraient jaloux et défiants les uns des autres et cherchaient à neutraliser tout accroissement extraordinaire de pouvoir et d'influence de l'un d'eux, dans le hut de maintenir leur indépendance particulière.
Or, la circonstance délicate dont nous parlons se présentait en ce moment. L'union étroite de saint Cyrille avec Févêque de Rome , qui avait même chargé le patriarche d'Alexandrie de le représenter dans le procès de Nestorius , donnait à celui-ci une importance et une autorité que les autres patriarches pouvaient facilement regarder comme la source d'un pouvoir qui menaçait de devenir dangereux pour le leur. Dans cette situation des affaires, Jean d'Antioche, qui avait d'abord employé son influence pour déterminer l'hérésiarque. à la soumission, se laissa ensuite entraînera s'associer à sa cause et à prendre sa défense, avec d'autant plus de facilité, que Nestorius était son ami et que ce changement pouvait paraître justifié à ses yeu* par le grand nombre de partisans que la nouvelle hérésie comptait à Antioche , partisans dans les rangs desquels se trouvaient des personnages très-recommandahles, entre autres Théodoret (1). Plus tard, en 433, disons-le maintenant, Jean d'Antioche répara cette scission momentanée par une réconciliation éclatante et sincère avec le Saint-Siège et saint Cyrille. Le pape saint Sixte, par une
(1) Né à Antioc!»e vers 387; évéqne de Cyr, en Syrie, dans l'année 493. Plus loin je raconte la vie tic cel illustre docteur, qui a servi l'Eglise par sa science et Ta réjouie par .*on repentir.
lettre datée du 17 septembre 433, rendit hommage aux sentiments et à la soumission de Jean. Dans sa lettre à saint Sixte , l'évêque d'Antioche avait proclamé que le Pape présidait au Siège Apostolique pour le bonheur du genre humain , et il avait appelé saint Sixte un astre brillant qui répandait partout sa lumière. Le Pape remercie Jean de son langage affectueux et le félicite de confesser avec toute l'exactitude désirable que c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est vraiment né pour le bonheur de l'humanité. « Vous êtes vous-même, ajoute-t-il i ainsi que tous les vrais cvêques , un de ces astres brillants qui doivent luire partout , tandis que l'orgueilleux Nestorius est tombé comme Lucifer. Jouissons, par la grâce du Seigneur, de la joie d'habiter de nouveau ensemble comme des frères. Ce que vous nous écrivez, nous voulons que Votre Sainteté le prêche. Voua avez expérimenté , par l'issue de la présente affaire , ce que c'est que de penser comme nous. Le bienheureux apôtre Pierre a transmis dans ses successeurs ce qu'il a reçu. Qui voudrait se séparer de la doctrine de celui que le Maître lui-même enseigna le premier parmi les apôtres? Pour lui, ce n'est pas un discours entendu par un autre, ou dont il aurait fait la lecture, qui l'a instruit : il l'a été avec les autres par la bouche du Maître... » i
. La cour de Constantinople qui , dans ces disputes entre ï les patriarches , faisait habituellement pencher la ba— ' lance du côté pour lequel elle se déclarait, paraissait , I dans cette occasion , ne vouloir prendre aucun parti $ i il est cependant incontestable que, dans les commencements, elle donna à Nestorius des témoignages de dispositions favorables , quoique , selon toute apparence ,