‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 313 sur 378 · CHAPITRE XIX. 3*ft · texte numérisé non relu

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toes a Constantinople par la vaste bibliothèque que les successeurs de Constantin avaient formée. Constance surtout rendit, sous ce rapport, de grands services à la science , ayant recueilli de tous côtés des manuscrits qu'il fit transporter à Constantinople. La, une commission spéciale, présidée par un curateur chargé de la di« rection générale, devait examiner les manuscrits découverts et corriger les fautes des copistes. Nous possédons encore une loi impériale qui se rapporte à cette bibliothèque (1). Il y est dit que sept antiquaires (on appelait antiquarii ceux qui s'occupaient exclusivement de copier, comparer et corriger de vieux manuscrits) seraient attachés à cette bibliothèque et entretenus aux frais de l'Étal ; quatre étaient chargés des manuscrits grecs , et trois des manuscrits latins ; leur principale occupation consistait à remettre en place et à soigner la conservation des manuscrits. La même loi instituait aussi des surveillants pour cette bibliothèque.

Après avoir exposé l'organisation de l'instruction publique et la situation des professeurs , occupons-nous de la science qui était la matière de l'enseignement. Dans cette époque , l'étude à laquelle tout le monde se livrait était l'éloquence; on subordonnait toutes les autres connaissances à celle-ci. Voici explication de ce fait. L'admission aux honneurs, aux fonctions judiciaires et administratives ne s'obtenait que par le talent oratoire. Les anciennes mœurs grecques et romaines avaient placé ce talent à un tel degré au-dessus de tous les autres , que même le mérite des plus illustres généraux ne tenait que le second rang à Rome et à Athènes. Lorsque toute gloire s'abaissa dans le mouvement de la

(I) Cod. Theod., !ib> XIV, lit. ix , lex ft.

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décadence , te talent oratoire seul essaya de masquer le vida et l' impuissance des esprits et des institution». Mais , comme le gouvernement qui avait orée la vie publique n'était plus qu'une forme morte, étrangère à l'existence du peuple, de même l'éloquence n'était plus que le vain retentissement d'une parole stérile. Le sophisme dans les idées enfante le sophisme dam les discours. La littérature et la science, iraagps fidèle» Je la situation politique de cette société , réduisent la pensée à des mots dépourvus de sens , l'art à l'habileté avec laquelle l'oreille de l'auditeur ou du lecteur est agréa* blement chatouillée; le sentiment n'est plus que de la sensualité ; la force morale est épuisée comme l'intelligence ; les esprits ne sont pas plus capables de produire dès oeuvres originales que les caractères d'exécuter des actes héroïques. De là , abandon complet des études sérieuses , de toutes recherches approfondies , la mort d'une foule de branches scientifiques cultivées par les siècles précédents avec amour et succès. Le cinquième siècle tout entier ne nous a pas laissé un seul ouvrage que l'on puisse appeler classique.

Aux causes intérieures vinrent s'ajouter des circonstances extérieures qui devaient nécessairement accélérer la marcheode cette décadence. En première ligne, il faut placer l'invasion des Barbares, l'étal d'incertitude et de crainte perpétuelle dans lequel les peuple* vivaient , le danger toujours menaçant de calamités qui enlevaient le repos et le recueillement indispensables pour tout travail intellectuel. Gomment se livrerai'*» tude, quand on est chaque jour sous le coup du pillage et de la mort? Qui peut s'intéresser aux siècles écoulés, quand il faut songera sauver son lendemain? A quoi bon la science, quand elle ne peut ameper aucun résultat

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ttageux ni à l'individu ni à la société? On devint c indifférent pour la science, puis on passa au nié» . . Ce. dégoût fut encore favorisé par la dissolution des rare, par cette débilité intellectuelle qui apparaissent tout où. le catholicisme n'a pas pénétré dans les cœurs iir les remplir d'une vie nouvelle (4). Ce tableau de l'enseignement, de la littérature et de la lence, an cincpiième siècle, représente toute cette par- 5 de l'Empire romain, formant la grande majorité de population, qui recevait l'éducation mondaine et offi- Lelle, dont la culture intellectuelle était donnée, dans les coles publiques , par la littérature païenne. Mais, en lehors de ces écoles , la culture morale était donnée >ar le catholicisme dans la famille, dans les églises et ians les monastères. De là ce phénomène, qui s'est perpétué jusqu'à nos jours, de l'opposition entre les formes païennes des productions littéraires et les sentiments et les pensées de la vie chrétienne. Nous verrons plus loin par quels procédés la culture morale se pratiquait au cinquième siècle , quels hommes et quels travaux elle a créés.

Quoique dépourvues , comme nous l'avons constaté, de toute inspiration profonde et originale , les intelligences cependant , quand elles rencontraient un repos de quelejues années , éprouvaient encore le besoin de puiser dsins le riche et magnifique héritage qui leur avait été laissé par l'antiquité. Mais cette nourriture spirituelle , trop forte dans sa forme primitive pour des organes affaiblis, devait être préparée à leur usage. Dans ce but , on se mit à abréger les ouvrages de Fantiquité, à en faire des extraits, à choisir les principales beautés, afin que le lecteur, dispensé d'une étude trop

(l)VoyeiÀMDdt, p. 425 à 436.

sérieuse et trop prolongée, pût acquérir les connaissances superficielles à la portée des esprits dans cette époque (1). Ainsi naquit cette littérature encyclopédique dont un mouvement analogue de décadence multiplie en Europe, depuis près d'un siècle, le même système de productions. D'après celles du cinquième siècle qui sont parvenues jusqu'à nous , on voit que toute la science du temps se trouvait résumée dans ces ouvrages abrégés -, la terre , le ciel , les mers , les rivières, les révolutions, les batailles, la philosophie, l'histoire, les beaux-arts, la morale > toutes les questions passaient sous les yeux du lecteur. Les uns se contentaient de copier textuellement des passages d'écrivains anciens; d'autres se donnaient un peu plus de peine, en refondant les livres déjà composés. La littérature du droit et celle de l'histoire produisirent, dans les siècles suivants , de nombreuses compilations de ce genre; nous citerons seulement les ouvrages du jurisconsulte Tribonien, mort en 547, rédacteur des Instantes, du Code, des Pandectes ou Digeste, et ceux de Constantin Porphyrogénète, mort en 959, qui, pendant son règne, contribua beaucoup à développer ce goût pour les extraits et les abrégés.

Ces travaux n'eurent pas seulement pour résultat d'affaiblir les études , mais ils furent très-nuisibles à l'ancienne littérature. Us firent oublier les écrivains originaux ; leurs œuvres furent abandonnées , et c'est ainsi qu'un grand nombre des plus précieuses ont été perdues pour nous , perte exclusivement attribuée, par les historiens modernes , à la prétendue ignorance des

(1) On trouve d'excellent» détail* fur cette Huera turc abrégée, dans la préface composée par Saumaise à son édition du liber memorialis d'Ampelius ; Amsterdam, 1674, 4, p. 5-6.

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