CHAPITRE XIX
ies du moyen âge. Une autre conséquence de celte ance littéraire a été la disparition de toute crie : or, la critique est le sel qui préserve la litière de la corruption. Pour se livrer à cette étude, nanquait de force et de justesse dans l'esprit, d'éîtion , de mesure et de tact dans le goût. De là :e foule d'ouvrages apocryphes publiés faussement .s le nom d'écrivains célèbres. Cet abus gagna aussi itteralure chrétienne et donna lieu à cette multitude légendes qui commencèrent à se produire dans ce cle. La critique n'a plus reparu dans les littératures adernes qu' avec la scolas tique.
Sous cette influence , il est facile de comprendre ce îe l'histoire était devenue. On ne produisait plus que es chroniques ; les faits étaient rangés tels qu'on les ouvait dans les livres des anciens , sans examiner s'il xistait un rapport quelconque entre les divers événements, sans même s'inquiéter de l'exactitude chronologique. C'est ainsi que la chronique d'Eunapius de tardes , contemporain des empereurs Julien et Arcaiius,est remplie d'anachronismes; elle commence à L'année 268 et finit en 407 ; des fragments considérables nous en ont été conservés par Zosime et quelques autres historiens. Quant au style de ces chroniques , c'est généralement celui de la rhétorique la plus ampoulée. Certains écrivains ne se donnaient même pas la peine de faire du style : tel est Olympiodore de Thèbes , qui a composé une histoire (de 407 à 425) , écrite avec une aridité et une négligence incomparables. Zosime, comte et avocat du fisc, vers 410, sous Théodose-le-Jeune , est le seul historien de cette époque chez lequel on rencontre quelques pensées élevées. Quoique son Histoire (les empereurs ( depuis Auguste jusqu'à l'année 470) ne
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toit qu'une servile imitation de Poiybe , elle est cependant très-supérieure à toutes les mauvaises chroniques composées par ses contemporains. Toutes les fois qu'il ne se contente pas, comme dans les cinq premiers livres , de donner des extraits abrégés et tronqués d'au* très ouvrages , il essaie de présenter ses idées avec une habileté qui nous fait regretter d'avoir perdu la plus grande partie de ses travaux originaux.
La géographie était, dans ce siècle, l'objet d'une étude particulière. Elle a produit deux géographes qui ont fait faire de véritables progrès à la science : Marcien d'Héraclée et Etienne de Byaance. Le principal ouvrage du premier est un Périple dont nous ne possédons que la première partie, contenant la navigation des côtes de la mer extérieure , ainsi nommée en opposition avec la mer Méditerranée. Etienne avait composé un dictionnaire géographique et historique intitulé Bthnka, dans lequel la géographie proprement dite se trouvait combinée avec l'histoire des peuples , des villes et des mythes; il ne nous en reste malheureusement qu^n extrait très-inoomplet.
Au cinquième siècle , il n'existe de véritable philo* sophie que dans les ouvrages des Docteurs et des Pères de l'Église, En dehors du christianisme , nous ne rencontrons dans cette époque aucun système philosophique original. Le caractère essentiel de toute la philosophie consiste dans le développement des idées néoplatoniciennes, qui atteignirent dans la personne de Proctas , mort en 485, leur plus haut degré de puissance. La tendance mystique et théosophiqne, suivie depuis longtemps par ce système , se manifeste avec éclat dans ce génie universel , sous une forme i laquelle les philosophes modernes n'ont rien ajouté,
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Nous avons nommé Proclus» un génie uirivereel; en effet, il composa des hymnes et des épigrammes ; il était à k fois mathématicien, philosophe, biographe, compilateur et interprète des oracles Perses et Chai* déens , ainsi que des sentences Orphiques. Les spéculations particulières des néoplatoniciens exigeant une connaissance plus exacte des mathématiques , cette raison explique comment les philosophes de cette école sont les seuls mathématiciens de leur époque : tels furent Proclus et Maxime.
Plus ce siècle se montra stérile en créations scientifiques , plus il inonda la littérature de produits d'un autre genre , mieux appropriés aux intelligences futiles et aux goûts dépravés. La mode des romans, composés dans l'esprit sophistique et rhétoricien du temps, devint générale. C'est précisément dans le cinquième siècle que fleurirent Héliodore, auteur des Éthiopiques ou Amours de Théagène et de Chariclée; Achille Tatius, auteur des Amours de Clitophon et de Leucippe; Longus , auteur du roman de Daphnis et Chloé; Xénophon d'Ephèse , auteur des Éphésiaques ou Amours dAbrocome et d'Antkia; Chariton , auteur des Amours de Chœreas et de Catlirhùé; Àristenète , auteur d'un roman par lettres (1).
Nous avons constaté quelle place importante l'éloquence tenait encore dans la vie publique , même au milieu d'une décadence de plusieurs siècles , et nous avons montré que la rhétorique formait toujours l'élément fondamental de toute instruction. Il ne faut donc pas nous étonner de voir jouer un si grand rôle aux rhé-
(1) Schoell., Hist. de la Un, grecque, t. III, p. 156, place cet romanciers dam le cinquième siècle.
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teurs et aux sophistes. Le cinquième siècle Hait loin d'attacher à ce nom de sophiste le sens méprisable qu'il a conservé ; c'était , au contraire , un titre d'honneur désignant la fonction de professeur aux écoles publiques impériales , aux auditoires , fonctions qui , dans la hiérarchie administrative , comme nous l'avons vu, étaient parfois placées sur le rang des comtes de la première classe. Pour donner à ce mot de sophiste la signification exacte qu'il possédait à cette époque , il faut le regarder comme synonyme de maître , mugis ter.
Nous suivons l'excellente définition publiée par M. Kreuser de Cologne , dans une nouvelle dissertation pleine de renseignements curieux sur la Sophistique chrétienne (4). « Que signifie le mot de sophiste? On a peut disputer savamment à ce sujet et soutenir que, « oocpianjç vient de aocpôî, aocpov , iizfa c'est-à-dire fotwp , « et nous n'en serons pas plus avancés. D'ailleurs le « mot aocpô; lui-même s'entend . d'une manière fort « étrange ; car anciennement quiconque était versé dans
* quelque matière, quil fût philosophe, poêle, ora- « teur, joueur de lyre, savetier, maître de langue, « était 0o<pô<; dans sa profession. Ainsi , traduire le mot « de sophiste par celui de sage , de savant , etc. , ce n'est « rien expliquer, parce que , en général , les notions « particulières d'un peuple , tirées de ses mœurs ou de
* ses coutumes spéciales, ne peuvent jamais se traduire, « mais doivent être rendues par d'autres expressions ré- « pondant à un sens analogue dans la langue vivante. « Nous n'en serons pas plus instruits , mais nous aurons « du moins l'avantage de mieux nous faire comprendre. « Or, que signifie le mot sophiste en bon Allemand?
(1) Bevuc de Bonn, lit. 111 et V.
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« Rien autre chose si ce n'est ce que nos respectables ce aïeux appelaient un Gelernten Meister, c'est-à-dire un ec maître qui connaît à fond son affaire , qui n'est point «c un sot , un mauvais ouvrier, dénomination certes fort ec honorable une fois que Ton est maître ; poètes et muet siciens , peintres et sculpteurs peuvent avec raison en « être aussi glorieux que des tailleurs et des potiers d'é- « tain. Et, en effet, l'expression n'est réellement cornet préhensible que quand il s'agit de savants et de lince guistes , de musiciens et de jurisconsultes , de poètes « et d'historiens, de naturalistes et d'astronomes ; et « quand il est dit , en parlant d'eux , qu'ils étaient des ce sophistes , c'est-à-dire des maîtres dans leurs bran- « clies respectives , le linguiste Àulu-Gelle , qui savait « à fond les deux langues , grecque et latine , était donc ce un sophiste aussi honorable que Phaborinus, ce roi des «e sophistes, selon Philostraste, ou que Libanais ou même ce Gorgias et Hippias. Mais , dira-t-on , ce nom est auu jourd'hui si décrié qu'un honnête homme devrait rouet gir de le porter. C'est possible, et je ne dis pas que, dans a quelques écoles de savants , le nom de sophiste ne et soit synonyme de hâbleur, de charlatan , de badaud , et de grand savant de petites choses , de vendeur d'or- «t viétan. Mais le monde juge autrement que les savants , « et depuis Isocrate jusqu'à Libanius , l'histoire nous a apprend que les sophistes faisaient d'assez bonnes af- « faires , et qu'ils n'étaient pas en trop mauvaise odeur « aux yeux du peuple. » Plus loin , Kreuser ajoute : « Quelle place tenaient donc les sophistes , d'après notre « organisation actuelle ? Évidemment ils représentaient et ce que sont aujourd'hui nos artistes et nos savants , « nos journalistes ou mieux encore nos professeurs de ce collège et d'académie. En effet , quand l'habitant de t. lu 22
« l'ancienne Àttique envoyait son fils chez un sop « d'éloquence , de politique , etc. , c'était absolument « comme s'il l'eût envoyé à l'académie pour compléter « son éducation d'orateur ou d'homme d'État. » la même écrivain dit encore : a Constantin introduisit pur « bltquement le christianisme ; mais l'histoire nous apte prenant que rien n'agit sur les grandes masses que par « degrés , l'instruction scientifique demeura dans l'état « où elle était sous les païens, et comme on continuait i « adorer les anciens dieux concurremment avec celui des r chrétiens, les chaires des sophistes se maintinrent, mail « non pas paisiblement , à côté des chaires chrétiennes^ « jusqu'au moment où les sophistes eux-mêmes se chaih « gèrent en scholastiques ou en moines. L'ancienne m*
* nière de discuter, les subtilités et les équivoques, ainsi m que tout le reste de l'attirail de guerre des philoso- « phes , étaient restés également , et la science des mots « s'était même perfectionnée $ car dans l'Empire ro « main tout sujet intéressant pour les discours ayant « disparu , et les orateurs n'ayant plus pour auditoire « que la cour et pour texte que les questions les plus « misérables ,'il y a lieu de s'étonner qu'il se rencontrât « encore des sophistes. Sous Constantin, le sophiste Asté- « rius vivait et écrivait dans la Gappadoce ; il soutenait a des thèses publiques , comme jadis Gorgias , se mon- « trait partout comme un champion , prêt à combattre « dans les assemblées de l'Église , et devint plus tard « l'un des partisans de l'hérétique Arias. Sous le succès-
* seur de Constantin , les deux Apollinaire > père et fils, « enseignaient à Laodicée en Syrie et à Béryte > l'unit « langue , l'autre l'éloquence grecque •, ils furent les
* chefs de l'hérésie qui porte leur nom, Tel fut aussi le « rôle d'un autre sophiste célèbre , d'Épiphane. Cet