‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 315 sur 378 · CHAPITRE m. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. M

« Épiphane offre la preuve du singulier mélange'de pa*

* gantsme et de christianisme qui régnait à cette épo- « que $ car suivant la manière des anciens rapsodes ho- « mériques, il chanta publiquement son panégyrique de

* Denys» Nicoclès-le-Laconicn fleurissait aussi vers le « même temps ; ce fut lui qui enseigna à Julien la « grammaire , tandis que Hécébolius lui donnait des le* a çons d'éloquence. On sait que Julien , devenu maître « du monde, voulant détruire le christianisme, se mon- « tta lui-même Êélé sophiste -, qu'il voulut enlever aut « chrétiens la liberté d'enseigner la langue et la science « grecque , c'est-à-dire leur arracher leurs armes spiri- « tuelles. Le savant Libanius-le-Syrien aida vaillam*

* ment l'empereur apostat dans son projet , mais sans «t succès. Rimérius et Proacresius , rhéteurs athéniens , « enseignèrent et disputèrent aussi à cette même épo-

* que > ainsi que Troïlus , Adamantius le physiono* «t tniste , Léontius l'athénien et sa savante fille Théo- « philos, et beaucoup d'autres. Mais les dernières con-* « valsions du paganisme mourant cessèrent avec Julien, «t Le christianisme triompha complètement et la science « de la Grèce antique fut ensevelie avec les sophistes ou a du moins avec leur nom ; les Barbares dans l'Oeci- « dent et Mahomet dans l'Orient portèrent les coins du « poêle. »

De «ette citation on peut conclure que l'instruction était , à cette époque , dans les mains des sophistes , en donnant à ce mot lé sens que nous avons indiqué , parce qu'eux seuls possédaient les moyens de la donner et le droit exclusif de la communiquer 5 et ce droit s'étendait sur toutes branches de la science ; car Sosomène parle d'un tarpe/wv Xoywv ao^iattfç (1). Cette position so-

(1) Sozomène H. E. tu, p. 741.

ciale leur donnait une importance qu'ils savaient fort bien apprécier et dont ils se prévalurent dans toutes les occasions. De là, chez ces lettrés, à côté de l'absence totale de profondeur qu'ils partageaient avec la généralité de leur siècle , la vanité et l'orgueil dont ils étaient enflés, leur abondance intarissable de paroles, leur débit ampoulé, leur facilité à disputer, leur dialectique subtile, qu'ils avaient portée à ce point de pouvoir (ce que les plus célèbres d'entre eux regardaient comme le chef-d'œuvre de l'art) s'arrêter au milieu d'une discussion et se mettre , au grand étonnement des auditeurs , à soutenir, avec la même évidence apparente , la proposition contraire à celle qu'ils avaient d'abord défendue (1). Tous leurs efforts tendaient uniquement à donner à leur argumentation des formes agréables et à développer leurs raisons de manière à éblouir leurs auditeurs , à les entraîner pour un moment , sans leur rien laisser ni dans l'esprit ni dans le cœur. Combien le sentiment de la vérité et de la justice ne devait-il pas être étouffé dans un siècle où de telles extravagances étaient possibles? Mais, par la raison même qu'ils flattaient l'esprit énervé du temps et qu'ils lui donnaient précisément ce qu'il désirait, ils jouissaient d'une haute considération chez les grands comme chez les petits. Les princes qu'ils savaient aduler en exaltant leur renommée dans le langage le plus retentissant et le style le plus pompeux , témoin les panégyristes , les récompensaient par des présents , des emplois honorifiques , des places lucratives, par l'exemption des impôts publics et d'autres faveurs semblables. Un d'entre eux , Eugène , fut même revêtu de la pourpre. Les citoyens leur témoignaient

(t) Libaoiu», Ep. cdviî.

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