CHAPITRE XIX
Phénicie. Il fallait avoir étudié à Béryte pour acquérir plus tard de la réputation dans la profession de jurisconsulte , aussi cette école portait-elle le surnom de la mère des lois (1 ). Le temps que les études devaient durer n'était pas fixé , mais on peut admettre cinq ans comme terme moyen ; car dans la vingtième année se terminait ordinairement l'étude préparatoire de la grammaire et de la rhétorique, et d'après une loi insérée dans le code, personne ne pouvait être appelé de l'école de Beryte , pour remplir des fonctions publiques , avant l'âge de vingt-cinq ans. Ou reste , il paraît que les étudiants de cette école ne jouissaient pas d'une fort bonne réputation quant aux mœurs. Les empereurs essayèrent, par des édits, de mettre un frein à l'excès de la corruption, et surtout à l'usage qui existait à Athènes , à Rome et dans tous les auditoires , de soumettre les nouveaux venus aux mystifications les plus abusives. Les professeurs de l'école furent autorisés, conjointement avec l'évéque de Beryte et le président de la province , à surveiller les mœurs des étudiants et à les punir sévèrement s'ils contrevenaient aux ordonnances. C'était surtout à Athènes que les nouveaux venus couraient de véritables dangers. Provincial timide, le jeune homme était conduit par ses condisciples au bain, où on le maltraitait indignement, et il n'était reconnu digne de faire partie du corps des étudiants que lorsqu'il avait courageusement supporté toutes les épreuves.
Si nous examinons l'état de la littérature romaine , à la même époque , nous constaterons les mêmes symptômes de décadence.. Sans compter les causes générales qu'il est inutile de répéter ici , nous nous contenterons
(1) Cette école ne fat détruite que par l'invasion arabe , en 634.
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lie rappeler quelques-unes des circonstances partial* Hères eu cinquième siècle. El d'abord, l'altération sensible de la langue , suite et symptôme inévitable* de la chute des littératures. Cette altération fttt produite évidemment par l'invasion des Barbares qui, de jour en jour, étendaient et affermissaient leur empire. La langue latine , qui avait déjà perdu beaucoup de sa pureté, vit décroître encore considérablement son influencé , et elle disparut même de la bouche du peuple des provinces , en ce sens que la langue romaine se transforma en langue romane. Et cette métamorphose, cette créa* tton d'un mélange qui fut sans doute bien grossier date son origine , provient surtout de ee que les Barbares cherchaient moins à donner la prépondérance à leur langue qu'à s'approprier eux«»méàie3 la langue latine) qui leur offrait , par sa perfection et la facilité Avec laquelle elle exprimait tout , de plus grands avantagés pour le gouvernement et l'administration des provinces conquises. Mais , dans leurs efforts pour parler cette langue^ ils durent nécessairement y introduire une fonte de mots > de formes et de tournures barbares , et te peuple ne chercha pas à parler plus purement que set nouveaux mattres. Il n'existait d'ailleurs plus atieurt goût pour les travaux scientifiques ou littéraires qui an» raient pu opposer une digue à cette corruption envahissante. C'est pourquoi elle devint bientôt si générale que les provinciaux, qui voulaient lire les anciens auteurs on écrire dans leur langue , étaient obligés d'apprendre le latin comme une langue étrangère. Sidoine Apollinaire donne pour signe d'une naissance distinguée et d'une éducation cultivée, de s'intéresser aux lettres et par conséquent de parler et d'écrire le latin avec pureté. Les écrivains eux-mêmes, se servait d'un langage qui