‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 319 sur 378 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

offrait déjà les symptômes de la décadence la plus avancée} les poëtes changeaient la quantité des mots f employaient comme syllabes brèves , celles qui sont évidemment longues , ou bien le contraire ; ceux qui écrivaient en prose hérissaient leur style d'une foule d'expressions ou de tournures nouvelles et inusitées qui ne trahissaient que trop leur origine barbare. Sidoine Apollinaire en convient lui-même, et, dans un de ses poëmes , qui n'est pas dépouryu d'esprit et de gaîté , il peint la situation d'une personne qui, de son temps (la seconde moitié du cinquième siècle) , veut composer des vers en latin , et qui est obligée de tolérer l'emploi des mots germains, et d'entendre les chants du Bourguignon gourmand , qui ne peut manquer de dédaigner les vers hexamètres de Thalie en regardant ses maîtres hauts de sept pieds (1). Et cependant les poëtes tenaient à cette époque la première place parmi les écrivains. Toutes les autres branches de la littérature étaient tombées au dernier degré de nullité , et ne présentaient aucun intérêt à la très-grande majorité des lecteurs. Claudius Mamert , qui écrivait aussi dans la seconde moitié de ce siècle , s'exprime très-énergiquement à ce styet, dans une lettre au rhéteur Sapaudus (1)-

« Je ne crains pas d'affirmer que ce ne sont point les « écrivains latins qui nous manquent aujourd'hui, mais « l'instruction. Car je serais presque disposé à composer « une épitaphe pour les études mortes , si vous ne les « aviez ressuscitées avec un zèle digne de louange, un « esprit pénétrant et une riche 'éloquence. C'est là un

(1) Sid. App. car» xn. Ad V. C. Cataliinum.

(9) Mamferti Claudiant ep. ad Sapaudum Hhetorem, dansGalland, Biblioth., i. X, p.4ftt.

« bonheur d'autant plus admirable que nous en avions « désespéré. Car je vois que les Romains ne se contenir tent pas de négliger la langue romaine, ils en rougis- « sent ; la grammaire , semblable à une barbare , est « chassée à coups de barbarismes et de solécismes ; la « dialectique inspire autant d'effroi qu'une amazone, « Tépée à la main, armée pour le combat; la rhétorique « est une trop grande dame pour que les petites gens « veuillent l'admettre dans leurs maisons ; la musique, « la géométrie et l'arithmétique sont détestées comme « autant de furies ; enfin , la philosophie est regardée « comme un monstre effroyable. »

La situation générale de la littérature romaine, pendant ce siècle , est peinte avec beaucoup de vérité dans l'histoire de cette littérature par le docteur Baehr :

c Le bon goût, la pureté, avaient disparu tant des « écrits que du langage. L'affectation, la multiplicité de « mots inutiles, une emphase insupportable et poussée « jusqu'au ridicule, étaient des défauts de plus en plus « communs ; la langue perdait de jour en jour sa préci- « sion ; le sens de beaucoup de mots devenait douteux « et confus ; le discours était si surchargé d'expressions « étranges ou nouvelles et de tournures inusitées que, « pour bien savoir la langue, on était obligé d'étudier « les auteurs classiques des anciens temps et de se former « d'après ces modèles. Sous ce rapport, les efforts des « savants grammairiens de ce siècle, dans le but de con- « server la pureté de la langue, sont très-méritoires; « les écoles publiques de rhétorique , de philoso* « phie , etc. , maintinrent encore pendant quelque « temps , tant à Rome que dans d'autres villes de l'Em-

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