‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 320 sur 378 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

« pire romain, l'amour des sciences, et voulurent emcc pécher l'invasion de la barbarie ; mais elles causèrent « beaucoup de mal par la manière peu intelligente € dont elles dirigèrent un enseignement qui ne donnait « pas à la jeunesse une instruction complète, mais « seulement le moyen de pouvoir remplir une profes- « sion dans le monde et y faire fortune. Cependant, « nous voyons encore apparaître, dans la période qui a « précédé immédiatement la chute définitive , un cer- « tain nombre d'intelligences généreuses qui se sont « élevées au-dessus d'un siècle indigne d'elles (I). La « poésie était en général peu cultivée et encore moins a encouragée ; elle n'était exploitée que pour arriver « aux honneurs ou à la fortune -, le drame était entièrece ment réduit au silence. Mais si la langue se maintece nait plus pure dans la poésie, ce fait tient, d'une part, « au style mesuré, et, de l'autre, à l'imitation plus exacte « des anciens. L'éloquence , qui avait envahi toutes les « autres sciences , subit surtout les influences du siècle ex et des changements opérés dans les rapports sociaux ; « privée de toute liberté dans l'expression, elle n'exis- « tait plus que dans les écoles des rhéteurs pour le ser- « vice des empereurs , qui la regardaient comme un « moyen soit de satisfaire leur orgueil ou leur vanité , « soit d'augmenter leur autorité et leur puissance. Elle a avait perdu également et sa valeur morale et son im-* « portance littéraire. La philosophie était moins esti- « mée encore à Rome , quoiqu'elle continuât à fleurir « un peu à Athènes , dans les écoles des philosophes

(1) Dans le passage de l'introduction de Niebuhr à Mérobaudcs, p. 11, que Baelir cite, à cette occasion , il est moins question des écrivains que des personnages qui se trouvèrent à la tête des affaires publiques et qui empêchèrent, pendant quelque temps encore, la ruine complète de l'État, tels que Stilicon, Aëtius, Constance, etc.

3ft$ SAINT LÉON-LE-GRAND.

et grecs (mais seulehient jusqu'à l'invasion d'Àlaric). « Les études grammaticales étaient plus suivies , parce te qu'elles étaient plus conformes à l'esprit du temps, fc qui, hors d'état de rien créer de nouveau , tirait des « anciens à la fois la matière et la forme de ses produc- « tions. Il serait assefc difficile de prouver que la pro- « pagation du christianisme a contribué à cette décade dence en apportant un goût moins pur dans la k littérature et dans la langue 5 c'est au contraire la dif- « fusion générale de la religion chrétienne qu'il faut « regarder comme une deâ principales causes du main- « tieh de la langue latine dans les écrits, même après la « chute de l'Empire, et de la conservation de la littéra- « ture antique (1). »

Au milieu de fcet abaissement intellectuel , l'éducation littéraire et le goût des occupations scientifiques étaient ehcore assez généralement répandus parmi les classes riches et distinguées. Cette observation s'applique surtout k la Gaule ; et Içs écrivains <ôoûtemporains éti produisent plusieurs preuves curieuses. Il y avait d'abord un nombre assez Considérable de bibliothèque* appartenant â des familles opulentes. A Rome, dans le quatrième siècle, onicoinptàit encore viftgt*neuf bibliothèques , qui , toutes , étaient ouvertes au public. L'empereur Gordien hérita de son précepteur Serenus Sammonicus une collection de soixante-deux mille volumes ; et , dans la Gaule , plusieurs particuliers , au cinquième siècle, en possédaient d'aussi importantes. On cite, comme les plus belles, la bibliothèque de Lupus, professeur d'éloquence, celle du consul Magnus et celle

(l) Histoire de ta littérature rotmaine, par le docteur Baelir, S 166, p. 50 sq., d«' xièiue édition

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