CHAPITRE II
les troubles excités dans la capitale par l'hérétique empêchassent la cour de se prononcer ouvertement en sa faveur. C'est pourquoi les lettres , par lesquelles saint Cyrille pria l'empereur d'ordonner une enquête sévère sur cette affaire , ne ftirent pas tans résultat et décidèrent Théodose à employer le moyen dont avaient usé deux de ses plus illustres prédécesseurs, la convocation d'un concile oecuménique. Il se tint à Ëphèse, l'an 431 , et saint Cyrille y présida comme représentant de l'évoque de Rome. Ses principaux écrits , dans lesquels il réfutait les erreurs de Nestorius , furent reconnus par te concile, comme organes de la vérité , et la doctrine de l'Incarnation qu'il développait et prouvait par la tradition, comme étant l'enseignement de l'Église. Nestorius qui, cache derrière les soldats, reftisa de comparaître et de se justifier dans le concile, fut déposé et etclu de la communion de l'Église. De son côté , Jean d'Antioche, craignant que ce triomphe de la foi ne rendit saint Cyrille trop puissant, se sépara du concile, auquel il n'avait pas assisté, assembla un concile schismatique dans lequel il déposa et excommunia saint Gyrille. Chacun des deux partis chercha un appui auprès de l'empereur •, mats, cette fois, la victoire se déclara pour la cause la plus juste. En dépit des ruses et des intrigues de l'hérésie, l'empereur, voyant que le peuple et le clergé se déclaraient énergiquement pour l'orthodoxie , reconnut la légalité de la condamnation prononcée par le concile contre Nestorius et la confirma. Malgré tous ses efforts, Théodose ne parvint pas à réconcilier les orientaux avec le parti de saint Cyrille et à mettre un terme ait schisme.
Il est hors de doute que les senliments d'irritation et d'hostilité qui, pendant de longues années, divisèrent
l'Egypte et le reste de l'Orient, provenaient bien moins d'une opposition sérieuse dans la foi, que d'une jalouse inquiétude causée par l'autorité que les derniers événements avaient donnée au patriarche d'Alexandrie. En effet, après un examen impartial, on peut reconnaître que cette dissidence d'opinions entre l'Egypte et l'Orient n'était ni assez importante , ni assez fondamentale pour amener une séparation si prolongée, maintenue avec tant d'opiniâtreté, et qui produisit tant de désordre et de dévastation au sein de l'Eglise. La conduite pleine de violence tenue plus tard par les Égyptiens envers les Orientaux et l'évêque orthodoxe de Constantinople , ne fut évidemment que l'explosion d'une ancienne inimitié; une fois qu'ils eurent le pouvoir entre les mains , ils voulurent venger les maux que leurs prédécesseurs avaient soufferts de leurs adversaires. Lorsque , après des efforts réitérés , l'union fut enfin rétablie en 433 , elle reposa sur une formule adoptée par les deux partis (1) 5 mais les esprits n'étaient réconciliés qu'extérieurement , le feu couvait toujours sous la cendre. Les troubles qui , à dater de ce jour, ne cessèrent d'agiter l'Eglise d'Orient , les discussions incessantes , sur certains sujets de controverse , les accusations , les dépositions , les exils des évêques , les divisions même entre les orthodoxes , la faiblesse de la cour livrée à toutes les intrigues , et brouillant toutes les affaires , tant de causes réunies produisirent cet état d'anarchie et d'irritation qui , vers le milieu du cinquième siècle , ébranla
(1) Voici le passage le plus important et le plus caractéristique de celte formule : « Siquideoi duarum naturarum facta est unio, propter quod unum Christum, unum filium, unum Dominum confitemur. Secundum hune inconfusae unitaiis intellectum confitemur sanctarn virgioem Dei genitrieem esse, propterea quod Deus verbum incarnatum est, et homo faclum, et ex ipsa conceptione univit sibi templum , quod ç* illa assumusil, etc. » Acta Ephes. M, p. 30.
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l'Eglise d'Orient , la soumit , pendant quelque temps , au despotisme d'un patriarche , et provoqua une crise qui , sans le vaste et puissant génie de celui que Dieu avait placé , à cette époque , à la tête de l'Eglise universelle , aurait enfanté les conséquences les plus funestes , durant un long cours de siècles, pour la civilisation chrétienne.
Ici commence la mission de saint Leon-le-Grand (1).
(1) Les auteur* d'ouvrages consulté* pour les faits de ce second chapitre sont, ontre ceux mentionnés à la fin du chapitre précédent : le P. Labbe et Cossart, Collection des Conciles; Baluze, Supplément à la collection de Labbe; Ceillier, Bis» toiie générale des auteurs sacrés et eccléskuUawss ; Flenry, Ut. 33 à 17 de Y Histoire ecclèsiosUcpte; le P. Cacciari, ExercitaUones in opéra S. Leonis.