CHAPITRE XX. S
lui avait été prescrit , le bâton prit racine et produisit du fruit; le vieil ermite l'ayant cueilli , le porta à l'église et dit à ses Frères : « Prenez et mangez le fruit de l'obéissance. » Étant encore novice dans la vie monastique, Jean trouvait tant de charme dans la contemplation qu'il dit à son frère : « Je voudrais vivre sans distraction, et ne pas penser plus que les Anges aux choses de la terre , afin d'être capable de servir et de louer Dieu sans interruption. » Ayant tenu ce langage et laissé son manteau derrière lui , il s'enfonça dans le désert. Après une semaine , il revint , et alla heurter à la porte de la cellule de son frère. Celui-ci lui demanda son nom ; il répondit que c'était son frère Jean. « Cela ne peut être , répliqua l'autre 5 car mon frère Jean est devenu un ange • et ne vit plus parmi les hommes. » Le saint sollicita le pardon de son erreur, et reconnut que l'homme sur la terre ne peut acquérir la perfection; • que la contemplation et le travail des mains devaient se - succéder mutuellement , et que cette vie est faite pour la pénitence et pour les épreuves : exemple charmant de la charité avec laquelle ces saints anachorètes exerçaient la correction fraternelle ! Toute la vie de Jean-le-Nain est remplie de ces traits d'une piété aimable. Citons encore. Afin de faire sentir la nécessité de se vaincre soimême , il racontait l'anecdote suivante : Un jeune homme priait un philosophe célèbre de l'admettre au nombre de ses disciples ; celui-ci lui dit : « Allez d'abord aux carrières , et portez pendant trois ans les pierres à la rivière , en compagnie des malfaiteurs condamnés aux mines. » Le jeune homme obéit , et revint quand le terme fut expiré. Le philosophe lui dit d'employer trois autres années à recevoir toutes sortes d'injures et d'affronts , sans faire aucune réponse , et de
donner même de l'argent à ceux qui le traiteraient de la manière la plus outrageante. Le jeune homme obéit encore ; et lorsqu'il «e présenta , le philosophe lui dit qu'il pouvait aller à Athènes , et se faire initier dans les écoles oit l'on enseignait la philosophie* Étant à la porte de cette ville , il y rencontra un vieillard qui s'amusait à se moquer de ceux qui passaient» Loin de se mettre en colère contre lui , le j eune homme se félicitait en riant de se voir raillé de la manière la plus piquante , et comme le vieillard lui demandait la raison de cette résignation , il répondit : a H y a trois ans que je donne de l'argent à ceux qui m'ont traité comme vous faites; et comment ne rirais-je pas de ce qu'il ne m'en coûte rien présentement pour être raillé par vous ? » — « ÀI- Jez, reprit le vieillard , allez aux écoles des philosophes, vous mérites d'y être admis. * Le Saint , après avoir raconté cette histoire , ajoutait : « Voilà la porte du ciel; tous les fidèles serviteurs de Dieu y sont entrés par les souffrances etles humiliations, supportées avec douceur etpatience. » Quand Jean parlait de Dieu, il oubliait le temps et la terre* Un frère étant venu te voir pour l'entretenir pendant quelques instants, le plaisir qu'ils goûtaient Ton et l'autre à s'occuper de Dieu , leur fit oublier les heures , et leur conversation dura jusqu'au lendemain matin. Lorsqu'ils aperçurent le jour, ils songèrent à se séparer 5 mais le Saint ayant fait quelques pas pour reconduire le frère , la conversation tomba sur le ciel , et ils restèrent encore ensemble jusqu'à midi : distraction sublime de ces saintes âmes ravies à la terre par la contemplation des mystères et par l'avant-goût des joies du ciel! Une jeune femme, nommée Paëste, tomba dans la pauvreté, se relâcha peu à peu dans ses exercices de piété , et finit par s'abandonner au désordre. Les moines de Scélé