CHAPITRE XX
vie, mais un événement imprévu vint encore troubler le saint ermite. Un vaisseau , battu par la tempête , se brisa contre le rocher , tout l'équipage périt , à l'exception d'une fille qui se sauva, à la faveur d'une planche quelle avait saisie; elle aperçoit Martinien , et l'appelle à son secours. Le saint ermite se crut obligé de sauver là vie à une personne qui était en danger de périr ; mais il résolut en même temps de quitter sa solitude, dans la crainte d'être tenté une secondé fois. Comme il lui restait encore des provisions jusqu'au retour des mariniers, il les laissa à cette fille, qui devint un modèle de pénitence , et mourut ^ur ce rocher. Quant à Martinien , il se précipite dans la mer, plein de confiance en Dieu , et gagne la terre ferme à la nage. Ayant erré de déserts en déserts , il arriva à Athènes où il mourut vers le commencement du cinquième siècle. Abraham était un solitaire qui alla prêcher l'Évangile dans un village du Mont-Liban , encore plongé dans les ténèbres de l'idolâtrie. Les païens voulurent le tuer, mais sa douceur et sa patience vainquirent leur fureur. Peu de temps après , les officiers chargés de lever les deniers publics étant arrivés , trouvèrent les habitants hors d'état de payer. On se préparait à les traîner en prison, quand le Saint fit un emprunt et paya pour eux. Cette charité gagna le cœur de ces pauvres gens qui consentirent à écouter la parole de Dieu. Abraham resta trois ans avec eux , puis retourna dans sa solitude, après avoir confié le soin de leurs âmes à un prêtre vertueux. Il ne jouit pas longtemps du repos qu'il était allé chercher dans la retraite ; car il fut élevé sur le siège épiscopal de Carres en Mésopotamie. H s'appliqua , avec l'ardeur la plus infatigable, à détruire dans son diocèse l'idolâtrie et les vices qui en sont la suite. Il mourut, en 422, à t. h. 24
Constantinople, où l'empereur Théodoso-le-Jeune l'avait fait venir. Ce prince conserva un des vêtements du Saint, qu'il portait à certains jours par respect pour sa mémoire.
En 429 , les déserts d'Egypte perdirent une de leurs plus éclatantes lumières , l'anachorète saint Sisoès ; il s'appliqua à imiter les vertus héroïques de saint Antoine , et parvint au plus haut degré d'austérité, d'humilité et de contemplation. De très-loin , les solitaires et des personnes du monde venaient le consulter et recevoir sa direction. Il combattit et réduisit à l'impuissance des ariens qui étaient venus dogmatiser parmi ses frères. 11 passa soixante-douze ans sur la montagne de saint Antoine.
Le désert était le refuge de toutes les âmes d'éKte qui fuyaient les agitations du monde, les intrigues des cours, le spectacle de cette démoralisation et de cette désorganisation universelle , le bruit de ces empires croulants sous les coups redoublés des Barbares. Vers la fin du quatrième siècle , les solitaires de Scété virent arriver un homme remarquable par sa haute taille , la dignité de son maintien , et par une intelligence supérieure en*preinte sur la majesté de son front ombragé par une magnifique chevelure. Il venait de la cour de Constantinople , et se nommait Arsène. Romain de naissance, il sortait d'une famille alliée à celle de plusieurs sénateurs. 11 fut élevé avec soin, et se montra, dès sa jeunesse, plein d'ardeur pour la pratique de la vertu. Il acquit une profonde connaissance des auteurs grecs et latins, et se rendit ainsi fort habile dans celle de l'Écriture sainte. Ayant embrassé l'état ecclésiastique , il fut ordonné diacre. H avait une sœur avec laquelle il menait une vie retirée.
L'empereur Théodose-le-Grand cherchait une per-