‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 329 sur 378 · CHAPITRÉ XX · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ XX

sonne à laquelle il put confier l'éducation de ses enfants y Arcadius et Honorius; il s'adressu à l'empereur Gratien, et le pria de consulter le pape Damase sur le choix à faire. Le saint Père désigna Arsène comme celui qui réunissait toutes les qualités demandées par Théo* dose. Gratien l'envoya donc à Constantinople, où l'empereur le reçut avec de grandes marques de distinction, l'éleva à la dignité de sénateur, et ordonna qu'il fût respecté comme le pare de ses enfants , dont il le nomma tuteur et précepteur. Il voulut qu'il eut un train magnifique y et il attacha à son service cent domestiques qui étaient tous richement habillés.

Étant un jour allé voir les princes pendant leur travail, Théodoae-le-Grand les trouva assis, tandis qu'Arsène était debout en leur pariant. Afin d'apprendre à ses enfants le respect qu'ils devaient à leur maître, l'empereur les dépouilla, pour quelque temps , des insignes de leur dignité, et ordonna que, pendant leurs leçons , ils lussent debout, et Arsène assis.

Arsène, comme toute» les grandes âmes, avait toujours senti une forte incl ination pour U retraite, et cette raclnnation, il la sentait augmenter de jour en jour, à cause des embarras et des distractions attachés à sa place. Les titres et les honneurs étaient pour lui un fardeau insupportable. E&fin , il trouva , vers l'an 390 7 une occasion de rompre les chaînes qui le retenaient à la cour. Arcadius, l'un des fils de l'empereur, ayant commis une faute considérable, son précepteur l'en punit sévèrement. Le jeune prince, vivement irrité , n'en devint que plus opiniâtre. Arsène vit dans cette circonstance le moyen qui lui était offert par la Providence d'exécuter le projet qu'il avait formé depuis longtemps d'abandonner le monde. Un jour que, suivant sa coutume, il priait Dieu de lui faire

connaître sa volonté, il entendit une voix qui lui disait: ce Arsène , fuis la compagnie des hommes , et tu seras sauvé. » Il suivit sans délai la vocation du ciel, s'embarqua sur un vaisseau qui faisait voile pour Alexandrie, d'où il se rendit dans le désert de Scété, pour y vivre en anachorète. Cet événement arriva vers l'an 394. Arsène avait alors quarante ans , et il en avait passé onze à la cour de Gonstantinople.

Comme il ne cherchait qu'à plaire à Dieu en toutes choses , il redoubla de ferveur dans ses prières, afin de connaître encore plus parfaitement ce que le Seigneur demandait de lui. Un jour quil priait, il entendit une voix qui lui disait de nouveau : k Arsène, fuis, garde le silence, et sois en paix : c'est là le fondement du salut. » Pour obéir à cet avertissement, répété par deux fois, il se retira dans une cellule fort écartée, pour n'être point exposé à recevoir des visites ; il ne voyait même que rarement ses propres frères. Lorsqu'il allait à l'église, éloignée du lieu de sa demeure d'environ trente milles, il se mettait derrière un pilier pour ne voir personne et pour n'être vu de qui que ce fût.

Cependant Théodose-le-Grand r affligé de la fuite d'Arsène , fit faire les plus exactes perquisitions sur terre et sur mer afin de découvrir sa retraite ; mais il mourut peu de temps après, laissant l'Empire à ses deux fils. Arcadius voulut rappeler à la cour son ancien précepteur, afin de se conduire par ses sages conseils. Ayant appris qu'il était caché dans le désert de Scété , il h» écrivit pour se recommander à ses prières : par sa lettre. il lui abandonnait la disposition des tributs de l'Egypte, afin qu'il s'en servît pour les besoins des monastères et le soulagement des pauvres. Mais le Saint se contenta de répondre de vive voix à l'envoyé de l'empereur : « fc

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