‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 330 sur 378 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

c prie Dieu qu'il nous pardonne à tous nos péchés. « Quant à la distribution de l'argent, je ne suis point « capable d'un tel emploi, étant déjà mort au monde. »

Ce qui lui arriva à son entrée dans le désert mérite d'être rapporté. S' étant présenté pour la première fois aux anciens ou supérieurs des moines de Scété , et les ayant priés de lui permettre de servir Dieu sous leur conduite, ils le remirent entre les mains de saint Jean-le- Nain, dont j'ai fait connaître la vie. Sur le soir, celui-ci s'assit avec les frères , pour prendre un peu de nourriture. Quant à notre Saint, il le laissa debout au milieu de l'assemblée, sans faire attention à lui. C'était une épreuve bien délicate pour un courtisan ; mais elle fut suivie d'une seconde, qui était beaucoup plus rude. Au milieu du repas, saint Jean prend un morceau de pain qu'il jette à terre devant Arsène, en lui disant, avec un air d'indifférence, qu'il peut manger, s'il en a envie. Arsène se couche par terre et mange en cette posture. Saint Jean, charmé et édifié de cette conduite, n'exigea point d'autre épreuve. « Allez, dit-il aux frères, retour- « nez dans vos cellules avec la bénédiction du Seigneur. « Priez pour nous : cet homme est appelé à la vie reli- « gieuse. »

Arsène surpassa encore les autres anachorètes par son humilité et sa ferveur. Dans les commencements il se permettait, sans toutefois y penser, certaines choses auxquelles il était accoutumé dans .le monde, et qui, quoique innocentes en elles-mêmes, semblaient annoncer un peu de légèreté et cTimmortification. Telle était l'habitude d'avoir les jambes croisées. Les anciens, qui le respectaient singulièrement , ne voulurent point l'en avertir dans une assemblée publique où les frères étaient venus pour assister à la conférence $ mais l'abbé Pemen

se servit de ce stratagème : il convint aveeun moine qu'il se tiendrait dans la même posture , et qu'il l'en reprendrait comme d'une chose contraire à la modestie religieuse, ce qui fut fait. Le moine écouta la réprimande en silence, sans rien dire pour s'excuser. Arsène vit bien que c'était un avertissement indirect qu'on lui donnait; il veilla sur lui-même et se corrigea. De tous les moines de Scété , il n'y en avait point qui fût veto plus pauvrement que lui : il voulait ainsi se punir de cette magnificence extérieure avec laquelle il avait vécu autrefois à la cour. Les jours ordinaires, il s'occupait à faire des nattes de palmier, et il avait toujours un mouchoir pour essuyer les larmes qui tombaient de ses yeux. Jamais il ne changeait l'eau où il mettait tremper ses feuilles de palmier, quoiqu'elle fût corrompue et qu'elle répandit une odeur infecte $ il se contentait d'en verser de la nouvelle par-dessus. Quelqu'un lui en ayant demandé la raison , il répondit : c Je dois , par cette « mauvaise odeur, me punir de la sensualité qui « m'a porté à user des parfums quand j'étais dam le <x monde. » Afin d'expier ce qu'il appelait son ancien goût pour la superfluité, il se réduisit à la pauvreté la plus entière : en sorte que , dans une fièvre violente, il fut obligéde recevoir par aumônequelques petits secours dont il avait besoin. Il remercia Dieu de l'avoir jugé digne d'être assisté en son nom par la charité des fidèles, La maladie fut longue , et le prêtre du désert le fit porter dans son logement, qui était auprès de l'église. On le coucha sur un petit lit fait de peaux de bête, et on lui mit un oreiller sous la tête. Un des moines Tétant venu voir, se scandalisa de le trouver ainsi couché, et demanda si c'était là l'abbé Arsène. Le prêtre tira en particulier ce moine , et le questionna sur la profession

Page 1