‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 331 sur 378 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

qu'il exerçait au village avant d'être moine, « J'étais « berger, répondit-il, et j'avais beaucoup de peine à « vivre. » — « Voyez-vous l'abbé Arsène, reprit le « prêtre , dans le monde , il était le père des empe- « reurs. Il avait à sa suite cent esclaves habillés de soie « et ornés de bracelets et de ceintures d'or; il était « mollement couché sur des lits magnifiques. Pour ce vous, qui étiez berger, vous vous trouviez dans le a monde plus mal à votre aise qu'ici. » Le bon moine, touché de ces paroles , se prosterna en disant : « Parce donnez-moi, mon père, j'ai péché; je reconnais « qu'Arsène est dans la vraie voie de l'humiliation. » Il se retira ensuite extrêmement édifié.

Un des officiers de l'empereur apporta un jour à Arsène le testament d'un sénateur de ses parents, qui, avant de mourir, l'avait institué son héritier. Le Saint prit le testament et allait le déchirer, si l'officier ne se flfit jeté à ses pieds pour le prier de ne pas le faire, car il serait exposé à perdre la vie. Arsène ne le déchira donc point ; mais il refusa d'accepter les biens qui lui avaient été légués, « Je suis mon, dit-il, avant mon « parent : je ne puis conséquemment être son héritier. »

Ses jeûnes étaient extraordinaires; on ne lui envoyait pour une année que la mesure de blé appelée thallin par les Égyptiens. Non-seulement elle lui suffisait pour vivre , mais il en faisait encore part à ses disciples quand ils venaient le visiter. Si on lui apportait quelques fruits nonveaux, il en goûtait, et en rendait grâces à Dieu ; il n'en mangeait qu'autant qu'il fallait pour éviter le reproche de singularité. Avec une grande abstinence, un sommeil très-court suffit à la nature : c'est pourquoi Arsène passait souvent toute la nuit en prières. Lorsque ses forces étaient épuisées , il dormait quelque temps

assis, puis il reprenait ses exercices. Nous apprenons de Daniel , l'un de ses disciples , que les samedis il commençait, vers le coucher du soleil, à prier, les mains élevées au ciel, et qu'il ne cessait sa prière que le lendemain matin , lorsque les rayons du soleil venaient éclairer son visage. Il avait deux disciples qui vivaient auprès de lui et qui étaient chargés de toutes les affaires du dehors : l'un se nommait Alexandre et l'autre Zoïle. Il en reçut un troisième nommé Daniel. Tous devinrent célèbres par leur sainteté et leur prudence. Il est souvent parlé d'eux dans les vies des Pères des déserts d'É-

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Arsène consentait difficilement à voir les étrangers

qui venaient le visiter, ne voulant, disait-il , se servir de ses yeux que pour contempler le ciel. Une illustre dame romaine , nommée Mélanie , avait fait le voyage d'Egypte pour voir Arsène , et le joignit lorsqu'il sortait de sa cellule. Elle ne l'eut pas plutôt aperçu qu'elle se prosterna à ses pieds. Le serviteur de Dieu lui dit : a Une femme ne doit point quitter sa maison. Vous « avez traversé de vastes mers afin de pouvoir dire à « Rome que vous avez vu Arsène et pour exciter par là « dans les autres la curiosité d'en faire autant. » Mélanie , toujours prosternée et n'osant lever les yeux, le conjura de se souvenir d'elle et de prier pour sa sanctification, c Je prie Dieu , répliqua le Saint , de ne me « souvenir jamais de vous. » Mélanie , fort affligée de cette réponse , retourna à Alexandrie ; mais le patriarche de cette ville consola la noble dame , en lui expliquant .les dernières paroles d'Arsène: « Il prie Dieu, « lui dit-il , d'oublier votre personne , parce que vous « êtes une femme ; quant à votre âme , ne doutez pas * « qu'il ne la recommande fortement à Dieu. »

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