CHANTAS XX
ses disciples ; « Je prie votre charité de m'accorder une <x chose ; c'est qu'après ma mort vous vous souveniez c de moi dans le saint Sacrifice. Si , dans ma vie, j'ai « fait quelque chose qui soit agréable à Dieu , puissé»je, « par sa miséricorde, le retrouver! » Ses disciples étant fort affligés de l'entendre parler comme un homme qui était sur le point de les quitter, il ajouta : a Mon heure « n'est point encore venue, je vous en instruirai; mais « si vous souffres qu'on garde comme une relique quel- « que chose de ce qui est à moi , vous en répondrez au « tribunal de Jésus-Christ. » Ceux-ci étant inquiets de savoir comment ils pourraient l'inhumer avec les cérémonies ordinaires , lui dirent en pleurant : Comment « ferons-nous, mon Père; car nous ne savons de quelle « manière on enterre les morts ? » — - « Attachez-moi , «r leur répomditril, une corde aux pieds; puis, tratnex « mon cadavre sur le haut de la montagne et l'y lais- « sez. j> Comme il pleurait pendant son agonie , un des frères lui en demanda la raison : « Pourquoi pleures** « vous , mon Père , lui dit-il -, vous craignez donc de « mourir, à l'exemple des autres hommes ? » ~ « J'a~ « voue , leur répondit-il , que je suis saisi de crainte , « et même que cette crainte ne m'a point quitté depuis « que je suis venu dans les déserts. » Cette crainte n'empêcha point Arsène d'expirer dans une grande paix. Sa bienheureuse mort arriva vers l'an 449. Il était âgé de quatre-vingt-quinze ans , et en avait passé cinquante-cinq dans le désert. L'abbé Pémen l'ayant vu expirer, s'écria les larmes aux yeux : <* Heureux Arsène, « d'avoir pleuré sur lui-même tant qu'il a été sur la « terre. Ceux qui ne pleurent point ici pleureront éter* « nellement dans l'autre vie. *
Saint Pémen , quand il quitta le monde , en 385 ,
fut suivi par ses six frères , qui , touchés de son exemple et de la force de ses discours, se sentirent embrasés du même désir ardent de tendre à la perfection. Pémen passait souvent plusieurs jours de suite, quelquefois même une semaine entière, sans prendre aucune nourriture. Ce Saint était renommé par ses sages avis qui attiraient vers lui beaucoup de fidèles, et par de nombreuses sentences sur les devoirs de la vie; on lit ces sentences dans l'histoire des Pères du désert. Saint Pémen mourut vers l'an 451 .
Un officier des gardes de l'empereur Théodose-le- Jeune se distinguait autant par sa bravoure que par sa fidélité à remplir ses devoirs de chrétien. Il se nommait Auxence. Tous les moments dont il pouvait disposer étaient consacrés aux exercices de la piété. Souvent il visitait de pieux solitaires , et passait les nuits avec eux dans les veilles et la prière. Craignant de succomber ara tentations de la vaine gloire , il prit la résolution de renoncer pour toujours au monde •, il se retira sur un rocher de la montagne d'Oxée , à trois lieues et demie de Constantinople. Il assista au concile de Chalcédoine, et mourut vers 470.
Parmi les différentes règles de la vie monastique, on distinguait , dans ce siècle , l'ordre des Acemètes ; chacun de leurs monastères était divisé en plusieurs chœurs qui, se succédant l'un à l'autre sans interruption, chantaient l'office divin nuit et jour. De là leur vint ce nom d' Acemètes , en grec non-tiormants. Cet ordre fut porte à son plus haut degré de célébrité par saint Marcel , né en Syrie , d'une famille considérable. Très-jeune encore , il perdit ses parents qui lui laissèrent de grands biens ; mais loin de s'abandonner au plaisir, il se rendit à Antioche pour se livrer à l'étude et aux exercices de