CHAPITRE XX. S
naire. Yalentin parlait avec une onction irrésistible. L'aménité et le charme de sa vie privée égalaient le zèle et la persévérance avec lesquels il annonçait la doctrine de la vérité. Il consacrait à la prière et à la contemplation une grande partie de la nuit, et il se bâtit une petite cellule où il pût, sans être troublé," s'abîmer dans ses pieuses méditations. Yalentin fonda une communauté de prêtres qui étaient soumis à une règle commune et qui le secondaient dans ses travaux apostoliques. Il mourut le 7 janvier, vers Tannée 474, comme le rapporte son* contemporain et biographe, Eugippe.
Le même écrivain fait connaître la vie de son maître, saint Se vérin, encore un des plus célèbres missionnaires du siècle de saint Léon.
Jamais on n'a su ni l'âge, nilepays de saint Séverin ; il répondit un jour à un ecclésiastique qui le questionnait à ce sujet : « Si vous me prenez pour un fugitif pré- « parez de quoi payer ceux qui viendront me redemande der. » Et il ajouta : « On ne doit point être en peine « de l'âge et du pays d'un homme qui fait profession « de ne point connaître d'autre âge que l'éternité , ni « d'autre pays que le ciel. » Toutefois, à son langage et à ses manières , on reconnaissait qu'il était romain , ou du moins d'une contrée où Ton parlait encore purement le latin.
Le désir de se perfectionner dans la vertu lui fit quitter sa patrie, pour se retirer dans Tune des solitudes de l'Orient ; là il sentit l'Esprit de Dieu l'appeler à prêcher la foi aux peuples barbares du Nord. Il se mit en route : s'étant arrêté dans un village, entre la Pannonie et la Norique, il se trouva au milieu d'un mélange d'idolâtres, d'ariens et d'un petit nombre de catholiques
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livres aux désordres les plus scandaleux ; il crut qu'il fol* lait faire précéder sa prédication de l'exemple de sa vie : il ajouta aux austérités et aux exercices de piété qui lui étaient ordinaires , toutes les actions de charité qu'il put pratiquer envers les pauvres, les malades et tous ceux qui avaient besoin de tous les genres de secours* Après la mort d'Attila, il prédit aux peuples de ce pays tous les malheurs qui devaient arriver, et il se servit de cette circonstance pour leur prêcher la pénitence et le repentir. Mais voyant l'endurcissement de leurs cœurs, il quitta cette contrée après avoir marqué l'heure où elle devait être saccagée. Sa prédiction fut réalisée \ oe peuple comprit enfin que Se vérin était envoyé de Dieu, et il se convertit, t .
La ville de Faviane , en Autriche , était affligée de la famine. Les habitants ne virent d'autre moyen d'échapper à cette calamité qu'en appelant au milieu d'eux saint Séverin. Il leur prêcha la pénitence, et tous écoutèrent sa parole. Peu de temps après, le Saint apprit, par révélation divine , qu'une veuve nommée Procule avait caché beaucoup de blé. Il la fit venir, et lui dit devant tout le monde ; a Pourquoi , vous qui êtes de race no-> ble, vous êtes-vous faite esclave de l'avarice? Voici que le Seigneur a pris pitié de ses serviteurs , et vous., vous ne^saurez que faire de vos richesses mal acquises , si ce n'est de jeter votre blé dans le Danube , et de témoigner aux poissons l'humanité que vous aveu refusée aux hommes. C'est pourquoi, secoure»-vous vous-même plus encore que les pauvres , avec les biens que vous penses garder, lorsque Jésus-Christ a faim. » Épeuvan* tée de ces paroles, la femme s'empressa de distribuer ses provisions aux pauvres. Peu de temps après, ou vit arriver plusieurs bateaux chargés de grains, venant de la
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Rhétie ou du Tyrol , qui avaient été retenus dans Ylnn par les glaces.
Sa charité , son éloquence , l'autorité de son nom et de ses vertus agissaient puissamment sur les chefs Barv bares. II se servait de cette influence pour délivrer les prisonniers , sauver les villes du pillage , assurer la libre circulation des routes , maintenir la paix entre les Romains et les Barbares.
C'était encore lui qui , dans toutes les villes et les châteaux , nourrissait et habillait presque tous les pauvres. Sa charité était si admirable , qu'un grand nombre d'habitants , quoique réduits eux-mêmes aux angoisses de la faim , donnaient cependant volontiers aux pauvres la dîme de leurs récoltes. Se vérin exhorta , par ses lettres , tous les prêtres de la Norique à payer cette dîme. Un jour que , par suite de cet usage 9 on lui eut apporté une grande quantité de vêtements , il demanda si les habitants de la ville de Tiburn avaient également apporté leur don pour les pauvres» On lui répondit qu'ils se proposaient de l'en* yoyer bientôt. Le Saint prédit que , pour avoir différé leur offrande , ils seraient contraints de la livrer au* Barbares. En effet , peu de temps après , la ville se trouvant assiégée par les Goths, les habitants furent réduits à capituler Qt à donner pour leur rançon les vêtements qu'ils avaient négligé d'envoyer au serviteur de Dieu* Les habitants de Lauréac , ville épiscopale , située au confluent de l'Emset du Danube, avaient aussi différé de distribuer aux pauvres la dîme de leurs fruits , inaL* gré le* exhortations de saint Séverin. Tout d'un coup , lorsque les blés commençaient à jaunir, ils furent couverts d'une rouille qui menaçait de perdre toute la récolte. Les habitants, effrayés , vinrent confesser aux
pieds du Saint qu'ils avaient mérité ce châtiment. Quand il les vit repentants de leur faute , il leur ordonna un jeûne , après lequel une pluie salutaire sauva la moisson désespérée. Cet événement les rendit plus prompts et plus exacts à payer la dîme aux pauvres.
Le Saint , retiré dans son ancien monastère de Faviane , ne cessait d'avertir les peuples et de prédire l'avenir, assurant qu'ils émigreraient tous sur le sol Romain , sans perdre leur liberté. La prédiction s'accomplit quelque temps après la mort de Se vérin, par l'expédition d'Odoacre auquel il annonça sa grandeur future.
Un jour, Séverin étant retiré dans une cellule solitaire qu'il affectionnait beaucoup, vit quelques Barbares, qui se rendaient en Italie , se présenter devant lui pour lui demander sa bénédiction. Parmi eux , se trouvait un jeune homme d'une si grande taille , qu'il ne put se tenir debout dans la cellule. Il était pauvrement vêtu. Le Saint lui prédit beaucoup de gloire et répondit à ses adieux par ces paroles : « Va en Italie , va : vêtu maintenant des plus viles peaux , tu distribueras bientôt des trésors à un grand nombre. » Ce jeune Barbare était Odoacre , que la Providence destinait à mettre fin à l'Empire romain en Occident , et à devenir roi en Italie. Après sa conquête , le chef des Hérules se souvint de la prédiction du Saint , et lui écrivit pour l'engager à demander tout ce qu'il désirait. Séverin sollicita, pour toute faveur, le retour de quelques exilés.
Ses travaux n'enlevaient rien a la rigueur de ses austérités. Il ne mangeait tous les jours qu'après le coucher du soleil , excepté dans les grandes fêtes. En carême, il ne faisait qu'un seul repas par semaine. Un ciliée étendu sur la terre lui servait de lit. Il marchait toujours nupieds , même lorsque le Danube était gelé. Le 5 janvier