CHAPITRE XX
ce tre ami. Quant à nous, nous ne voulons plus avoir a aucun commerce avec vous. »
Jacques, touché de ce langage et des reproches de sa conscience, prit en horreur l'infidélité et la lâcheté dont il s'était rendu coupable, et voulut réparer sa faute. Il ne parut plus à la cour, se démit de ses honneurs et proclama publiquement son retour à la foi de Jésus-Christ. Varanes, irrité de ce changement, fit venir Jacques, lui rappela toutes les grâces dont son père l'avait comblé et lui reprocha son ingratitude. Au nom de lezdegerde, le confesseur dit avec calme : « Où est maintenant ce prince? Qu'est-il devenu? » Varanes menace Jacques d'une mort cruelle et prolongée. — Jacques : Toute espèce de mort n'est qu'un sommeil. Puissé-jè mourir de la mort des justes! — Varanes : L* mort n'est point un sommeil ; elle est un objet de terreur pour les grands et pour les rois. — Jacques : Oui, sans doute, elle effraie les rois et tous ceux qui méprisent la Divinité, parce que Y espérance des mécfiants périra. — Varanes prenant ces paroles pour lui : Quoi, misérable, vous nous appelez méchants, Vous qui n'adorez ni le soleil, ni la lune, ni le feu, ni l'eau, ni ces illustres productions de la Divinité? — Jacques : Je ne prétends point vous outrager, en vous accusant ; mais je dis que vous donnez aux créatures le nom incommunicable de Dieu.
Le roi condamna Jacques à avoir tous les membres coupés les uns après les autres. Lorsque le confesseur fut arrivé au lieu du supplice, il demanda quelques instants qui lui furent accordés. Se tournant vers l'Orient, il se mit à genoux, et pria avec beaucoup de ferveur. Les bourreaux, s'étant approchés de lui, déployèrent devant ses yeux les instruments de torture , lui saisirent
la main et étendirent son bras avec violence. Mais avant de le frapper, ils l'exhortèrent à obéir au roi pour échappera des tourments si atroces. La foule des spectateurs fondait en larmes, en considérant sa naissance, les fonctions qu'il avait occupées, sa jeunesse, la dignité et la beauté de sa personne. Des cris s'élevaient pour le supplier de dissimuler sa religion. — Jacques; Cette mort qui se présente sous un aspect si terrible, est bien peu de chose , quand il s'agit de se procurer une vie éternelle 5 — et s' adressant aux bourreaux: — Pourquoi restez-vous dans l'inaction ? Que ne commencez-vous à exécuter l'ordre que vous avez reçu? — Ceux-ci lui ayant coupé le pouce droit, il fit cette prière : « Sauveur des chrétiens, recevez cette branche « de l'arbre. Il est vrai que cet arbre pourrira-, mais il « reprendra sa verdure, et je suis assuré qu'il sera cou- « ronné de gloire. » Le juge et le peuple renouvellent leurs instances pour que le Saint ne laisse pas continuer le supplice. — Jacques : La vigne est dans un état de mort pendant l'hiver, mais elle revit au printemps. Comment le corps de l'homme, quoique coupé en morceaux, ne revivrait-il pas? — Lorsque les bourreau! lui eurent coupé l'index, il s'écria : « Mon cœur s'est réjoui dans le Seigneur, et mon âme a été transportée dans le salut qu'il m'a procuré. Recevez, Seigneur, cette autre branche, a Une joie rayonnante inondait son visage-, à chaque doigt qu'on lui coupait, il rendait grâces à Dieu. Les bourreaux passèrent de la main droite à la main gauche. Les juges le conjurent encore de sauver sa vie. — Jacques : Vous ne savez donc pas que celui-là n'est pas digne de Dieu, qui, après avoir mis la main a la charrue, regarde en arrière? — On lui coupe successivement les doigts des pieds. Il louait toujours leSei-