CHAPITRE XX
-des persécuteurs. Elle 9uivit ceux qui furent exilés en Palestine ; ils étaient cent douze , presque tous évéques ou prêtres. Mélanie donnait les soins les plus dévoués à tous les -confesseurs de la foi. Gomme on les gardait étroitement , sans permettre de les visiter ou de leur rendre aucun office de charité , elle prenait un habit d'esclave pour n'être pas reconnue, et venait, le soir, leur apporter les choses nécessaires à la vie ; elle passait -souvent la nuit à les servir. Le gouverneur de Jérusalem la fit arrêter, sans la connaître, et conduire en prison; taais aussitôt qu'il eut appris son nom et sa qualité , il la rendit à la liberté , en donnant ordre de la laisser approcher des exilés. Elle fixa sa demeure à Jérusalem , avec Rufin, son directeur, -s' occupant à donner l'hospitalité aux étrangers, aux évéques et aux moines, à réunir à l'Église catholique les hérétiques. Elle fonda un monastère dans la Ville Sainte , où elle réunit cinquante vierges , et se livra avec elles aux exercices de la plus sévère pénitence. Sa confiance dans Rufin entraîna Mélanie à se montrer un peu trop favorable aux partisans d'Origène ; mais aussitôt qu'elle fut éclairée sur la tendance pernicieuse des idées de son directeur et de son ami , elle s'en sépara et ne le revit plus.
Publicola , son fils , épousa à Rome une femme nommée Àlbine , de race noble. Cest de ce mariage que naquit, vers l'an 388, Mélanie la jeune. Elle n'avait que treize atis et demi lorsqu'elle fut mariée, contre son gré , à Pinien, âgé seulement de dix-huit ans. Ils eurent deux enfants, que Dieu retira du monde l'un après l'autre. Mélanie prit occasion de ce malheur pour dire à son mari que Dieu, en leur enlevant leurs enfants, les avertissait qu'ils eussent à vivre dans la continence et dans la retraite 5 mais Pinien résista à ce projet.
Mélanie F ancienne , ayant appris les saintes résolutions de sa petite-fille , voulut l'aider à les réaliser, et, dans ce but, elle s'embarqua pour Rome. Elle était, à cette époque, âgée de soixante-deux ans. Âpres une traversée de vingt-deux jours , elle débarqua en Italie vers l'année 405. Ses vertus, sa charité , ses bonnes œuvres, son dévouement lui avaient fait, dans le monde chrétien , une si glorieuse renommée, que son arrivée en Italie fut un événement qui excita au plus haut degré le désir de contempler et d'admirer cette sainte femme. Toute la ville de Rome, nobles, riches et peuple , se porta jusqu'à Naples au devant de Mélanie l'ancienne. La grande voie Appienne, depuis les murs de Rome jusqu'à la mer, était couverte d'une foule immense. Les chariots dorés, les chevaux somptueusement ornés et montés par les citoyens appartenant aux plus illustres familles , circulaient au milieu du concours non moins empressé des pauvres. Dans ce cortège, Mélanie se distinguait par son humilité ; elle était montée sur un petit cheval de chétive apparence, «vêtue d'un habit noir simple et pauvre , suivie de son fils , de sa belle-fille , de sa petite-fille , de son gendre , de ses neveux et de leurs enfants, tous occupant à Rome les premières places. Triomphe admirable de la Charité chrétienne , combien je te préfère au triomphe de la Victoire ! L'une porte sa couronne avec orgueil , l'autre la porte avec humilité , ou plutôt elle ignore si elle porte une couronne ; l'une rabaisse l'humanité au-dessous d'elle , l'autre l'élève ^ l'une est la récompense du sang versé , des larmes qu'elle a fait répandre, du grand nombre des veuves , des orphelins , des pauvres laisses après elle } l'autre est la récompense de la paix et, de l'union propagées dans les cités et dans les familles, delà