‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 347 sur 378 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

pitié et de la miséricorde qui a essuyé les larmes , de la consolation et des secours apportés aux veuves , aux orphelins et aux pauvres. La couronne de César se flétrît sur sa tête et attire sur elle souvent la malédiction divine ; la couronne de Mélanie ne se fane jamais , reste toujours une source de bénédictions , et reçoit 'dans le ciel un éclat resplendissant pour l'éternité.

DeNaples, Mélanie se rendit, avec tout le brillant cortège de ses amis et des membres de sa famille , à Noie , pour rendre visite à son parent, saint Paulin. Depuis plusieurs années , il vivait, retiré du monde , avec la bienheureuse Thérasie, son épouse, auprès du tombeau de saint Félix, à cinquante pas de la ville. La petite maison de saint Paulin reçut tout ce monde, qu'il trouva moyen de loger dans une chambre haute, dans les cellules réservées aux étrangers et dans une galerie qui joignait ces cellules. Les réjouissances de cette fête de famille furent toutes spirituelles. Tandis que les jeunes gens et les vierges chantaient les louanges de Dieu dans l'église de Saint-Félix, cette nombreuse compagnie se tenait dans un silence respectueux. Saint Paulin ne crut pas pouvoir faire de plus grand plaisir à Mélanie l'ancienne que de lui lire la vie de saint Martin , écrite par son ami Sulpice Sévère. Par reconnaissance pour son hospitalité , Mélanie fit présent à saint Paulin d'un petit morceau du bois de la vraie croix de Notre- Seigneur, que Jean, éyêque de Jérusalem, avait donné à la sainte veuve.

Lorsque Mélanie fut arrivée à Rome , elle convertit à la foi le mari de sa nièce, Avite, instruisit et fortifia sa belle-fille Albine , fille de Publicola , et enfin obtint de Pinien son consentement pour la réalisation du désir de

i\Â SAINT VÉeK-U-GRAND.

Mélanie la jeune, qui persistait à vouloir vivre dans une continence perpétuelle.

Vers cette époque, en 409, Publicola mourut, et Mélanie l'ancienne supporta cette épreuve avec un courage qui a été loué par saint Augustin. En 440 , l'invasion des Gotlis décida toute la famille des deux Mêlâmes à vendre leurs biens et à quitter l'Italie. Mélanie l'ancienne retourna à Jérusalem , où elle mourut, quarante jours après y être arrivée , en 411 , âgée d'environ soixante-huit ans. Quoique les principaux historiens lai donnent communément le nom de Sainte, elle n'a point été reconnue publiquement en cette qualité, et aucun jour particulier ne lui a été assigné dans le Martyrologe romain. L'approbation donnée aux erreurs d'Origène et le choix du prêtre Rufin pour directeur ont empêché l'Église , suivant Baronius , de décerner un culte à la mémoire de Mélanie l'ancienne.

Àlbine , Mélanie la jeune et Pinien vendirent les hiens qu'ils possédaient en Espagne et dans la Gaule, ils affranchirent huit mille esclaves, qui leur appartenaient , et ceux qui ne voulurent point accepter la liberté furent donnés au frère de Mélanie. Leurs trésors les plus précieux furent destinés au service de l'Eglise et des autels. Ils passèrent d'abord quelque temps à la campagne , employant tout leur temps à prier, à lire L'Écriture , à visiter les pauvres et les malades. Ils passèrent ensuite en Afrique.' Après» un court séjour à Carthage , ils allèrent vivre à Tagaste sous la conduite de saint Alypius , évêque de cette ville. Dans un voyage qu'ils fijreat à Hippone pour voir saint Augustin, le peuple se saisit de Pinien, e*. demanda qa'U fut ordonné évêque. Pinien ne put s'échapper qu'en promet tant que , si jamais il recevait les ordres , il s'attache-

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rait au service de l'église d'Hippone. Le peuple voulait faire signer ce serment par les évêques. Saint Augustin avait commencé à écrire , quand sainte Mélanie lui arrêta le bras; le grand évêque céda et laissa la souscription imparfaite.

Ces Saints vécurent à Tagaste, pendant sept années , dans une pauvreté extrême. Mélanie s'accoutuma, tellement à la pratique du jeûne, que souvent elle ne mangeait qu'une fois la semaine. Du pain et de l'eau composaient sa nourriture ordinaire; dans les occasions solennelles seulement elle ajoutait un peu d'huile. L'occupation de tous ces serviteurs de Dieu était de lire et de copier des livres. Pinien cultivait le jardin. En 417, ils quittèrent l'Afrique et se rendirent à Jérusalem , où ik continuèrent le même genre de vie. Ils visitèrent les monastères et les déserts d'Egypte et de Palestine. C'est dans un de ces voyages que sainte Mélanie vit saint Arsène , comme je l'ai raconté dans la vie de ce solitaire. Albme mourut en 433, et Pinien deux ans après. Mélanie lui survécut quatre ans. Elle se retira dans un monastère qu'elle avait fait bâtir et dont elle fut obligée de prendre le gouvernement. Elle quitta le bonheur dont elle jouissait dans le calme de sa cellule pour aller à Constantinople. Le but de ce voyage était de travailler à la conversion de Volusien, son oncle , encore païen. Elle eut la consolation de le voir entrer dans l'Église et mourir dans les sentiments de la plus vive piété. Sa présence n'étant plus nécessaire à Constantinople , elle retourna à Jérusalem. EUle y tomba malade, et annonça à ceux qui l'entouraient que sa dernière heure approchait. Un grand nombre de moines et de personnes pieuses vinrent la visiter. Les voyant tous fondre eu larmes , elle les consolait et les exhortait à la ferveur.

416 SAINT LÊON-LE-GfcAND.

Elle mourut le 31 décembre 439, dans la cinquanteseptième année de son âge.

Telle était, au cinquième siècle, la vie et la mort des dames chrétiennes (4).

Dans r histoire de tous les saints personnages dont je viens de rappeler les noms, on a vu en action l'œuvre de la 'formation de la société chrétienne, au milieu d'une société païenne et barbare , au sein de laquelle s'agitaient les hérésies et toutes les passions perpétuellement en lutte , à toutes les époques , contre la doctrine et la morale de Jésus-Christ. Enseigner la foi, la propager parmi les peuples idolâtres, la défendre contre les hérétiques, régler et conserver la discipline, réformer les mœurs , secourir les pauvres , protéger les opprimés , renverser la tyrannie , délivrer les captifs, affranchir les esclaves , sauver les villes de l'invasion des Barbares ou réparer les malheurs causés par le pillage et la destruction, réconcilier les petits et les grands par un arbitrage accepté de tous, abolir les spectacles inhumains du cirque , enseigner à des nations sauvages les arts de la civilisation , appeler sur les peuples la miséricorde divine par la prière, par des austérités sans fin et sans pitié pour les faiblesses du corps , voilà quel était le labeur incessant de ces évêques , de ces moines, de ces missionnaires, de ces martyrs, de ces saintes femmes qui vivaient dans cette société exploitée par les courtisans , les lettrés , les philosophes et les sophistes dont nous avons, dans le chapitre précédent, expose les

(1) Tour l'histoire des deux Métairies, voy* a les lettres et le treizième poèœct'e saint Pauliu; ftufio, dans son HisU ecclcs.; Palldde, auteur contemporain,^» son Hist, des i ères du désert ; les lettres de saint Augustin, de saint Jérôme; J« actes de sainte Mélanie , par Métaphrastc. — Pour tous les Saints mentionne» dans ce chapitre, voyez, à la date de leur mort, les Bollaudistes, Btillet, Butler.

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