CHAPITRE III
qui ont précédé. Les populations de l'Egypte jouissent de la fertilité que le Nil , dans ses inondations , répand sur leurs terres , mais elles ignorent la source du fleuve bienfaisant. Tout ce que nous font savoir les témoignages des contemporains de saint Léon, c'est que la pénétration de son esprit et la maturité de son jugement se manifestèrent par de rapides progrès dans ses études. Il acquit une connaissance approfondie de toutes les parties de la littérature et surtout de l'éloquence. 11 était trop éclairé pour s'en tenir là ; il ne regarda les sciences profanes que comme un préliminaire à l'étude de la théologie et des livres saints. « Dieu, dit un an- « àen concile général , en parlant de saint Léon , Dieu « qui l'avait destiné à remporter des victoires éclatan- « tes sur Terreur, et à soumettre la sagesse du siècle à la « foi , avait mis dans ses mains les armes de la science * et de la vérité (1). » Il était déjà revêtu du diaconat en 418 , quand il est question de sa personne pour la première fois. Il est dit que l'acolyte Léon fut envoyé de Rome à Carthage , en 41 8 , pour y porter la décision du pape Zosime dans l'affaire des pélagiens. Sixte, qui fut plus tard pape, lui donna, à cette occasion , des lettres pour Tévêque Aurélius de Carthage , dont saint Augustin parle dans sa 104e lettre où il nomme en même temps Léon. Pourquoi faut-il que l'histoire ne nous ait pas conservé quelques renseignements sur la rencontre et les relations de ces deux grands génies? Il paraît toutefois hien certain que ce fut dans ce voyage que saint Léon acquit sur l'hérésie pélagienne cette parfaite connaissance dont il donna de si éclatantes preuves.
(!) Concil., i. IV, p. 820.
7$ SAINT LÉO^LfeÇRAND.
gous le pontificat de saint Cèles tin, de 423 * 433 * Léon jouissait déjà d'une autorité considérable; il passéda toute la confiance du Paipe et exerça une notable influence sur la direction des affaires : elles passaient en grande partie par ses mains. Ainsi) nous voyons saint Cyrille d'Alexandrie s'adrçsser à lui afin d'obtenir du Pape qu'il n'eût aucun égard aux prétentions de Jtv* vénal de Jérusalem sur un droit de primauté dan* ta province ecclésiastique de Palestine. Ce fait est men-" tionné dans la 119e lettre de saint Léon. Le Pape lf* chargea encore de décider dans l'affaire de saint Pros— per des Gaules , qui était venu à Rome implorer l'auto-* rite du siège de saint Pierre contre le semi-pélagUnisme, qui faisait de rapides progrès dans sop pays. Léon étudi* avec soin cette doctrine , et remit à saint Prosper le rcs. sultat de ses réflexions , dont ce dernier se servit dans l'écrit qu'il nous a laissé sous ce titre : Tria capitule* dç gratta et libéra arbitrîo, et les désigna comme ançtors-* tates sedis apostolkœ episeoporum de gratin et libero arbitrio (1).
Vers Van 401 , par conséquent avant le çonctte d'Éphèse , Léon engagea Cassien à écrire contre les nestoriçns, parce que Cassien, disciple de saint Chrysostpme, universellement considéré par sa haute piété et ses vastes connaissances, et qui avait été précédemment diacre de l'Église de Constantinopje, paraissait mieux placé que tout autre pour rendre ce service. Cassien écrivit donc ses sept livres de Inmn^atione, pt les dédia à Léon. En lisant son épitre dédicatoire ad Lemçtn R. arçkidiaconum, on voit de quelle autorité Léon jouirait déj£
(1) C'est ainsi que nous avons cru pouvoir le mieux concilier l'opinion du cardinal Noris, qui attribue cet écrit à saint Léon, avec celle du P. Sirraond, qui le croit de saint Prosper.