‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 351 sur 378 · CHAPITRE XX. 48S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. 48S

là qu'il composa ses ouvrages les plus estimés. Il fut arraché , malgré lui , de cette retraite , pour être placé sur le siège de Lyon , en 434. « On vit en lui , dit Glaudieu Mamert , un pasteur fidèle , soupirant sans cesse après la céleste patrie , humble d'esprit , riche en bonnes œuvres , puissant en paroles , accompli en tout genre de sciences, et de beaucoup supérieur aux plus grands évéques de son temps. » Il mourut vers 450. L'admiration et le respect que tous les contemporains de saint Eucher éprouvèrent pour sa personne sont bien justifiés par sa piété si fervente , si tendre et si aimable , par la noblessexle ses sentiments et de ses pensées , par l'étendue et la variété de ses connaissances , la puissance et la majesté de son éloquence. Il serait facile d'appuyer ces éloges sur de nombreuses citations ; mais je suis forcé de me borner et de renvoyer le lecteur à l'édition moderne des œuvres du Saint. Je rappellerai seulement ici ses principaux: ouvrages : Y Éloge du désert, dont le style est aussi élevé qu'élégant •, le JYaité du mépris du monde, une, des productions les plus estimées de l'antiquité ecclésiastique , soit pour la forme , soit pour l'importance des vérités qu'il expose ; la latinité de cet ouvrage est presque digne du siècle d'Auguste. On y admire la douceur et la facilité du style , la beauté des tours , la délicatesse des idées, l'énergie de l'expression , la vivacité et te naturel des images, la clarté de la méthode. De toutes les œuvres des auteurs chrétiens , a écrit Érasme, je n'en connais point de comparables à celle-ci. Dupin, dans sa Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, dit , en parlant des deux livres de saint Eucher que je viens de nommer : « Ils ne le cèdent en rien pour la politesse et la pureté du discours , à ceux des auteurs qui ont vécu dans les siècles où la langue latine était dans sa plus

grande pureté. » Dans son excellente Histoire de ÎEglise, Godeau s'exprime aussi en ces termes : « Toutes les beautés de l'éloquence , toutes les forces de l'esprit et du raisonnement y sont mêlées à un air de piété si affectif, qu'il est impossible de les lire sans être touché du désir dé quitter la conversation des hommes pour jouir de celle de Dieu. » Les autres productions de saint Eucher sont : un Traité des formules spirituelles, ou des explications de l'Écriture, écrites pour un de ses fils; Y Histoire de saint Maurice et des martyrs de la légion thébaine (1).

Le nom glorieux de Lérins est resté attaché à celui d'un simple prêtre nommé Vincent. Il était né, suivant l'opinion la plus générale , à Toul , de parents qui lui firent donner l'éducation la plus distinguée. Ayant ensuite embrassé la profession des armes , il eut dans le monde une existence brillante; mais il lui arriva comme à presque toutes les intelligences supérieures et aux âmes délicates, dans ce siècle : il abandonna les honneurs et la fortune pour se jeter dans la solitude et dans l'Église. Il se réfugia à Lérins et fut élu au sacerdoce. « Ballotté, dit-il, par les tristes et divers tourbillons de la vie séculière , je me suis enfin caché au port de la religion, refuge toujours si favorable à tous les hommes. Là , déposant toutes les pensées d'orgueil et de vanité, priant Dieu, par le sacrifice de rhumilité chrétienne, je cherche à éviter, non-seulement le naufrage de la vie présente, mais encore les feux du siècle futur. » Devenu un homme nouveau , ayant retrempé son génie à la source des Saintes Écritures , de la tradition et des Pères, Vincent donna au monde un livre qui est resté

(1) OBuvres de saint Vincent de Lérins et de saint Eucher, trad. en françaU,iwc \* texte, par Grégoire et Cllombet, l ▼©!. în-8\

Page 1