‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 352 sur 378 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

un chef-d'œuvre d'exposition de la foi et de réfutation des hérésies. C'est en 434 que Vincent composa son Commonitoire ou Avertissement contre les Hérétiques. Par humilité , il le publia sous le nom de Peregrinus, de Pèlerin. Le suffrage unanime des siècles a conservé le jugement porté sur la clarté, la précision, l'érudition, Félégance, l'onction et l'éloquence qui distinguent ce livre (1).

Lérins produisit encore Fauste, qui, vers 434, fut élu successeur de saint Maxime , à la tête de ce monastère , et le remplaça aussi, entre les années 454 et 462, sur le siège de Riez. Fauste se rendit surtout célèbre par ses luttes contre les hérétiques. Nous possédons de cet évêque des lettres, des sermons et des traités polémiques contre les ariens, les prédestinatiens , les macédoniens. Il a été condamné comme partisan du semipélagianismc. De savants auteurs, parmi lesquels se rencontrent les Bollandistes, ont essayé de justifier Fauste contre cette accusation.

A côté de saint Eucher et de saint Vincent de Lérins, vivait, dans la même retraite , Salvien , dont j'ai eu occasion de parler au commencement de cette histoire. Sa renommée a survécu à son siècle, et il est resté comme l'un des peintres les plus vrais et les plus éloquents de cette lamentable époque. 11 a été appelé le Jérémie du cinquième siècle. Sa naissance date de la même année que celle de saint Léon-le-Grand, 390 , mais on ignore si sa famille vivait à Cologne ou à Trêves. Ayant épousé la fille d'un païen , nommé Ypatius , Salvien eut une fille, et peu de temps après, à l'exemple de Paulin,

(1) Éd. du Commonitonum, par Baluze, avec des noies et additions; à Rome , *a-4", 1731. — Une traduction a été publiée, en 1838, in-12, par l'abbé Pavy, Lyon.

d'Eucher et de tant d'autres saints, il prit la résolution de ne plus voir dans sa femme qu'une sœur. Ypatius se montra très-irrité de cette détermination, et quoiqu'il fût devenu chrétien, il resta de longues années sans vouloir communiquer avec sa fille et son gendre. Afin d'amener une réconciliation , Salvien écrivit à son beaupère et a sa belle-mère une lettre qui nous fait oomut» tre et l'éloquence de cet écrivain et les luttes intérieures de la famille dans ce siècle, où les traditions du paganisme et du christianisme se trouvaient en présence :

« Parents chéris , écrit Salvien , parents vénérables, souffrez, de grâce, que nous vous interrogions. Des enfants si aimants peuvent-ils donc n'être pas aimés? Que notre conversion vous ait irrités lorsque vous étiez encore païens, nous n'en avons pas été surpris. Aujourd'hui, il en est bien autrement. Depuis que vous avez embrassé le culie de Dieu , vous avez prononcé en ma faveur. Pourquoi vous, fâcher contre moi , si je cherche à perfectionner en mon cœur une religion que vous avez déjà commencé d'approuver en vous-mêmes ? Avea-vous d'autres motifs de plainte ? Je suis loin de dire que je n'ai pu vous offenser j mais à présent que votre colère vient de ce que je parais aimer le Christ, pardonnez ce que je vais dire. Je réclame , à la vérité , votre indulgence , mais je ne puis avouer que ce soit mal , ce que j'ai fait. »

Salvien , s'adressant k Palladia , sa femme , continue :

a Toi , maintenant, ô tendre et vénérable sœur, remplis et ton rôle et le mien. Prie, toi, afin que j'obtienne; demande , toi, afin que tous deux nous gagnions notre

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