‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 353 sur 378 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

cause. Conjure-les donc, et dis-leur en suppliante : Qu ai-je fait? Qu'ai-je mérité? Pardonnez, quoi que oc puisse être. Je réclame indulgence sans connaître ma faute. Jamais, comme vous le savez, je ne vous offensai, ni par manque de respect, ni par insoumission ; jamais je ne vous blessai d'une parole amère; jamais je ne vous outrageai d'un regard insolent ; par vous j'ai été livrée à un homme, par vous engagée A un mari. Vous m'ordonnâtes, s'il m'en souvient bien, d'être, avant toutes choses, soumise à mon époux. Il m'a entraînée dans sa religion $ il m'a invitée à la continence. Pardonnez ; j'ai cru qu'il serait honteux de résister ; la chose m'a paru honnête, pudique et sainte. —-Je me jette à vos genoux, parents bien-aimés ; moi, votre Palla dia, votre chérie, votre petite reine-, moi, avec qui vous badiniez , en m' adressant jadis , dans votre indulgence affectueuse, ces termes de caresse. — La voilà celle par qui vous ad vinrent, pour la première fois, et les noms de parents, et les joies d'aïeuls. »

Salvien termine en faisant intervenir sa fille Àuspiciola :

« Nous vous offrons non point une enfant inconnue, mais un gage domestique. C'est une triste et malheureuse condition que la sienne, puisqu'elle n'a commencé de connaître ses aïeuls que depuis la disgrâce de ses parents. Prenez pitié de son innocence, laissez-vous fléchir aux droits du sang 5 elle estdéjà contrainte, en quelque sorte, de supplier pour les siens, elle qui ne sait pas ce que c'est qu'une faute (4 ). »

(1) OMuvres à* Salvien, t. Il , trad. de Grégoire et Collombet.

428 SAINT LÉO&f-LE-GftÀND.

A ce vœu de continence, Salvien ajouta la pratique de la pauvreté, en vendant tous ses biens et les distribuant aux pauvres. Vers l'année 420, il se relira dans le monastère de Lérins , qu'il abandonna six années après, pour s'établir à Marseille, où il fut ordonné prêtre, et mourut en 484. Le plus important de ses ouvrages est son traité du Gouvernement de Dieu. Ce livre est trop connu pour que je m'arrête à l'analyser. C'est un des plus beaux monuments littéraires du cinquième siècle, sans avoir échappé , cependant , à son mauvais goût ; le ton déclamatoire, les allures maniérées du bel esprit, la manie des antithèses , le néologisme se rencontrent à côté de pensées puissantes , graves et austères, de mouvements d'un pathétique entraînant, d'un style énergique et coloré. Quelques-unes de ces qualités se retrouvent aussi dans son traité de l' dvarice, en quatre livres. Il nous reste encore de Salvien neuflettres. Saint Isidore de Péluse , en Egypte, ne fut pas seulement un modèle de la perfection monastique, mais aussi un écrivain ascétique, dont le style est simple, naturel, élégant, plein de chaleur et d'onction. Suidas l'appelle un homme éloquent , philosophe et rhéteur. L'historien Nicéphore porte ce jugement : « Les nombreux écrits qu'il a laissés offrent tous un intérêt d'un genre particulier ; mais ce sont ses lettres qui respirent un esprit divin et une éloquence pleine d'onction; ce sont des explications lumineuses de l'Écriture ; elles renferment tout ce qu'il est possible de dire sur la morale. Il montre clairement aussi le zèle dont il était animé pour toutes les choses honnêtes , pour l'Église, pour ceux qui souffrent injustement. Il s'élève avec beaucoup de force contre ceux-là surtout qui s'acquittent mal de leurs fonctions sacerdotales ou épiscopales. >

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