CHAPITRE XX
De tous les ouvrages de saint Isidore , il ne nous reste que ses lettres, au nombre de deux mille douze. Il mourut vers Tan 449 (1).
Le livre de la Fie contemplative, par Pomérius, prend place à côté des productions les plus remarquables du cinquième siècle. Cet écrivain, né en Mauritanie, passa dans les Gaules , sans doute pour fuir les Vandales , enseigna la rhétorique et se fit prêtre. Il mourut en 498. Tous ses ouvrages ne sont pas parvenus jusqu'à nous; huit livres sur la Nature (le l'Âme, une exhortation sur le Mépris du monde et des choses passagères, un traité sur Y Institution des Vierges, ont été perdus. Le traité de la Vie contemplative, qui nous a été conservé, suffit pour faire apprécier les qualités supérieures de l'intelligence, du cœur et du talent de Pomérius. Le style de cet ouvrage surpasse par la pureté de sa latinité les productions contemporaines.
Le goût de ce siècle pour les antithèses , les jeux de mots, la recherche des faux ornements , peut seul expliquer la réputation oratoire faite à saint Pierre , surnommé Chrysologue ( parole d'or). Les cent soixanteseize sermons qui nous ont été conservés, tous trèscourts, sont marqués de ces défauts , qui plaisaient beaucoup aux auditeurs du temps et ont fait le succès du saint archevêque de Ravenne. L'autorité de se» vertus, la chaleur et l'onction de son débit donnaient aussi à ces homélies un charme que nous ne pouvons plus apprécier. Saint Pierre-Chrysologue , né à Iniola en 406, mort vers 450, s'était préparé aux devoirs de l'épi— scopat par la pratique des austérités de la vie monastique (2).
(1) Ed. par Bill, en 1585; Bittershusins , 1605; le P, Scbott, 1629.
(2) Éd. de set œuvres, Augibourg, 1758, in-folio , par le P. Sébastien Paul de la
Saint Maxime, évêque de Turin, l'un des prédicateurs les plus zélés et tes plus célèbres du cinquième siècle , céda moins au mauvais goût de son temps que saint Piene-Chrysologue. Nous possédons peu de renseignemenu sur la vie de Maxime, mais il nous reste de ce saint évêque un grand nombre d'homélies sur les principales fêtes de l'année, sur plusieurs saints et sur divers sujets de morale. Il s'attache principalement à combattre le culte des païens , ce qui prouve combien, dans la dernière moitié du cinquième siècle, l'idolâtrie était encore fortement enracinée dans les moeurs (1).
Pour apprécier combien le christianisme travaillait, comme je l'ai dit , à relever la dignité et la virilité de la pensée humaine , il suffît de comparer les questions agitées par les philosophes et les sophistes dans l'enseignement public de ce siècle , à celles qui étaient traitées dans leurs livres par les philosophes chrétiens. Némésius, évêque d'Émèse, en Syrie, dans son ouvrage sur la Nature de f homme , a exposé des idées qui ont fait la gloire des plus illustres philosophes modernes. Il combat , avec une grande vigueur de raisonnement , le système fataliste des stoïciens et les erreurs des manichéens. Némésius soutient l'opinion de la préexistence des âmes , non pas à la manière des partisans de la métempsychose, mais en vertu d'une création simultanée : idée qui a été développée par Leibnitz et Wolff. Spésius , évêque de Ptolémaïs, philosophe et poète, conciliait le platonisme le plus pur avec l'enseignement chrétien (2). Mais l'homme qui doit être placé à la tête des
Mère de Dieu. — Voyes , t. I , p. 182 , la lettre de saint Pierre-Chrysologue à Eltychès.
(1) Éd. des OBuvses. d» saint Maxime, ftorae , 11& » 1 *4. ÎA-fel.
(2) Voyez, plut loin , ce qui concerne Synésius considéré comme poète.