‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 355 sur 378 · CHAPITRE IX. 45f · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 45f

platoniciens chrétiens du cinquième siècle, est Claudien Mamert , évêque de Vienne. Claudien Mamert mourut en 473 ou 474. On lui attribue l'hymne de la croix , qui se chante le vendredi saint : Pange, lingua, gloriosi prœlium certaminis, etc. Le principal ouvrage de cet écrivain est le Traité de la nature de l'âme , divisé en trois livres; le but de l'auteur est de réfuter Fauste de Riez qui soutenait que Dieu seul était incorporel , et que les anges et les âmes humaines étaient des substances matérielles. Claudius Mamert réfute ce système avec un esprit de méthode et une solidité de raisonnement , exprimés dans un langage remarquable par la clarté et l'élégance. Sa réputation était considérable parmi ses contemporains ; il suffira , pour en juger, de citer deux lettres de Sidoine Apollinaire , qui serviront en même temps à nous faire connaître les qualités et les défauts littéraires de ce bel esprit, qui , comme écrivain , est la personnification la plus complète de la double tendance païenne et chrétienne des intelligences dans le cinquième siècle. Il répond à Claudius qui lui a dédié son livre :

« Ce qui vient à l'appui de mon jugement, c'est

ce volume de la Nature de Vâme, si riche en pensées et en paroles , et que tu as publié. En le commençant par mon nom , tu as fait, merveilleuse faveur ! que ma renommée, qui ne pouvait grandir avec mes livres, se perpétuera , grâce aux tiens. Et quel livre , bon Dieu ! quel magnifique ouvrage! Dans une matière abstraite , un langage lumineux \ dans une proposition obscure , des développements pleins de clarté , et à travers la sécheresse rebutante des syllogismes , toutes les fleurs d'une douce éloquence. Là , des termes nouveaux , parce

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qu'ils sont vieux , un style qui triompherait , mis en parallèle avec les écrits mêmes des anciens 5 et , ce qui vaut mieux encore , une diction incisive , cadencée et coulante , riche de choses , pleine de pensées concises , laissant plus à entendre quelle ne dit. Autrefois , et à juste titre , on regardait comme le principal mérite dans l'éloquence , de renfermer beaucoup de choses en peu de mots , et de chercher à remplir le sujet plutôt que la page.

« Mais que dirais-je 4e ce que , dans tes livres, une gravité continuelle admet néanmoins une certaine grâce et sème à propos une certaine douceur au milieu des choses sérieuses , pour recueillir soudainement, en de voluptueuses retraites, comme dans une sorte de port, l'attention du lecteur fatigué à travers toutes les richesses de la philosophie déployée avec abondance? 0 livre d'un mérite si vaste ! 0 paroles d'un esprit non point médiocre , mais habile , et qui ne s'enflent point en flots d'exagérations hyperboliques , qui ne descendent pas non plus en figures basses et rampantes! Ensuite, un savoir unique et rare, qui se révèle dans quelque sujet que ce soit et qui a coutume de parler de chacun des arts avec chacun des artistes , qui. même, au besoin , ne dédaigne pas de manier la lyre avec Orphée, le bâton avec Esculape , la baguette du géomètre avec Archimède, T horoscope avec Euphrasles, le compas avec Perdrix , l'aplomb avec Vitruve ; qui ne se lasserait jamais d'interroger le temps avec Thaïes, les astres avec Atlas , les poids avec Zétus , les nombres avec Chrysippc, les mesures avec Euclide. Personne enfin, de nos jours, n'a su établir si bien ce qu'il s'est proposé de prouver. Quand il déploie sa science contre celui qu'il combat, il se montre, en fait de mœurs et

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