CHAPITRE XX
resta païen par ses inspirations et ses formes littéraires. Ses ouvrages sont encore une des sources les plus pré* cieuses à consulter pour étudier l'histoire et les mœurs de cette époque.
Le plus bel éloge de saint Sidoine est dans la lettre suivante, qui lui a été écrite par saint Loup de Troyes, le sauveur de sa ville épiscopa le, le protecteur d'Attila dans sa retraite vers le Danube , après la bataille de Chalons :
« Je rends grâces, très-cher frère, au Seigneur notre Dieu Jésus-Christ, par l'Esprit saint, qui, dans cet ébranlement général et cette affliction de l'Église , son épouse bien-aimée , vient de t'appeler au rang d'évêque , pour la soutenir et la consoler, afin que tu sois un flambeau en Israël , et qu'après avoir parcouru si glorieusement les hautes dignités de la milice du siècle, ta remplisses avec ardeur, appuyé sur le Christ, tes pénibles fonctions et les humbles ministères de la milice céleste, sans porter les yeux en arrière, comme un laboureur paresseux, à présent que tu as mis la main à la charrue.
« Des affinités glorieuses t'ont fait toucher de bien près à l'éclat impérial ; tu as revêtu avec honneur, et au milieu des applaudissements redoublés, la trabée sénatoriale ; tu as passé par les plus hautes préfectures et par tout ce que peut imaginer de plus heureux, dans le siècle, la longue chaîne de nos désirs inquiets. La face des choses vient de changer, et tu as reçu dans la maison du Seigneur une dignité qui ne veut ni le faste , ni la splendeur du monde, mais qui exige un grand abaissement d'esprit, une profonde humilité de cœur. Tu t'efforçais autrefois d'ajouter à l'éclat de ta naissance par des honneurs plus éclatants encore •, tu croyais que ce n'étaitfpoint assez d'égaler le reste* des hommes, qu'il
faut encore surpasser ses égaux -, te voilà dans un état OÙ, quoique supérieur à tous, tu ne dois pas croire que tu le sois à personne. En te plaçant au-dessous du plus petit de tes subordonnés , tu seras d'autant plus honorable que F humilité du Christ te ceindra davantage, que tu baiseras les pieds de ces mêmes hommes , sur la tète desquels tu dédaignais autrefois de poser les tiens. Ton grand œuvre, à présent, c'est de te faire le serviteur de tous, toi qui paraissais le maître de tous ; de te courber devant les autres, toi qui foulais aux pieds le reste des hommes ; non, certes, que tu fusses orgueilleux, mais parce que la majesté , pour ne pas dire la vanité de tes honneurs passés, te forçait de devancer les autres, comme ton rang doit aujourd'hui te faire reculer devant tes semblables.
a Fais donc en sorte de transporter maintenant aux actions divines cet esprit qui a si fort brillé dans les choses humaines. Que tes peuples recueillent de ta bouche les épines de la tête du Crucifié, comme ils recueillaient de tes paroles les roses d'une éloquence mondaine; qu'ils reçoivent de la voix d'un évêque les discours de la discipline céleste , comme ils recevaient de la voix du maître les règles de la discipline civile. Moi qui t'ai si fort aimé quand tu suivais l'aridité du siècle , quelle penses-tu que doive être la mesure de mon amour, maintenant que tu suis la fertilité du ciel? Je suis proche à ma fin (1). Mais je croirai ne pas mourir, puisque, même après le trépas, je vivrai en toi et te laisserai dans l'Eglise. Je me réjouis d'être dépouillé, depuis que tu t'es revêtu de l'Église et que l'Église s'est revêtue de toi. Courage, mon vieil ami, mon jeune frère l Ce dernier titre
(1)11. T*m.,rr, 0.