‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 359 sur 378 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Parmi les poètes chrétiens du même siècle, on distingue encore .Prosper Tyro , Synésius , Sédulius , Marius Victor. Prosper Tyro composa , en 407, un poëme en vers éléglaques, précède d'une préface dans le mètre anacréon tique, et adressée à sa femme. 11 l'engage à mener une vie célibataire. Les pensées du poëte ne manquent, ni d'élévation , ni de piété, et sont exprimées dans un langage gracieux et brillant. Synésius fut disciple de la fameuse Hypathia d'Alexandrie ; il quitta la philosophie platonicienne pour le christianisme ; mais ses ouvrages conservèrent toujours l'influence de ses premières idées. En 410, on le choisit pourévêque de Ptolémaïs , où il fit briller sa charité pour les pauvres, son zèle pour la foi, son dévouement pour le peuple. Ses principaux ouvrages sont un discours à l'empereur Arcadius sur les Devoirs de la Royauté ; Dion, ou de f Institution de soi-même; l Égyptien, ou de la Providence; un traité des Songes; des Hymnes religieuses. Il mourut vers Tan 431 . Le style de Synésius est remarquable par l'élégance , la noblesse , le mouvement ; ses hymnes composées dans le rhythme le plus harmonieux, abondent en pensées pieuses et délicates , en émotions tendres et gracieuses ; elles célèbrent les mystères de notre -foi , la grandeur et la puissance de Dieu , sa triple unité, les bienfaits de la Rédemption, les beautés de la création. Il règne une certaine monotonie dans le retour des mêmes idées et des mêmes images , mais celte monotonie possède tout le charme d'un beau lac ou d!une belle campagne enveloppés des teintes vagues de la vapeur du matin ou des derniers reflets du soleil couchant (1). Inférieur, comme poëte, à l'évêque de

(1) Éd. de ses œuvres, 1633, in-folio, par le P. Petmu. — Trad. de ses Hymnes , par Grégoire el Collombet, in -S".

Ptolémaïs, Sédulius mérite cependant de n'être pas oublié, à cause de son poëme sur la Pâque, écrit en vers hexamètres avec mesure , facilité, pureté , mais sans grande originalité. Il nous reste de Marius Victor, professeur de rhétorique à Marseille, mort vers 445, deux poëmes , l'un sur la Genèse, l'autre est une satire des mœurs de son siècle. On lit, dans cette dernière composition, des tableaux écrits avec une vérité énergique. Je pourrais ajouter encore d'autres noms à cette série de poëtes de second et troisième ordre , contemporains de saint Léon-le-Grand : tous les siècles de décadence sont très-féconds en poëtes médiocres. Si la poésie chrétienne n'atteint pas les hauteurs de l'épopée, du drame, de l'ode, du moins elle ne tombe pas dans les futilités et les dégradations de la pensée, caractère des productions de la poésie païenne à la même époque (1).

En racontant la vie de Mélanie l'ancienne, j'ai parlé de l'homme qui l'accompagna dans ses voyages, qui fut son directeur et son ami , Rufin. Cet écrivain a rempli le commencement du cinquième siècle du bruit de ses querelles avec saint Jérôme. L'attachement de Rufin au parti d'Origène lui valut les reproches publics dont l'accabla l'illustre docteur. Il mourut en 410. Rufin fut un des auteurs ecclésiastiques les plus savants de son siècle, mais son style est très-négligé et son exactitude historique souvent peu sûre. Ses principaux ouvrages sont : la traduction de Y Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, qu'il a continuée jusqu'à la mort de Théodose-le-Grand ; un recueil de Vies des Pères ; une Explication du Symbole,

(1) Le cadre dans lequel je sais forcé de me renfermer ne me permet pas de parler de Prudence et de saint Paulin qui , comme poêles chrétiens, appartiennent à la fin du quatrième siècle. — Pour la même raison , je ne m'arrête pas mi °°* vrages de saint Âvite , évéque de Vienne , qui appartient an sixième nèds.

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