CHAPITRE XX. J
Un artiste célèbre de nos jours a peint Homère entouré de tous les grands génies qui , dans les lettres , les arts et les sciences , se sont inspirés de la pensée civilisatrice personnifiée dans Fauteur de Y Iliade et de l'Odyssée (1). De même, notre imagination peut se représenter saint Léon au milieu du cortège magnifique -des évêques, moines, missionnaires, martyrs, docteurs, philosophes , historiens , poètes , qui ont tous comparu dans cette histoire, et que le grand Pape domine comme le dépositaire souverain et la source féconde de la pensée commune qui a inspiré tous ces saints personnages.
Cette pensée est celle de la foi catholique qui , seule, a été assez puissante pour neutraliser tous les éléments d'anarchie et de dissolution, pour lutter contre l'immoralité, l'idolâtrie et l'hérésie, contre un enseignement public et une littérature qui avilissaient les âmes et les intelligences , seule assez puissante enfin pour créer et conserver, au milieu de cette société corrompue et ravagée, une société nouvelle où sont respectés la vérité et la justice, l'honneur, la dignité et la liberté de l'homme. Cette jeune société, nous l'avons vue dans tous les personnages qui ont concouru avec saint Léon, pendant toute la première moitié du cinquième siècle, à la propagation et à la défense du christianisme. D'où venaient-ils? qui les avait élevés? quel système d'éducation avait réussi à former ces natures énergiques , dévouées , intrépides contre les Barbares , contre les hérétiques , contre les oppresseurs de tout rang et de tout pays , contre les passions de la chair, contre toutes les forces conjurées des climats , du ciel , de la mer, des déserts ! Rapprochez ces hommes de ces individualités
(1) Le plafond d'Horaire, par M. I&gres, au Loutre
446 SAINT LÊOW-Ll-OtAND.
efféminées, égoïstes, lâches, puériles , telles que l'éducation non chrétienne les avait faites , telles qu'elles nous sont apparues dans toute cette histoire , et imaginez , si vous le pouvez , à quel degré d'ignominie et de décrépitude l'humanité serait descendue si le christianisme n'avait pas possédé toute la liberté de son action! C'est cette liberté qui , en multipliant les monastères, a créé autant d'écoles où ont été élevées les générations de Saints qui , dans tous les ordres de l'Église , ont fait la gloire et le salut du monde pendant les premiers siècles. On a vu que , sous le Pontificat de saint Léon, toutes ces générations ou sortaient des monastères ou y passaient leur vie. Quand une famille vouait un de ses enfants à l'état ecclésiastique , elle confiait son éducation, dès la première jeunesse, à des moines. Sous leur direction , dans une retraite austère , il apprenait l'art de rester maître de sa volonté, de dompter ses passions , de soumettre les mouvements de la chair à la règle du devoir; il accoutumait son corps à supporter les plus dures privations, à se rendre indépendant de la faim , de la soif , du climat , afin de conserver toujours son âme et ses forces libres pour le service de ses frères. C'est ainsi que furent formées ces générations , dont les travaux et les mortifications héroïques étonnent la mollesse de nos mœurs. Quant à l'instruction donnée par les monastères , la comparaison entre la littérature païenne et la littérature chrétienne , telles que je viens d'en présenter le tableau , suffit pour décider de quel côté se trouvait la supériorité des intelligences et des oeuvres.
Les relations politiques et civiles , tout l'ensemble de la situation sociale subirent nécessairement, dans le cinquième siècle , l'influence de la double tendance in-