‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 363 sur 378 · CHAPITRE XX. 4SI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. 4SI

sans asile, il erre de ville en ville, trouve momentanément un asile à Bazas, d'où il est encore forcé de fuir devant les Barbares. Cependant, sa mère possède plu* sieurs belles teiTes en Grèce 5 il veut s'y rendre, mais il y renonce , à la prière de sa femme, qui ne pouvait vaincre la frayeur que lui inspirait la mer. Le voilà donc dans la misère , vaguant, comme un mendiant, de pays en pays. Ses plus proches parents meurent, tous ses enfants l'abandonnent, à l'exception d'un seul, qui est ecclésiastique, mais qui ne tarde pas à lui être enlevé par la mort , et avec lui il perd sa dernière consolation et son dernier appui. Réduit à ces tristes extrémités , il traîne à Marseille une vie de dénuement, accablé d'infirmités et courbé sous le poids d'une vieillesse prématurée. En cet état il est secouru par la générosité d'un Barbare, d'un Goth , qui , au lieu de lui enlever une de ses terres, comme avaient fait les autres , la lui paya. Mais, dégoûté du monde par tant de vicissitudes, il s'en éloigne, s'occupe avec zèle de l'étude des dogmes et de* institutions de l'Église, et finit par se consacrer entière» ment à la vie contemplative. Telle fut l'existence d'un homme distingué dans le cinquième siècle, du fils d'un préfet, du petit-fils d'un consul romain. Un grand nombre de ses contemporains subirent le même sort et allèrent cbercher le même abri et le même repos dans la solitude des monastères.

Voulez-vous apprécier les sentiments de charité inspirés , dans ce siècle , par le christianisme , envers ceux qui tombaient dans le malheur , lisez ce que Sidoine Apollinaire raconte de son ami Maxime , qui s'était aussi consacré à la vie religieuse. Un certain Turpiofc, précédemment tribun , avait emprunté à Maxime une somme d'argent, sans lui donner d'hypothèque ou de -

gage quelconque ; l'obligation portait seulement que Turpion devait payer comme intérêt la centesima, taux ordinaire, et qui équivalait à 12 °/0 (1). Or, dix années s'étaient écoulées sans que ces intérêts eussent été payés, de sorte que le capital s'élevait à plus du double de la somme primitivement prêtée. Turpion tomba malade et fut réduit à la dernière extrémité ; les gens d'affaires de Maxime pressèrent vivement le remboursement de cette dette, afin que tout ne fût pas perdu par la mort du débiteur. Sidoine, qui connaissait depuis longtemps Maxime , à qui il était attaché par les liens d'une hospitalité donnée et reçue, se rendit à Toulouse, ville datas les environs de laquelle Maxime, qui avait autrefois occupé une place élevée à la cour, s'était retiré. Il se chargea donc volontiers, à la prière de Turpion, de solliciter du créancier un délai justifié par la position du débiteur. Voici le récit de Sidoine, dans la 24e lettre du livre 47e. On y verra aussi une peinture curieuse des changements qui s'opéraient dans la vie et dans toutes les habitudes des riches personnages qui se convertissaient à la religion chrétienne :

a Je m'écartai donc de mon chemin pour me rendre « chez mon ami (Maxime), quoique sa maison de cam- « pagne fût à plusieurs milles de la grande route. Quand a j'y arrivai, il vint lui-même au-devant de moi; je Tact vais vu jadis tenant le corps droit, ayant la démarche « prompte, la voix claire, le regard ouvert; mais como bien il me parut changé ! Tout en lui avait pris un air « religieux : son maintien, sa démarche, sa timidité, sa « pâleur, ses discours ; il portait les cheveux courts et la « barbe longue. On ne trouvait chez lui pour siéger que

; (1) Sirnuma, Comm. sur Sut. Jpoll, Ep. IV, 24, not. S.

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