CHAPITRE XX
tenu sa promesse, l'excommunication est lancée, et An* dronic se vit forcé de traiter les sujets de l'empereur avec plus de justice et d'humanité.
Ce même évêque est un nouvel exemple , parmi tous ceux que j'ai déjà cités , du rôle magnanime rempli par l'Église pour protéger les populations contre les Barbares. A peine la province de Cyrène commençait-elle à jouir de quelque repos après les cruautés d'Andronic, qu'elle fut envahie par des peuplades Barbares qui détruisirent les cités , les églises chrétiennes , les temples païens, chargeant de chaînes ceux qu'ils ne massacraient pas. Synésius , seul , s'occupe avec la plus infatigable activité de défendre sa ville épiscopale ; il relève le courage des habitants , prépare tous les moyens de résistance et de salut, offre à Dieu sa vie pour obtenir la délivrance de son peuple. Laissons l'éloquent évéque nous exposer lui-même ses douleurs , ses regrets , ses angoisses , ses travaux et son dévouement , dans des lignes déchirantes écrites au bruit des coups des Barbares , ébranlant les remparts de sa ville épiscopale :
a 0 Cyrène , dont les registres publics font remonter a la naissance jusqu'à la race des Héraclides! Tom- « beaux antiques des Doriens, où je n'aurai pas déplace! « malheureuse Plolémaïs , dont j'aurai été le dernier a évêque ! Je ne puis en dire davantage , les sanglots « étouffent ma voix ! Je suis tout entier à la crainte a d'être forcé peut-être à quitter le sanctuaire. Il faut a nous embarquer et fuir $ mais quand on m'appellera a pour le départ, je supplierai qu'on attende-, j'irai a d'abord au temple de Dieu, je ferai le tour de l'autel, «f je baignerai le pavé de mes larmes, je ne m'éloignerai « pas avant d'avoir baisé le seuil et la table sainte. Oh !
4{$ SAINT LÉOW-LE-ORÀND.
« que de fois je saisirai les barreaux du sanctuaire! « Mais la nécessité est toute-puissante , elle est impi- « toyable ! Combien de temps encore me tiendrai-je « debout sur les remparts et défendrai-je les passages « de nos tours? Je suis vaincu par les veilles, par la face tigue de placer des sentinelles nocturnes, pour garder c à mon tour ceux qui me gardent moi-même. Moi qui « souvent passais les nuits sans sommeil pour épier le c cours des astres, je suis accablé de ces veilles poumons « défendre des incursions ennemies. Nous dormons à a peine quelques moments mesurés par la clepsydre; « ma part de repos m'est enlevée par le cri d'alerte \ et si « je fermç les yeux , que de rêves affreut où me jettent « les pensées du jour ! Nous sommes en fuite , nouJ « sommes pris , chargés de chaînes , vendus en escla-
« vage !...
« Cependant je resterai à mon poste dans l'Église; je « placerai devant moi les vases sacrés , j'embrasserai les « colonnes du sanctuaire qui soutiennent la tablé sainte; * j'y resterai vivant, j'y tomberai mort. Je suis ministre « de Dieu , et peut-être faut-il que je lui fasse l'oblacc tion de ma vie ! Dieu jettera quelques regards sur « l'autel arrosé par le sang du pontife (1). a
Ptolémaïs fut sauvée.
Gomment la reconnaissance n'aurait-elle pas accordé à de tels hommes et à de tels services une influence dont F Église ne se servit jamais que pour le bonheur des peuples ? Nous qui profitons aujourd'hui des biea-
(1) Synetk opm-a, p. 19$.