CHAPITRE III
certain nombre d'évêques , peut-être dans cette vénérable basilique de saint Paul , qu'il devait plus tard restaurer (1), et prononça l'homélie suivante :
« Que ma bouche s'ouvre pour louer le Seigneur (2) ; que mon âme , mon esprit , ma chair et ma langue bénissent son saint nom ! Car c'est un signe non de réserve , mais d'ingratitude, de passer sous silence les bienfaits de Dieu 5 et il est vraiment digne d'un pontife de commencer l'exercice de son ministère par des sacrifices d'actions de grâces rendus au souverain maître de toutes choses. Le Seigneur s'est souvenu de nous dans notre bassesse (3) , et nous a comblés de ses bénédictions : il a accompli, lui seul, des merveilles en 3IA faveur (4), en me permettant de jouir en personne de l'affection de votre sainte assemblée , après que la nécessité d'un long éloignement m'avait dérobé à vos regards (5). J'adresse donc à notre Dieu de vifs remerciements , et je lui en adresserai constamment de semblables , pour tous les biens qu'il a daigné m'accorder. Je célèbre aussi avec la reconnaissance requise le suffrage favorable dont vous m'avez honoré, comprenant sans peine combien les sentiments d'attachement que vous avez montrés envers moi , peuvent me promettre de respect , d'amour et de fidélité , maintenant que je vais veiller au salut de vos âmes avec une sollicitude pastorale , puisque vous avez
(1) Quand nous donnerons quelques détails sur les travaux exécutés à Borne par saint Léon, nous ferons connaître cette restauration de la basilique de Saint-Paul.
(2) P*. cxliv, 21.
(3) Ps. cxxxv, 24.
(4) Ibid.. 5.
(5} Saint Léon fait ici allusion à sa mission dans les Gaules,
porté k mon égard un jugement si sain et si auguste, à une époque où vous ne pouviez découvrir en moi aucune sorte de mérites qui eussent précédé votre choix. J'ose vous en supplier, par les miséricordes du Seigneur, aidez de vos vœux celui que vous avez demandé par vos désirs , afin que l'esprit de grâce établisse en moi sa demeure , et que vos jugements ne soient pas livrés à l'instabilité des irrésolutions. Que celui qui a répandu en nous les sentiments d'une union intime dans les volontés , nous donne à tous en commun les avantages de la paix : en sorte que , chaque jour de ma vie , toujours prêt pour le service du Dieu tout-puissant , toujours assuré de vos bons offices , je puisse avec confiance adresser cette prière au Seigneur : Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m9 avez donnés (1 ) : qu'au milieu de vos progrès continuels dans la voie du salut , mon âme glorifie le Très-Haut 5 et que , dans la rétribution du jugement futur, lorsque je rendrai compte au juste juge de mon sacerdoce, vous soyez, par vos bonnes œuvres , ma joie et ma couronne , vous qui , dans la vie présente , m'avez rendu par votre bonne volonté un témoignage si sincère.
« La divine bonté , mes très-chers Frères , a fait pour moi de cette journée un jour de triomphe et d'honneur, en élevant ma bassesse au faîte des grandeurs \ elle a témoigné suffisamment qu'elle ne méprisait aucun des siens. Ainsi, bien qu'il faille m'alarmer de mon peu de
(l) Joan., xvu, H.
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jnérite , q'est néanmoins pour moi un devoir religieux de me réjouir du don qui m'a été fait : car Celui qui m'a imposé le fardeau d'une administration si difficile, m'aidera lui-même à en supporter le poids \ et , après m'avoir conféré la dignité suprême , il fera disparaître mon infirmité f et me donnera la force de ne pas succomber sous la grandeur d'un pareil bienfait. C'est pourquoi , au retour de la solennité où le Seigneur a voulu placer, il y a huit jours, le commencement de mon épiscopat, j'ai une vraie raisoj* de me réjouir pour la gloire de Dieu , qui m'a remis de grandes dettes , afin que j'éprouvasse un grand amour pour lui ; et qui , pour rendre sa grâce plus admirable , a fait tomber ses présents sur un sujet en qui il n'apercevait aucun mérite capable de justifier ses faveurs. Qu'est-ce que le Seigneur fait entrer dans nos coeurs ? Qu'est-ce qu'il veut enseigner, par çef ouvrage inespéré de sa providence , si ce n'est que personne ne doit présumer de sa propre justice, ni se défier de la miséricorde diyine , qui éclate d'une façon d'autant plus manifeste , quand un pécheur est sanctifié , et qu'un homme abject et méprisable est tiré de la poussière pour parvenir à l'élévation ? Ce n'est pas en effet de la qualité de nos œuvres que dépend la mesure des dons célestes : ce n'est pas non plus dans ce siècle , où toute la vie est une tentation (1 ) , que chacun est récompensé selou qu'il le mérite : d'autant que si le Seigneur pesait scrupuleusement nos iniquités, nul ne pourrait soutenir la rigueur de ses jugements.
(!) Job., vu, 1.
<c Célébrez donc avec moi le Seigneur, mes très-chers Frères , et exaltons son nom à Venvi (1) , afin que l'objet de la solennité d'aujourd'hui soit rapporté tout entier à la louange de son auteur. Car, en mon particulier, pour ce qui regarde les dispositions de mon esprit, j'avoue que je me réjouis fort de la dévotion que je remarque en chacun de vous. En contemplant cette brillante compagnie de mes vénérables confrères dans le sacerdoce , je trouve, dans une si grande multitude de saints , une troupe d'anges, si je l'ose dire, qui assiste à notre assemblée, et qui nous environne. Je ne doute pas que nous ne soyons visités aujourd'hui par une grâce plus abondante de la présence divine, lorsque je vois paraître ensemble, et briller d'une même lumière, tant de pompeux tabernacles de Dieu , tant de membres excellents du corps de Jésus-Christ. Je me flatte aussi que cette réunion n'est pas privée du pieux appui et de la fidèle protection du bienheureux apôtre saint Pierre : un sentiment de respect envers lui nous a rassemblés. Il n'a pu, dès lors, abandonner votre dévotion. Il applaudit lui-même à votre attachement ; il s'intéresse aux honneurs que l'institution du Seigneur obtient dans la personne de ceux qui sont associés à sa dignité. Il approuve la charité si bien réglée de toute l'Église, qui reçoit sur la chaire de saint Pierre un autre lui-même , et qui ne laisse pas refroidir l'amour qu'elle porte à un pasteur si sublime, en faisant passer cet amour sur la tête d'un héritier si
(1) Pf. xvxiii, 4.