CHAPITRE III
que je reconnais en vous l'amour de l'unité chrétienne. Vous comprenez, en effet, comme l'atteste votre seul concours , que le retour de cette journée se rapporte à l'allégresse commune, et qu'en célébrant les fêtes annuelles du pasteur, on relève l'honneur du troupeau. Car, bien que toute l'Église de Dieu soit disposée par degrés distincts , en sorte que l'intégrité de ce corps sacré se soutienne par l'assemblage de divers membres , cependant nous ne sommes tous quune même c/iose en Jésus-Christ (1); et il n'y a personne qui soit assez séparé de l'office d'autrui pour qu'on puisse imaginer une partie , quelque basse qu'elle paraisse, qui soit sans liaison avec le chef. Ainsi, dans l'unité d'une même foi et d'un même baptême, nous avons, mes très-chers Frères, une société sans division et une dignité générale , selon cette parole du bienheureux apôtre saint Pierre, au service duquel mon discours doit être consacré : Vousmêmes >, comme des pierres vivantes, vous servez à bâtir des maisons spirituelles; vous formez un sacerdoce saint, offrant des hosties agréables à Dieu par Jésus-Christ. Et plus bas : Voiis êtes une mce choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple d'adoption (2). Le signe de la croix, en effet, confère le titre de rois à ceux qui sont régénérés en Jésus-Christ, et l'onction du Saint- Esprit les consacre en qualité de prêtres : en sorte qu'indépendamment delà charge spéciale de notre ministère, tous les chrétiens doivent se regarder comme participant
(l)Cor„ in, 13.
(2) IPetr., ii, 5.
à l'éclat du sang royal et à la grandeur du sacerdoce; car, quoi de plus semblable à la royauté qu'un esprit chargé de la conduite de son corps sous les ordres soi*verains de Dieu? Quoi de plus digne du sacerdoce, que de vouer au Seigneur une conscience pure , et de lui offrir sur l'autel de son cœur des hosties de piété exemptes d'aucune tache? »
Après cet exorde , saint Léon célèbre la gloire et la primauté de saint Pierre.
« Pierre seul est choisi dans tout l'univers pour être mis à la tête de la vocation de tous les peuples, et pour exercer la primauté sur tous les apôtres , sur tous ceux que l'Église regarde comme ses Pères : en sorte que, j bien qu'il y ait dans le peuple de Dieu un grand nom-
I bre de prêtres , tous cependant sont, à bien dire, gou-
vernés par saint Pierre, sans préjudice du gouvernement suprême que Jésus-Christ s'est aussi réservé sur eux. La divine bonté , mes très-chers Frères , a daigné accorder à ce saint personnage un grand et merveilleux partage de sa puissance •, et si elle a voulu que les autres princes de l'Église eussent avec lui quelque chose de commun, elle n'a jamais donné que par son canal ce qu'elle n a pas refusé aux autres. »
Après avoir rappelé les textes sacrés qui proclament la primauté de saint Pierre , textes déjà cités dans le premier sermon , saint Léon continue :
a Sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l enfer ne prévaudront point contre elle (1) ; c'est-à-dire,
(1) Malh., xvi, 18/
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sur cette pierre j'élèverai le temple éternel, et l'édifice sublime de mon Église , qui doit se perdre dans les cieux, s'appuiera sur la fermeté de votre foi.
a Cette parole, les portes de l'enfer ne l'arrêteront pas, les liens de la mort ne l'enchaîneront pas : car cette parole est )a parole de vie. Et de même qu'elle élève et intro* duit dans le ciel ceux qui la confessent, elle plonge dans les enfers ceux qui la nient. C'est pour cela qu'il est dit à saint Pierre : Je vous donnerai les cltfs du royaume des deux. Tout ce que vous aurez lie sur la terre sera lié dans le ciel, tout ce que vous aurez délié sur la terre sera pareillement délié dans le ciel. Cette autorité a sans doute passé aussi sur h tête des autres apôtres -, la disposition de ce décret s'est étendue à tous les princes de l'Église: mais ce n'est pas en vain que l'on confie à un seul ce que l'on intime à tous. Car ce qui fait que ce pouvoir est déposé d'une façon particulière entre les mains de saint Pierre , c'est que saint Pierre est préposé comme règle et comme modèle 3 tous les administrateurs de l'Eglise. Le privilège de saint Pierre subsiste donc par* tout où l'on porte un jugement conforme à l'équité. Et il n'y aura rien de lié , ni de délié', que ce que saint Pierre aura délié ou lié. Or, le temps de la Passion étant proche , et devant éprouver la constance des disciples , Noire-Seigneur dit à Simon : Simon, Satan a demandé que vous lui fussiez tous livrés pour vous cribler, comme on crible du froment. Mais f ai prié pour vous en partie culier, afin que votre foi ne défaille pas. De votre coté, lorsque vous vous trouverez changé en un rwuvel homme,
fortifiez vos frères, afin qu'eux et vous, vous n'entriez pas en tentation (1). Le danger relatif à la tentation de crainte était commun à tous les apôtres 5 tous avaient également besoin du secours de la protection divine , puisque Satan désirait les tourmenter et les briser tous : et cependant Notre-Seigneur prend un soin spécial de saint Pierre, il intercède séparément pour la foi de saint Pierre, comme si l'état des autres devait être assuré , pourvu que l'aine du chef ne fût pas vaincue. Le courage de tous est donc affermi dans la personne de saint Pierre, et l'assistance de la grâce divine est disposée de telle sorte, que la fermeté qui est accordée à saint Pierre par le canal de Jésus-Christ, est donnée aux autres par le canal de saint Pierre.
« Voyant donc , mes très-chers Frères , un si grand secours établi pour nous parla volonté divine, c'est avec raison et avec justice que nous nous réjouissons dans les mérites et dans la dignité de notre chef, rendant grâces à Jésus-Christ, notre Seigneur, notre Roi éternel, notre Rédempteur, quia donné une puissance si considérable à celui qu'il a fait le prince de toute l'Église. Si même dans les temps où nous vivons, nous ordonnons ouagisssons, comme il convient, nous devons l'attribuera la direction de celui à qui il a été dit : Quand vous serez converti, fortifiez vos frères (2), et que Notre-Seigneur, après sa résurrection, a récompensé par la triple déclaration d'un amour éternel, en lui disant, à trois reprises : Paissez
(1) Luc, xxii, 31.
(2) Ibid. 32.