CHAPITRE I
dignes d'être honorés par ces éloges et ces larmes éloquentes !
La mort de Théodose enlevait k l'Empire romain le dernier défenseur capable de lutter contre les invasions de la barbarie. L'ancien monde perdait à la fois sa religion, ses mœurs, ses institutions et ses grands hommes ; il n'avait même plus la force de se défendre, et, dans sa défaillance et sa lâcheté, nous allons le voir se livrer lui-même aux coups des Barbares, chargés d'exécuter les arrêts de la providence sur l'Empire romain.
La dignité et la virilité humaine, les vertus, l'honneur et la gloire ne se rencontrent plus que dans la société formée par le christianisme. Elle vient, pendant les siècles qui se sont écoulés, de triompher d'une grande épreuve, celle imposée parla tyrannie des empereurs ; il lui reste une nouvelle et plus terrible épreuve à subir, celle de se maintenir au sein de l'anarchie du monde entier en ruine, et de sauver la civilisation chrétienne des invasions de la barbarie.
L'Église catholique est prête pour cette grande expérience.
Quand la société païenne succombait sous la corruption, les divisions, la trahison et l'ineptie, la jeune société chrétienne se fortifiait et se développait, luttant contre les persécutions , contre les hérésies et contre les Barbares-, sanctifiée par une foule de saints et de saintes dans les villes et dans les déserts, sur les trônes et parmi les esclaves, dans l'armée et dans les fonctions civiles, à tous les degrés de la hiérarchie spirituelle ; illustrée par les plus grands génies qui aient honoré l'esprit humain.
Quand Théodose, en mourant, ensevelissait [dans son
sépulcre toute la gloire de l'Empire romain, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Chrysostome, saint Augustin, saint Martin, saint Épiphane survivaient, veillant à la garde du dépôt de la foi, au maintien des institutions nouvelles, consacrant à leur défense l'intrépidité la plus héroïque, les plus éclatantes vertus, les plus riches dons de la science et de l'éloquence.
A l'avènement de saint Léon sur le trône pontifical, ces grands hommes avaient cessé de vivre ; il fut, dans son siècle, leur plus digne représentant, le continuateur de leur mission. Réunissant, en quelque sorte, dans sa personne leurs qualités morales et intellectuelles , il ouvrit sur le Saint-Siège l'ère de ces pontifes qui ne furent pas seulement la tête de l'Église, mais sa gloire.
Avant de commencer le récit de la vie de saint Léon , nous devons faire' connaître la situation politique du monde romain , et celle de l'Eglise , depuis la mort de Théodose.
L'empire qu'il avait possédé seul , il le partagea en mourant, entre ses deux fils Arcadius et Honorius. Le premier reçut l'Orient et le second l'Occident , de telle manière cependant que l'importante préfecture d'IUyrie, si dangereuse par le voisinage des Barbares , fut divisée entre les deux jeunes empereurs. La Norique , la Pannonie et la Dalmatie restèrent à l'empire d'Occident 5 la Dace et la Macédoine tombèrent en partage à l'empire d'Orient. Les nouveaux maîtres , âgés l'un de dix-huit ans, l'autre de onze ans, étaient incapables de gouverner eux-mêmes ; Arcadius reçut pour conseiller Rufin , et Honorius Stilicon. Rufin était né en Gascogne, et Stilicon était Vandale d'origine. L'empire appartenait déjà aux Barbares par la plupart des fonctionnaires civils et