CHAPITRE I
militaires qui dirigeaient ses destinées. L'Empire romain finissait faute , en quelque sorte , de Romains pour le gouverner et le défendre.
Cette situation nous est expliquée par le spectacle actuel de l'Empire ottoman. Ce sont des étrangers et des chrétiens qui font aujourd'hui la seule force de la Turquie, dans l'armée et dans l'administration. N'ayant plus la puissance de se gouverner, elle voit ses provinces se détacher les unes après les autres , l'Algérie , Tunis , la Grèce , l'Egypte ; de même que nous verrons les chefs des Barbares prêter le secours de leurs armes à l'Empire romain , en attendant qu'ils soient prêts à s'établir sur ses ruines, de même nous voyons les Barbares russes soutenir le trône ébranlé du Sultan, en attendant l'heure où ils donneront le dernier coup de mort à cet empire agonisant.
L'Empire romain qui , sous Théodose , était encore uni et redoutable , fut divisé pour toujours après la mort du grand empereur et marcha à pas précipités vers sa chute.
L'Occident succomba le premier, non que ses forces fussent plus promptement épuisées, car ses légions belliqueuses avaient plus d'une fois porté secoure au débile Orient, mais parce que les éléments d'une nouvelle vie , d'une organisation sociale nouvelle s'étaient développés dans son sein avec plus de rapidité ; le séjour prolongé des peuples de race germanique avait sapé dans cette partie de l'ancien monde le fondement des institutions païennes ; les idées qui présidèrent à la formation des sociétés du moyen âge germaient en foulfe déjà dans les intelligences de l'Occident.
En Orient, au contraire, si une nouvelle transformation se préparait, celle qui constitua l'Empire byzantin,
la transition toutefois s'exécutait d'une manière moins brusque que pour rétablissement des royaumes germa- •»
niques. Dès ce moment, l'Orient, à jamais séparé de i
l'autre moitié de l'empire , suit une marche isolée , mais rien moins que glorieuse. Dans les siècles qui suivent, on voit surgir , à de lointains intervalles , quelques in- u
telligences supérieures ; elles attestent la présence d'une .j
force intérieure dont la source n'est pas encore entièrement tarie , et font croire à un reste de vie qui peut réussir à prolonger son souffle vacillant.
Dans l'empire d'Occident , nous ne voyons plus que des symptômes de mort. Dès l'époque où nous entrons , son histoire ne présente que les tentatives isolées de quelques hommes distingués qui ont conservé dans leur cœur le souvenir de l'ancienne grandeur nationale et le désir de la voir renaître , mais dont tous les efforts échouent contre la faiblesse et l'incapacité des souverains, contre la dégénération et l'avilissement du peuple. Si nous voulons mesurer l'élévation de leur pensée, n'écoutons ni la louange ni le blâme de leurs contemporains, mais contemplons les ruines du colosse qu'ils voulaient soutenir et qui couvrent leur tombeau.
Théodose, par son habileté, sa valeur et sa puissance, avait, sinon toujours vaincu les Barbares, du moins les avait tenus à une certaine distance des frontières de rempire. Mais les Goths et les Huns continuaient de camper au nord et à l'orient, où ils formaient l'avant-garde des armées innombrables qui devaient bientôt dévaster comme un torrent les provinces du midi. Un gouvernement fort , très-uni , concentrant sur un seul point les ressources militaires des deux parties de l'empire , eût pu seul éloigner du centre ses plus redoutables ennemis. Loin de là ! ces deux grandes moitiés étaient séparées ,