CHAPITRE IV
ne continuassent à soutenir que la grâce est accordée uniquement selon les mérites. Lorsque les pélagiens se montrèrent de nouveau à Rome , saint Léon encouragea son ami saint Prosper k les combattre. Les mesures qui furent prises étaient surtout dirigées contre Julien d'Éclane. Dépouillé de la dignité d'évêque, à cause de son hérésie, ce sectaire avait quitté l'Italie et errait, depuis cette époque, sans demeure fixe. Il se rendit d'abord àConstantinople; mais lorsque le concile d'Ephèse eut condamné à la fois le pélagianisme et le nestorianisme , il fut obligé de quitter aussi cette ville. Il se dirigea donc vers la Gaule , pays où ses doctrines avaient rencontré le plus de partisans. Fauste , abbé de la célèbre abbaye de Lérins , accueillit l'hérétique et se laissa entraîner par ses discours dans les erreurs auxquelles il se livra plus tard. De Lérins Julien retourna en Italie et chercha dans le diocèse d'Àquilée , où les pélagiens étaient répandus, à se faire réintégrer dans le sein de l'Église, Ce fut donc pour enlever à cet hérétique et à ses partisans toute espérance de rentrer dans kl communion catholique , sans une conversion sincère 5 que saint Léon prescrivit contre les pélagiens les mesures dont nous venons de parler. Par sa lettre dix-huitième , il ajouta que si , parmi les pélagiens qui exprimaient le désir de rentrer dans l'Eglise, il se rencontrait des clercs, il ne fallait, sous aucun prétexte, leur accorder une dignité plus élevée que celle dont ils étaient revêtus avant leur apostasie.
En cette année 444 , le 9 juin , l'Église eut le malheur de perdre un de ses plus glorieux évêques , saint Cyrille , patriarche d'Alexandrie , après trente-deux années de pontificat. Nous avons déjà fait connaître la lutte soutenue par ce courageux défenseur de la foi con-
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tre l'hérésie nestorienne. Toute sa vie fut un combat pour la cause de la venté , c'est pourquoi il a mérité d'être appelé par le pape saint Célestin : un généreux défenseur de F Église et de la Foi , un docteur catholique , un homme vraiment apostolique. Parmi le grand nombre de ses écrits , nous citerons des commentaires sur l'Écriture-Sainte ; des traités sur la Trinité , sur la Foi , sur l'Incarnation ; des homélies que les évêques grecs apprenaient par cœur pour les prononcer ; des lettres ; cinq livres contre Nestorius ; un livre contre les antbropomorphites; dix livres contre Julien l'apostat. Les ouvrages de saint Cyrille se distinguent par la facilité , la verve et souvent une véritable éloquence. S'il manque d'élégance , de clarté et de précision , ces défauts sont rachetés par cette orthodoxie irréprochable qui lui a valu l'honneur de voir plusieurs de ses lettres adoptées par les conciles comme règles de foi.
Saint Cyrille fut remplacé sur son siège d'Alexandrie par Dioscore, son archidiacre. Nous verrons que ce choix a été une calamité pour l'Eglise. Heureusement saint Léon était à sa tête pour la diriger et la sauver. La cause pour laquelle saint Cyrille avait combattu avec tant d'ardeur et de persévérance, le maintien du dogme de l'Incarnation , saint Léon était appelé à la faire triompher.
A peine, grâce aux efforts du Pape, la propagation des hérésies eut-elle été, autant qu'il était possible, arrêtée, qu'une discussion s'éleva entre les évêques de la Gaule; cette affaire fixa toute l'attention du Pape et le porta à prendre des mesures de la plus haute importance qui démontrent combien, dès cette époque , la primauté du Saint-Siège était solidement établie et universellement reconnue et respectée-