CHAPITRE I. i
leur pouvoir divisé , et les Barbares , appelés par la per* fidie 4e l'homme auquel Tbéodose en mourant avait confié les destinées <le sou fils aîné, vinrent répandre la destruction et fa mort d^Rs les provinces que leur livrait la trabisQn.
Rufin , ministre d'Arcadius , était parvenu , du rang le plus obscur, aux premières dignités de l'État, et avait gagné à tel point la confiance de l'empereur , que ce mor narque abandonna aveuglément entre ses mains toute l'administration de l'Orient. Il le gouvernait en réalité , car il gouvernait le prince ; et $i la jeunesse de celui-ci n'était point a quelques égards une excuse, le pouvoir qu'il lçiss? prendre à son ministre fut la preuve d'une déplorable faiblesse. A une ame peu élevée , Rufin joi-r gnail une avidité pour les richesses qui lui rendait également bons tous les moyens d'en acquérir, un orgueil intolérable et une ambition assez démesurée pour ne pas regarder le troue comme un but au-dessus de son mérite. Combien avait-il réussi à tromper Théodose-lo*- Grand , puisque ce prince put se décider à confier à un pareil homme la tutelle de son fils et l'administration de l'empire ! Son véritable caractère, qu'il sut adroitement dissimuler pendant la vie de l'empereur, se montra à dé»* couvert dès que , par sa mort , il se trouva en possession du pouvoir. En peu de temps , il se fit universellement haïr par ses cruautés et ses exactions ; les provinces , accablées sous une administration toute vénale , n'avaient même pas le courage de sa délivrer de ce joug honteux. Pour s'emparer plus complètement encore de l'esprit de l'empereur et dan$ Tespoir de devenir son collègue , Rufin engagea Arcadius à prendre sa fille pour épouse» Le jeune prince paraissant disposé à se rendre aux désirs ambitieux de son ministre , Rufin se croit parvenu au
faîte suprême de la puissance ; c'est alors que , confiant dans sa destinée , il veut profiter de la faveur dont il jouit pour se livrer impunément à une basse vengeance contre un des premiers dignitaires de l'empire, Lucien, comte de l'Orient , qui avait osé blâmer son administration. Après s'être rendu à Antioche où il fait expirer sous des coups de fouet le comte Lucien , Rufin revient à Constantinople, et trouve la ville en fêtes pour les préparatifs du mariage de l'empereur. Le 27 avril 395 , le chef des eunuques , Eutrope , fait porter en pompe les vêtements que l'empereur envoyait à sa future épouse. Tout le peuple , qui suivait en foule , croyait ces présents destinés à la fille de l'heureux Rufin. Tout à coup, le cortège s'arrête devant la maison où demeure une jeune franque, belle et spirituelle fille du consul Bauton ; elle se nommait Eudoxie. Le chef des eunuques avait profité de l'absence de Rufin pour ourdir une intrigue de palais et changer les désirs de l'empereur. Les ornements sont introduits dans la demeure d'Eudoxie , elle en est revêtue et le mariage est célébré le jour même. Rufin , devenu l'objet de la risée générale par cette mystification , ne songea plus qu'à la vengeance; elle ne lui était pas difficile , car il avait toujours le pouvoir entre ses mains , et le faible Arcadius , en supposant qu'il eût connu la perversité de son ministre , n'avait ni la volonté , ni le courage d'en prévenir les effets. Or quelle vengeance pouvait être plus complète et mieux répondre aux projets que Rufin nourrissait depuis longtemps , que de s'emparer du trône pour lui-même ? Le moyen le plus assuré de parvenir à ce but , ou pour mieux dire le seul , était d'appeler les Barbares campés aux frontières de l'Empire , afin , à l'aide de leurs armes , d'arracher la couronne de la tête de son souve-