CHAPITRE IV
résolut d'avoir recours à la prière. « Eh bien ! dit-il en « s'adressant à Hilaire, j'obtiendrai de Dieu ce que vous c ne voulez pas m'accorder. » Il prit ensuite congé de lui et se retira. Cependant Hilaire réfléchit sur ce qui venait de se passer, et ses réflexions occasionnèrent un rade combat dans son âme. Voici comme il le dépeint lui-même : « D'un côté , il me semblait que le Seigneur c m'appelait à lui $ de l'autre , le monde me retenait en « m'offrant ses plaisirs et ses charmes séduisants. Ma vo- « lonté flottante et indécise m'empêchait de prendre au- « con parti. Enfin Jésus-Christ triompha en moi. Trois a jours après qu'Honorât m'eut quitté, la miséricorde de « Dieu, sollicitée par ses prières, subjugua mon âme rec belle. » Hilaire ne balança plus ; il se rendit auprès d'Honorat. Autant il avait été orgueilleux et indocile , autant il devint humble et soumis. Glorieux triomphe d'une sainte amitié !
Depuis ce moment il parut un homme tout nouveau. On remarqua en lui ce changement merveilleux que le Saint-Esprit produit dans une âme sincèrement convertie. Toute sa conduite extérieure portait l'empreinte de l'humilité , de la douceur, de la mortification et de la charité. Il avait mis la main à la charrue pour ne plus regarder en arrière , et le monde qu'il avait quitté n'excitait plus en lui un seul désir. Brûlant de zèle pour la perfection, il vendit tous ses biens à son frère et distribua les fonds qui lui en revinrent tant aux pauvres qu'aux monastères indigents. Lorsqu'il se fut entièrement affranchi de tous les liens qui pouvaient l'attacher au monde , il quitta sa patrie afin d'aller se renfermer dans l'abbaye de Lérins. Il y parut, dès son entrée, digne de vivre dans la compagnie des saints. En effet, il montra tant de zèle et de ferveur pour l'accomplissement de ses
devoirs, qu'il devint en peu de temps le modèle de ceux parmi lesquels il était venu étudier les maximes de la perfection monastique. Il se distingua surtout par son amour pour la prière et la mortification. Sans cesse il veillait sur lui-même , afin d'éviter jusqu'aux plus petites fautes. Il travaillait aussi tous les jours à se corriger de ces imperfections qui sont une suite de la fragilité humaine. Ce fut ainsi qu'il se prépara à recevoir le don des larmes.
Saint Honorât ayant été élu évêque d'Arles en 426 , Hilaire le suivit dans cette ville \ mais il ne fut pas longtemps sans regretter sa solitude; il revint donc à Lérins. Tous les habitants de l'île le reçurent avec de grands témoignages de joie. Le saint, de son côté, fut charmé de se revoir parmi eux. Au reste , cette joie ne fut pas de longue durée ; Dieu, qui avait d'autres desseins sur son serviteur, ne permit point que ses vertus restassent cachées dans la retraite. Saint Honorât le pria dé se rendre auprès de lui et de ne pas lui refuser le secours de ses exemples et de ses conseils. Comme ses prières ne produisaient aucun effet, il alla lui-même le chercher à Lérins et l'obligea de le suivre.
Après la mort de ce saint évêque , qui arriva vers l'an 429, Hilaire ressentit une vive douleur de se voir séparé d'un ami qu'il aimait si tendrement. Il se consola toutefois en pensant qu'il n'avait quitté cette vie que pour jouir pleinement de la liberté des enfants de Dieu. Son premier soin fut de prendre la route de Lérins -, mais les habitants d'Arles n'eurent pas plutôt été informés de son départ qu'ils résolurent de le faire arrêter sur la route. Quelques-uns d'entre eux s'étant détachés, l'atteignirent et le ramenèrent dans- la ville. On Télut évêque d'une voix unanime , et l'on procéda à la